Après la catastrophe de Gênes, le viaduc d'Echinghen près de Boulogne inquiéte

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(Crédits : DR)
Après l'effondrement du viaduc autoroutier italien, qui a fait 43 morts le 14 août 2018, le gouvernement avait publié une première liste de 164 ouvrages importants. Deux figuraient en dernière catégorie, "3U", "ouvrages dont la structure est gravement altérée et nécessite une intervention urgente", dont celui d'Echinghen, sur la côte du Pas-de-Calais. Le second est celui de Caronte sur l'A55 à Martigues.

>> Article en ligne 12/08/2019 à10h42 | Mise à jour à 13h40

Propriété de l'Etat et concédé à la Sanef jusqu'en 2031, cet ouvrage d'art à caisson ouvert fut construit par un consortium mené par Bouygues et mis en service en 1998.

La structure est précontrainte par 330 câbles extérieurs au béton injectés au coulis de ciment. Une technologie abandonnée depuis 2001 à cause des risques de rupture "brutale" de câbles, dangereuse pour le personnel et "susceptible d'endommager des pièces accessoires ou importantes de la structure (désordres en chaîne)", rappelle une note du Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) de novembre 2018.

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Depuis l'automne 2018, une dizaine de câbles corrodés sont en cours de changement sur ce viaduc exposé au vent et aux embruns du littoral, dont le péage coûte 1,10 euro pour une voiture. Tout en haut des piles, on devine échafaudages et agents en chasuble fluo.

"On vit au rythme des travaux. On ne sait pas quand ça commence, ni quand ça finit", raconte Eric Pignon, qui habite l'un des quelques pavillons situés au pied des piles hautes de 70 mètres.

Le pont long de 1.301 mètres menant à Boulogne-sur-Mer sur l'A16 "vieillit mal", estime Catherine Pignon, sa femme, qui l'a vu se construire.

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Assurer la pérennité de l'ouvrage

Selon la Sanef, qui organise une inspection annuelle et une inspection détaillée tous les cinq ans, des travaux de maintenance préventive des câbles débutent en 2017. Fin octobre 2017, la corrosion des câbles est découverte. Début novembre, le pont est classé "3U" par des bureaux d'études.

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Par précaution, les deux voies extérieures sont condamnées - et le sont toujours -, les camions détournés via la commune d'Isques jusqu'en juin 2018.

"La préfecture m'a appelé. Ca s'est fait totalement en urgence", se souvient Bertrand Dumaine, maire du village-rue de 1.100 habitants.

"Les riverains ont beaucoup souffert. Vous imaginez 2.500 poids lourds par jour ?".

Conséquence: le Conseil départemental a dû payer 450.000 euros de réfection de la départementale dégradée, aidé par la Sanef à hauteur de 175.000 euros.

Le changement des câbles devrait se terminer d'ici la fin de l'année. Le contentieux, lui, perdure : la Sanef - exploitant 2.063 km d'autoroutes pour un chiffre d'affaires de 1,752 milliard d'euros en 2018 - impute au groupement des constructeurs les divers désordres qui lui coûtent "plusieurs millions d'euros".

Rapports d'experts à l'appui, le concessionnaire -qui craignait alors des "risques" de corrosion- a engagé en 2013 une procédure pour faire condamner solidairement à 7,4 millions d'euros d'indemnités Bouygues travaux publics et consorts, à cause des déchirures sur les gaines des câbles et du mortier de réparation, enduit par endroit, entraînant des "fissurations importantes du béton".

Dans son jugement du 10 octobre 2017, consulté par l'AFP, le tribunal administratif de Lille a débouté la Sanef, estimant que les constructeurs n'avaient commis ni fraude ni tromperie. Le dossier est à l'instruction en appel et des expertises judiciaires sont toujours en cours, notamment pour savoir si certaines fissurations résultent d'un défaut de conception, d'exécution ou des conditions d'entretien.

"C'est un ouvrage que l'on suit extrêmement attentivement (...) A aucun moment la sécurité des usagers n'a été mise en cause", affirme Vincent Fanguet, directeur de l'exploitation de Sanef, discret concernant "plusieurs démarches contentieuses en cours (...) La justice tranchera".

