"Nous demandons un statut fiscal dérogatoire pour l'aéroport de Strasbourg" (Pia Imbs, présidente de l'Eurométropole)

SÉRIE D'ÉTÉ : UN AN DE MÉTROPOLE OU DE MAIRIE ÉCOLOGISTE (1/5) Pia Imbs, présidente de l'Eurométropole de Strasbourg (33 communes, 505.000 habitants), dresse le bilan d'une année de mandat en collaboration avec les écologistes élus à la mairie de Strasbourg en 2020. Ralenti par la crise sanitaire, le développement économique orienté vers la préservation des ressources locales reste un projet en devenir. Face à la concurrence des aéroports frontaliers de Baden Baden et Bâle-Mulhouse, Pia Embs demande un statut fiscal spécifique permettant de lutter à armes égales en termes de compétitivité.

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Je souhaite aller vers un équilibre entre le développement économique et une programmation orientée vers l'agriculture maraîchère ou nourricière, déclare Pia Imbs, présidente de l'Eurométropole de Strasbourg
"Je souhaite aller vers un équilibre entre le développement économique et une programmation orientée vers l'agriculture maraîchère ou nourricière", déclare Pia Imbs, présidente de l'Eurométropole de Strasbourg (Crédits : Olivier Mirguet)

LA TRIBUNE - Votre première année de mandat à la présidence de l'Eurométropole de Strasbourg s'est achevée le 15 juillet. Quelle impulsion avez-vous donnée à la collectivité ?

PIA IMBS - Nous avons consacré cette année à la gestion de la crise. Il a fallu faire face aux urgences du court terme, aux effets du Covid, et répondre à une grande inquiétude. Avec les autres collectivités, nous avons mis en place plusieurs aides destinées aux acteurs de l'économie : un million d'euros pour le "Plan Marshall" du conseil départemental du Bas-Rhin, un million d'euros également pour le fonds Résistance avec lequel la région Grand-Est a renforcé les entreprises impactées par la crise sanitaire. A l'échelle de l'Eurométropole, nous avons engagé un fonds de soutien de 2 millions d'euros pour la prise en charge des loyers des entreprises, exonéré de loyers les entreprises locataires du patrimoine de la collectivité. Le tissu économique local a bien résisté. Le taux de chômage s'établit à 7,6 % dans notre zone d'emploi.

Votre stratégie n'a-t-elle été que défensive ?

Non. Nous sommes attentifs à toutes sortes de demandes d'implantations d'entreprises sur notre territoire et élaborons un nouveau schéma pour les zones d'activités, dans le cadre de la révision du plan local d'urbanisme. Une nouvelle zone économique va être lancée sur les bans communaux de Niederhausbergen, Mundolsheim et Souffelweyersheim. Nous allons bientôt inaugurer Nextmed. un campus de 30.000 mètres carrés dédié aux technologies médicales, biomédicales et numériques. Nous poursuivons le développement du Pôle d'innovation d'Illkirch sur 20 hectares encore disponibles. Je souhaite aller vers un équilibre entre le développement économique et une programmation orientée vers l'agriculture maraîchère ou nourricière. Nous considérons l'agriculture comme un acteur économique à part entière.

En décembre 2020, l'implantation de Huawei et ses 500 emplois ont échappé à votre collectivité. L'industriel a choisi Brumath, aux portes de votre agglomération, pour construire sa première usine hors de Chine. Regrettez-vous ce choix ?

L'entreprise s'est intéressée à notre site d'Illkirch, sur le territoire de l'Eurométropole, mais elle s'inquiétait de la proximité d'une zone de géothermie. Finalement, ce qui se passe à Brumath bénéficiera à l'emploi dans la métropole, à nos institutions universitaires et à nos diplômés. Il n'y a pas lieu de le regretter.

La technologie 5G a fait l'objet de controverses parmi les élus écologistes à Strasbourg. N'est-ce pas la véritable raison pour laquelle cette implantation vous a échappé ?

L'entreprise Huawei est toujours relativement chahutée en termes d'éthique ou de protection des données. Les réserves émises à Strasbourg ont pu entrer dans leur décision. Je l'assume. Il y aura un manque à gagner pour l'Eurométropole au niveau de la fiscalité. Je n'ai pas de chiffre en tête.

La zone de Brumath se situe à 22 kilomètres au nord de Strasbourg. Elle n'est pas desservie par les chemins de fer. Les navetteurs strasbourgeois devront-ils prendre leur voiture pour se rendre au travail chez Huawei ?

Probablement.

Le Crédit Mutuel et la Caisse d'Epargne ont renoncé à deux projets emblématiques d'immobilier de bureau dans votre quartier d'affaires Archipel. Est-ce un signe de désaffection de la part de cet écosystème ?

Il n'y a pas eu de renoncement de la part des banquiers. En période Covid, des entreprises ont décidé d'installer durablement le télétravail. Il n'y a plus besoin de pléthore de bureaux. Les salariés peuvent s'organiser autrement. Nos zones d'activités vont devenir plus mixtes en intégrant de l'habitat. C'est une vraie évolution de la société.

Le projet MackNext, émanation multimédia du parc de loisirs allemand Europa Park, a été validé. 150 emplois vont être créés à Plobsheim. Mais cette implantation consomme 3 hectares de foncier agricole aux portes de Strasbourg. Est-ce encore admissible ?

