« Il faut que l'Alsace retrouve les compétences d'une région », Frédéric Bierry (président de la Collectivité européenne)

ENTRETIEN. Frédéric Bierry, président (apparenté LR) de la Collectivité européenne d'Alsace, a présenté le 21 octobre un inventaire de 125 initiatives locales franco-allemandes pour dynamiser son territoire. Il porte un regard critique sur l'action de la Région Grand-Est, dont il voudrait se détacher.
Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d'Alsace, issue de la fusion en janvier 2021 des collectivités du Bas-Rhin et du Haut-Rhin.
Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d'Alsace, issue de la fusion en janvier 2021 des collectivités du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. (Crédits : DR)

LA TRIBUNE - Le report du conseil des ministres franco-allemand a marqué un coup de frein dans la coopération entre Paris et Berlin. Votre collectivité annonce pourtant un schéma territorial de coopération transfrontalière riche de 125 initiatives dans l'environnement, le transport, la culture, la recherche ou la santé. Le franco-allemand, ça fonctionne seulement en Alsace ?

FREDERIC BIERRY - Il est important d'avoir une impulsion nationale forte dans la coopération franco-allemande. Emmanuel Macron l'a toujours affiché en priorité. Avec la guerre en Ukraine et la crise énergétique, l'axe franco-allemand apparaît en tension. Je le regrette. Mais j'ai établi des liens de qualité avec mes homologies locaux allemands. Les tensions nationales ne vont rien changer à notre détermination à mener des projets transfrontaliers. On est là pour faciliter la vie quotidienne de nos concitoyens, notamment des frontaliers.

La dissolution le 14 octobre de la société publique franco-allemande Novarhena, en charge de réaménager le territoire de Fessenheim, a été un mauvais signal. La Collectivité européenne d'Alsace détenait 19% de cette SEM. Les Allemands étaient à 14,5 %. Pourquoi n'arrive-t-on pas à s'entendre avec eux ?

Ce n'est pas un mauvais signal. Simplement, les projets de réindustrialisation du territoire de Fessenheim ne sont pas prêts. Il n'était pas raisonnable de continuer de payer pour le fonctionnement de cette société d'aménagement. Les Allemands l'ont bien compris. L'intercommunalité du côté français est en capacité de gérer elle-même la démarche d'aménagement de cette zone d'activités, dont la surface a été revue à la baisse. Les Allemands seront prêts à accompagner des démarches de l'après-Fessenheim, notamment dans l'hydrogène.

Votre schéma alsacien de coopération transfrontalière apporte-t-il des réponses à la transition écologique et énergétique ?

Une cinquantaine de projets portent précisément sur cette transition. Par exemple, nous allons mettre en place un observatoire transfrontalier de la qualité de l'air à l'échelle rhénane. J'ai gardé en tête ce qu'on nous avait raconté en 1986 après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Le nuage radioactif venu de l'Est se serait arrêté au Rhin... On comprend bien que c'était scandaleux. Avec la crise énergétique, le charbon est redevenu essentiel dans le mix énergétique allemand. Je veux savoir quel impact cela pourra avoir sur notre qualité de l'air. La qualité de l'eau est un autre enjeu commun avec nos voisins. La nappe phréatique du Rhin est clairement une ressource européenne. Au printemps 2023, nous organiserons des assises de l'eau transfrontalières pour établir des diagnostics précis sur les enjeux de la qualité, de l'approvisionnement, de l'agriculture, des inondations et de l'impact de la sécheresse.

En travaillant de concert avec l'Allemagne, avez-vous les moyens de mieux maîtriser les coûts de l'énergie ?

Non, mais nous avons la capacité de fournir de l'énergie. Le réseau Trion associe des acteurs français, suisses et allemands dans des projets d'adaptation climatique, des réflexions partagées sur l'hydrogène, la géothermie, les réseaux de chaleur. Nous disposons d'une réelle expertise scientifique et de la capacité d'accompagner des petits projets de territoire. Dans l'énergie, je ne crois pas aux grands schémas nationaux. 40% de nos communes sont forestières. Nous allons les aider à créer des réseaux de chaleur de territoire, en créant si besoin des sociétés d'économie mixte. On peut imaginer des projets plus conséquents dans le photovoltaïque agricole, avec des réseaux mutualisés. Je ne veux plus être l'otage des grands opérateurs.

Quel est l'impact de la crise énergétique sur le fonctionnement de votre collectivité ?

L'énergie représente 40 millions d'euros de dépenses supplémentaires cette année, pour un budget de 2 milliards d'euros. C'est difficile à digérer. Cette dépense va nous priver d'une partie des politiques publiques et d'investissements. 80 % de l'énergie sont consommés dans nos 147 collèges pour le chauffage, la lumière, les fluides pour la préparation des repas. Une vingtaine de collèges sont déjà équipés en photovoltaïque. Vingt autres le seront encore en 2023. On économisera 30 % en consommation. Je ne suis pas inquiet sur notre capacité à réaliser de tels investissements. Ce qui m'inquiète, c'est la capacité à disposer dans les délais de tous les équipements nécessaires. Nos installateurs sont locaux mais ils dépendent parfois de leurs fournisseurs, qui sont chinois.

Jean Rottner, président de la Région Grand-Est, a alerté sur un risque de fermetures de lignes ferroviaires face à la flambée des prix de l'électricité. Les dessertes régionales en Alsace sont-elles menacées ?

Je ne pourrais pas l'accepter, comme je n'accepte pas que la Région ait pu annoncer la fermeture d'un lycée à Pulversheim pour des raisons de performance énergétique. Ce lycée professionnel répond à des besoins des entreprises. On ne peut pas fermer un lycée parce que le bâtiment est une passoire thermique ! On doit faire des travaux pour le faire évoluer. La Région a un engagement de service public et elle doit le respecter.

Les transports scolaires relèvent désormais d'une compétence régionale. Ils ont été pénalisés par des pénuries de chauffeurs et des ruptures de service à la rentrée. Comment auriez-vous géré cette situation ?

Le fait d'avoir lancé des appels d'offres à l'échelle du Grand-Est a favorisé des grands groupes de transport qui ont tué les petites entreprises de territoire. Résultat, quand il a fallu assurer du transport de proximité, les petits avaient disparu. J'entends dire que les métiers du transport ne sont pas attractifs. La Région est compétente sur la formation. Elle aurait pu anticiper cette pénurie ! L'Alsace n'a pas de problème démographique. Quand le département était en responsabilité sur le transport scolaire, il n'y avait pas de problèmes.

Allez-vous demander, au nom de la Collectivité européenne d'Alsace, davantage de compétences sur l'économie ?

Ma demande est toujours la même. Pour aborder nos problèmes à 360 degrés, il faut que l'Alsace retrouve les compétences d'une région. Au moment où les entreprises n'arrivent pas à recruter, les dysfonctionnements sont incompréhensibles. Il suffit de refaire les transferts. Avec la loi relative à la différenciation, la décentralisation et la déconcentration, on s'inscrit déjà dans cette logique.

Propos recueillis par Olivier MIRGUET

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Commentaires 2
à écrit le 24/10/2022 à 21:37
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En gros, ce qu'il nous explique, c'est qu'il veut se détacher de la région grand est pour scinder mieux avec l'Allemagne... C'est un LR ? je comprends mieux, finalement, ils sont au pouvoir, autant en profiter.

le 26/10/2022 à 11:15
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alors idem pour las autres region l'auvergne, le limousin , le Bearn exc. c'est ce qu'il advient quand 2 mecs bourré refond les regions sans consulter qui que ce soit

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