Selon lui, "tous ces travaux ont pour seul objectif d'assurer la pérennité d'un ouvrage à long terme".

Bouygues Construction s'est, pour sa part, refusé à tout commentaire.

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Tableau récapitulatif du classement des ponts en France
(surface supérieur à 7.000 m2)

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Commentaires
a écrit le 13/08/2019 à 11:16 :
Un pont inutilisable, conformément à ses spécifications, après 20 ans d'usage révèle un défaut notoire de qualité, mais la justice suit son cours long et sinueux. Les usagers paient sans fin pour un service dégradé et les expédients de réparation. Un service judiciaire insuffisant conduit la démocratie à la mort et la bureaucratie au triomphe.
a écrit le 12/08/2019 à 15:41 :
Et....On donne de l'argent a l'UE de Bruxelles pour que des chinois puissent construire un pont inutile dans l'Union! A lieu de s'occuper de nos propres ponts et de leur sécurité!
Bientôt cela va être des tunnels entre Lyon et Turin!
a écrit le 12/08/2019 à 15:05 :
Il tremblera avant de s'effondrer (trois secondes après) ?
Celui de Millau est prévu pour 100 ans je crois, à 110, danger (mais la concession c'est 70 ans, une vraie manne (péage trop cher vu ce que ça rapporte ?).
Y a eu des techniques qui se sont avérées faillibles plus tard, avec le recul. Le béton est poreux, sais plus le pays où récemment ils ont étudié en labo divers adjuvants et formulations pour avoir une étanchéité améliorée, leur looong pont doit durer 100 ans ou plus.
On apprend à partir des constatations et le recul, certains ponts ont subi une forte tempête et se sont fragmentés, depuis on gère ce genre de problème (aérodynamisme, structure, morphologie, etc).
Le viaduc d'Echinghen construit en pierres comme faisaient les romains, ça aurait donné quoi ? Temps de construction, coût ? Je vais noter sur ma carte pour ne pas passer par là. :-)
Surveiller tous les ans, c'est fréquent, il doit y avoir des défauts à suivre. Le pont de l'Oresund (DK / S, tunnel puis pont) comporte, comme ça se fait maintenant, des capteurs, balises GPS, pour suivre la vie de la structure au millimètre.
En Allemagne, certains ponts sont trop vieux vs le tonnage des camions modernes sortant des usines, ceux-ci doivent faire de grands détours pour livrer leur chargement = surcoût, temps, ...
a écrit le 12/08/2019 à 13:18 :
Construire vite et mal afin de générer profits pour la finance a forcément des conséquences dramatiques de ce genre surtout à terme, je repense à cette illustration de Franquin dans ses "idées noires" sur un gars content d'avoir investi dans le boulon en carton, à lire d'urgence.

Quand je vois tout ces ponts gallos romains qui continuent de supporter le passage des camions par chez nous et nos tunnels de voies ferrées qui jamais entretenus continuent de supporter les collines sous lesquelles ils ont été creusés.

Il serait temps de retirer le BTP de l'emprise financière et vite.
Réponse de le 12/08/2019 à 21:09 :
Même les ponts romains nécessitent de l'entretien. Même du temps des romains, il y avait des financiers. Le monde parfait où l'argent coule à flot n'existe pas.
Réponse de le 13/08/2019 à 9:08 :
@ inutile

C'est bien mais fais du vent quand il fait chaud stp, merci.

Signalé

et si je peux pas me passer de mon pot de colle peine à penser vous virez mon commentaire vous ne l'instrumentalisez pas.
a écrit le 12/08/2019 à 12:45 :
"A aucun moment la sécurité des usagers n'a été mise en cause"... mais on va quand même interdire aux camions de rouler dessus, c'est plus sûr...
a écrit le 12/08/2019 à 12:01 :
Comme d'habitude, "on" n'est responsable de rien. Tout un chacun se demarque.
Jusqu'au jour ou le machin tombera.
En Italie, les responsabilites ont ete etablies.
En France, on ne trouvera personne.
Réponse de le 12/08/2019 à 12:24 :
Si si : nous allons payer. L’Etat paiera. Comme d’hab !
Un pont construit en 1998. 20 ans ! On rêve ! Les ponts de la Rome antiques sont encore debout !

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