Notre décision a été gérée dans l'équilibre entre les avantages économiques pour la commune, les retombées en emplois, le rayonnement sur notre territoire et de l'autre côté, une entreprise qui s'implante en pleine terre. Leur projet a demandé des échanges de terrains. L'entreprise a mis des moyens conséquents pour compenser son empreinte foncière.

Avez-vous tenté de convaincre le groupe Mack de s'implanter ailleurs ?

Nous avons compris que le cadre de verdure serait stimulant pour leur recherche de pointe dans le domaine de l'audiovisuel et du cinéma. La proximité du golf de Plobsheim est l'un de nos éléments d'attractivité. C'est une commune qui a peu de moyens financiers et qui n'a pas la chance d'avoir des zones d'activités.

La commande publique de l'Eurométropole peut-elle contribuer à la relance économique ?

La collectivité a voté un budget primitif de relance à plus de 270 millions d'euros. C'est un budget de soutien particulièrement au BTP. On n'a pas vu cela depuis 2015. Nous soutenons les entreprises qui vont s'impliquer dans nos projets de mobilité en lançant trois lignes de tramway pour 280 millions d'euros et investissons 100 millions d'euros dans les pistes cyclables. Nos appels d'offres bénéficient déjà à 80 % d'entreprises locales.

Quel est le secteur qui a le plus souffert des conséquences de la crise sanitaire ?

Le tourisme fait l'objet d'une attention particulière depuis le début de la crise. Strasbourg a subi une double peine avec l'absence des sessions du parlement européen depuis mars 2020. Nous offrons au secteur de l'hôtellerie et de la restauration une exonération des deux tiers de la cotisation foncière des entreprises. Soit une remise de 3,6 millions d'euros. Le tourisme doit maintenant se tourner vers un fonctionnement plus vert et plus local. L'Eurométropole a signé un contrat de réciprocité avec la vallée de la Bruche et les Vosges. Nous faisons la promotion d'un tourisme local, vert, qui a du charme. Les opérateurs mettent au point des packages bien pensés autour du vélo et de la visite de fermes auberges, qui méritent d'être connues.

Ce tourisme local est-il une réponse aux besoins de l'aéroport de Strasbourg, dont votre collectivité est actionnaire, et qui a perdu plus de 60 % de sa clientèle en 2020 ?

La baisse des recettes de l'aéroport amène les collectivités locales à le recapitaliser, à hauteur d'1,5 million d'euros par collectivité. Strasbourg-Entzheim se projette désormais comme une plate-forme multimodale. Les anciennes friches militaires ont été requalifiées et l'on a vu arriver des entreprises logistiques. Bolloré a annoncé son implantation dans le fret pharmaceutique. Dans le trafic voyageurs, la compétitivité face à Baden-Baden et Bâle-Mulhouse repose sur un modèle coûteux : les collectivités paient 3 millions d'euros par an pour rétablir l'équilibre des taxes aéroportuaires. Nous demandons un statut fiscal dérogatoire parce que cet aéroport a aussi un intérêt diplomatique.

Les entreprises locales sont inquiètes dans la perspective de la zone à faibles émissions. La ZFE s'impose à toutes les métropoles mais Strasbourg entend l'appliquer de façon encore plus restrictive. Allez-vous vraiment interdire tous les véhicules diesel dès 2028 ?

Nous portons un grand intérêt aux biocarburants, au retrofit des voitures thermiques. La métropole va soutenir la filière de l'hydrogène et développer un parc important de bornes de recharge électrique. En attendant que les constructeurs mettent sur le marché des véhicules utilitaires plus respectueux de l'environnement, nous pratiquerons un régime de dérogations tout en explorant la thématique de la logistique ferroviaire. C'est un serpent de mer, mais le fret ferroviaire peut reprendre le dessus sur la logistique par camions.

Lire ici le deuxième volet de notre série d'été : L'analyse des 12 premiers mois de mandat de Pierre Hurmic à la mairie de Bordeaux

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Commentaires 5
à écrit le 19/07/2021 à 17:54
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100 millions d'euros dans les pistes cyclables. Y a des gens(e) qui auraient mieux fait de rester fille d'agriculteur que docteur en économie. Encore une.

à écrit le 19/07/2021 à 9:40
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La compétitivité économique est une forme de guerre et elle se fait au détriment de la biosphère qui permet notre survie. On a beau savoir quelle est payée pour faire ce genre de demandes, si un fou nous demandait de couler un chape de béton sur l'en...

à écrit le 19/07/2021 à 9:02
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On croit rêver... le dumping fiscal est vraiment dans le sang des européistes.

à écrit le 19/07/2021 à 8:48
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hahaha!! des socialistes qui coulent tout et font de la propagande ecolo a longueur d'annee veulent promouvoir les avions qui tuent les ours blanc et pour ce faire demandent a etre un sale paradis fiscal de sale capitaliste exploitateur et assassin d...

à écrit le 19/07/2021 à 8:46
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Y'-a-t-il vraiment de la place pour 2 aéroports en Alsace? C'est la vraie question. Un statut fiscal particulier ne traitera pas la cause du problème.

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