SÉRIE D'ÉTÉ. ENQUÊTE SUR LA FILIÈRE BOIS DANS LES PAYS DE LA LOIRE (3/4). Spécialiste du bois lamellé croisé (CLT) en France, le fabricant de solutions bois Piveteaubois va construire une deuxième usine en Corrèze. De plus en plus courtisé par les constructeurs immobiliers confrontés à la nouvelle réglementation RE2020, l’industriel vendéen a signé, en mai dernier, un contrat avec Bouygues Bâtiment France Europe, désireux de sécuriser ses approvisionnements en bois français.Le CLT, pour Cross Laminated Timber, c'est une variante du bois lamellé croisé. Composé de lamelles de bois rabotées dont l'orientation du fil est croisée d'une couche (jusqu'à 11) à l'autre pour améliorer la stabilité dimensionnelle de panneaux, il est devenu un élément indispensable de la construction bois. « Pas seulement pour les maisons individuelles. On l'utilise pour la structure de bâtiments collectifs ou d'immeubles de bureaux », précise Jean Piveteau, président de Piveteaubois, spécialiste du lamellé collé qui, dès 2018, a investi 60 millions d'euros dans une unité de fabrication de CLT, en Vendée, capable de produire jusqu'à 50.000 m3 par an. «Nous sommes les seuls fabricants de CLT en France. Alors, évidemment, nous sommes très courtisés par le BTP et les promoteurs immobiliers en quête de neutralité carbone», reconnait le dirigeant.
En France, on consomme en moyenne 100.000 m3 de CLT chaque année, dont la moitié est importée. Chez Piveteau, spécialiste du résineux, le bois est lui 100% français. Les sources d'approvisionnements se situent dans un grand quart Nord-Ouest de la France ; Rouen, Paris, Bourges, Limoges, Bordeaux, dont 25% des Pays de la Loire. Généralement à moins de 350 km d'une scierie.
Des enjeux sociétaux forts
C'est cette origine, et ce savoir-faire, que Bouygues Bâtiment France Europe (chiffre d'affaires de 4 milliards d'euros, 10.000 collaborateurs dans 10 pays, 600 chantiers en cours), filiale de Bouygues Construction, est venu chercher en mai dernier avec la signature d'un contrat cadre de deux ans et demi. Pour le constructeur qui s'engage à utiliser 30% de bois français dès 2021, et 50% à l'horizon 2025, il s'agit de sécuriser ses approvisionnements sur un marché qui décolle.
Et pour cause, l'entrée en application de la nouvelle réglementation environnementale des bâtiments neufs (RE2020), le 1er janvier dernier, pour répondre aux enjeux climatiques, impose de diminuer significativement les émissions de carbone des bâtiments, principale source d'émission de gaz à effet de serre. Et donc de faire rentrer le bois dans la construction pour y remédier. « Au-delà des contraintes réglementaires, les constructeurs font aussi face à des enjeux sociétaux presque plus importants où les salariés et les nouvelles générations sont devenus très attentifs aux actions environnementales des entreprises », observe Jean Piveteau, chez qui cette prise de conscience ne date pas d'hier. « Chez Piveteau, on a toujours été convaincu que le bois sauverait la planète. C'est presque une religion ! », sourit-il, ajoutant : « Alors, on a anticipé... »