Champs-Élysées : qui va payer la facture de la transformation végétale ?

L'avenue aux 100.000 visiteurs quotidiens va se métamorphoser au cours de la prochaine décennie. Si les professionnels des Champs-Élysées se disent prêts à discuter du budget estimé à 250 millions d'euros, les riverains de l'obélisque déclarent, en revanche, n'avoir jamais été consultés sur la végétalisation de la place de la Concorde.
César Armand
Voici à quoi pourrait ressembler le bas des Champs-Elysées dans quelques années.
Voici à quoi pourrait ressembler le bas des Champs-Elysées dans quelques années. (Crédits : PCA-STREAM)

Bruyante, encombrée et polluée, la « plus belle avenue du monde » aux 100.000 visiteurs quotidiens va devenir un boulevard urbain végétal à horizon 2030 pour un budget estimé à 250 millions d'euros. Anne Hidalgo l'a confirmé le 10 janvier 2021.

« Pour les Champs-Élysées, nous allons refaire la place de la Concorde avant les Jeux olympiques puis la totalité de l'avenue ensuite ; ce sera un jardin extraordinaire », a affirmé la maire (PS) de Paris au JDD.

Haut Champs-Elysées

« L'avenue est dans un état épouvantable. C'est une bonne nouvelle pour le VIIIème » réagit la maire (LR) de l'arrondissement Jeanne d'Hauteserre. Avec un budget annuel de fonctionnement de 2 millions d'euros délégué par la mairie centrale pour les équipements de proximité type écoles, crèches, gymnases et trottoirs, elle ne pourra participer au financement. De même qu'elle doute que la Ville puisse sortir le chéquier.

« Tout le monde veut y participer, mais c'est au portefeuille que ça coince », poursuit-elle.

« Que la Ville se concerte avec les élus locaux, les comités de quartier et les habitants ! » exhorte son délégué (LR) à l'attractivité économique et à la sécurité Vincent Baladi.

La contrainte de Paris 2024

Près de trente ans après la suppression des contre-allées automobiles et l'élargissement des trottoirs impulsés par Chirac, Anne Hidalgo répond en cela à la demande du comité des Champs-Élysées (180 adhérents dont 110 commerces, 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires annuel, Ndlr). Avant le mouvement des « Gilets jaunes », les grèves dans les transports publics et la crise sanitaire et économique, ce dernier avait saisi dès l'été 2018 l'architecte Philippe Chiambaretta sur la transformation de l'axe.

« Paris 2024 est un moteur et en même temps une petite contrainte, les Jeux ne pouvant pas se tenir sur un chantier », dit le fondateur de l'agence PCA-STREAM. « C'est un aimant économique et touristique très fort », ajoute Philippe Chiambaretta qui relève que 68% des passants sont des touristes, majoritairement étrangers (85%).

Après avoir été présenté aux professionnels du quartier en avril 2019 puis aux candidats à la mairie de Paris en janvier 2020, le projet a fait l'objet d'une exposition au pavillon de l'Arsenal en avril dernier suivie d'une consultation citoyenne à laquelle ont participé 90.000 Parisiens et Franciliens. La Ville tiendra une conférence de presse la semaine prochaine.

Un chantier de 24 hA de l'Etoile à la Concorde

« Le budget fait partie des discussions que nous avons avec la Ville et nous sommes disposés à en discuter avec elle pour poser le cadre légal, juridique et administratif », assure le président du comité des Champs-Élysées Jean-Noël Reinhardt.

D'une superficie totale de 24 hectares - autant que le parc des Buttes-Chaumont -, le nouveau « jardin des Champs-Élysées » serait trois fois plus grand que le parc Montceau (8 hA), également situé dans le VIIIème arrondissement, mais toujours trente fois plus petit que les bois de Boulogne (846 hectares) et de Vincennes (995 hectares).

Le chantier s'étendrait de la place de l'Étoile à la place de la Concorde et comporterait, notamment, des nouveaux revêtements de sol partiellement perméables, des clairières, des « pauses végétales » ainsi que des parvis et zones de pleine terre végétalisées. La taille des arbres serait ainsi modifiée pour augmenter la taille des surfaces ombragées et des promenades piétonnes.

La mutation de la place de la Concorde déroute les riverains

La mutation future de la place de la Concorde (voir ci-dessous) déroute cependant les 120 boutiques haut de gamme du comité Faubourg Saint-Honoré.

Concorde

Leur président confie sa « surprise » à La Tribune, déclarant n'avoir « jamais » été consulté sur le sujet. « On parlait de travaux sur les jardins des Champs-Élysées, mais il n'y a eu aucune concertation avec le secteur Élysée-Royale », déclare-t-il.

« Depuis 2015 et le renforcement de la sécurité aux abords du palais de l'Élysée, les commerces sont en train de mourir », avance Benjamin Cymerman, qui évoque la fermeture de 17 boutiques depuis 2019 et de 5 voire 6 autres en 2021.

Situé dans les rues entre le Château présidentiel, l'obélisque et la rue de Rivoli, le « plus grand secteur du luxe devant l'avenue Montaigne » est, lui aussi, en discussion avec la mairie de Paris depuis deux ans et demi afin d'agrandir les trottoirs entre la rue du Faubourg Saint-Honoré et la rue Royale et d'y ajouter des cafés et restaurants. Montant total estimé : 1 à 3 millions d'euros. