Malbouffe, excès de sucre : la biotech Inventiva veut conquérir l’Amérique avec sa pilule anti-cirrhose du foie

Située à côté de Dijon, la BioTech Inventiva, vient d'obtenir un crédit de 50 millions d'euros de la Banque Européenne d'Investissement (BEI) pour booster ses recherches sur la Nash, ou « maladie du foie gras », appelée aussi « maladie du soda ».
(Crédits : Inventiva)

« C'est un marché global qui pourrait représenter entre 20 et 30 milliards de dollars », estime Frédéric Cren, PDG d'Inventiva. La BioTech - qui emploie 110 salariés est présente dans 22 pays, avec une filiale aux Etats-Unis - développe depuis une quinzaine d'année (héritage du laboratoire Fournier racheté il y a dix ans) une molécule pour traiter les patients atteints de stéatohépatite non alcoolique (Nash) ou « maladie du foie gras », qui provoque des cirrhoses dues à la « malbouffe ».

Selon une étude réalisée par des chercheurs de la Tufts University (Etats-Unis), un américain sur quatre souffrirait d'une cirrhose due aux sucre. En France, d'après l'Inserm, cette pathologie chronique du foie, également responsable de cancers, toucherait plus de 200.000 personnes à un stade sévère.

Le programme de recherche d'Inventiva évaluant la molécule, Lanifibranor, qu'elle a spécialement développée pour lutter contre cette maladie arrive en phase III, la dernière étape avant la mise sur le marché. Pour financer une partie de cette étude clinique, l'entreprise a reçu une enveloppe de 50 millions d'euros, l'une des « plus importantes accordées par la Banque Européenne d'Investissement (BEI) à une biotech » souligne Frédéric Cren. Concrètement, la BioTech sera en mesure de recruter 1.000 patients, dans 300 établissements hospitaliers répartis dans 23 pays du monde, sur 72 semaines.

En 2020, les résultats très prometteurs de son essai de phase II, réalisé sur 247 patients, lui avaient permis une entrée au Nasdaq remarquée. « Nous faisons partie des 4 ou 5 BioTech françaises qui ont percées Outre-Atlantique », précise le dirigeant de l'entreprise. La société avait déjà levé quelque 95 millions d'euros pour entamer la phase III de son essai. À l'heure actuelle, il n'existe pas de traitement disponible pour cette maladie grave. La seule solution est la greffe de foie mais compte tenu du nombre important de personnes atteintes, mieux vaut trouver un médicament rapidement...

En France, d’après l’Inserm, cette pathologie chronique du foie, également responsable de cancers, toucherait plus de 200 000 personnes à un stade sévère.

Face à un grand concurrent européen et des Biotech américaines

Parmi les sociétés les plus avancées sur ce programme de recherche, Inventiva est la seule PME/ETI européenne dans la course. Son seul concurrent qui est de taille, est un grand groupe, Novo Nordisk, basé à Copenhague, qui lui aussi est en phase III. Ce dernier ne propose toutefois pas de molécule par voie orale mais par voie injectable. Or, « l'industrie pharmaceutique a démontré qu'un traitement par voie oral, une fois par jour, est plus efficace pour le patient qu'un traitement par voie injectable une fois par semaine », précise Frédéric Cren.

Concrètement, lorsqu'un patient est atteint de Nash, c'est qu'il a trop de sucre dans le sang. Cette surcharge crée une inflation du foie, ensuite un processus de mort cellulaire dans le foie s'enclenche et enfin un processus de réparation, qui s'appelle la fibrose. C'est cette dernière étape de cicatrisation qui conduit à la cirrhose. « La particularité de notre produit est qu'il est actif sur toutes les étapes de la maladie pour réduire l'inflammation, la mort cellulaire et la fibrose, c'est unique ! », déclare le fondateur d'Inventiva. Contrairement au produit que propose le laboratoire Novo Nordisk qui est actif sur seulement deux étapes : l'inflammation et la mort cellulaire, mais pas sur la fibrose. Ce qui place le laboratoire français en bonne position pour conquérir entre autres, le marché américain.

Les autres concurrents internationaux sont principalement des Biotech américaines. « L'intérêt de la BEI est de favoriser l'émergence d'un champion européen d'une maladie très prévalente aux Etats-Unis, mais aussi en Europe », précise Frédéric Cren.

Le programme de recherche d’Inventiva évaluant la molécule, Lanifibranor, qu'elle a spécialement développée pour lutter contre cette maladie arrive en phase III,

Une commercialisation pour 2025

Inventiva a fait une demande de mise sur le marché accélérée et envisage de commencer la commercialisation du produit en 2025. Après 15 ans de R&D, la biotech est dans les starting blocks : « Nous avons déjà contacté les établissements industriels pour fabriquer le produit, nous réfléchissons au nom de marque, au distributeur, à négocier le prix », confie Frédéric Cren. Les grands marchés visés par la molécule sont l'Europe et les Etats-Unis mais également l'Asie, avec la Chine et le Japon, où la Nash est devenue très présente car les nouvelles générations adoptent un mode de vie à l'occidental avec des régimes riches en sucre.

Lire aussi 6 mnLa santé à l'heure du sursaut (3/5) : pourquoi nos biotechs misent sur l'étranger pour se développer

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Commentaires 2
à écrit le 25/06/2022 à 8:39
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Ne vaudrait il pas mieux interdire leur sucre ? Ben non voyons et si les gens consomment n'importe quoi c'est forcément leur faute ! Aliénant.

à écrit le 24/06/2022 à 18:21
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"souffrirait d'une cirrhose due aux sucre" due au sucre ou due aux sucres (à une époque les pros du sucre faisaient croire que c'était le gras, le mal, raté c'est l'inverse, on fait du mauvais gras en métabolisant le sucre)

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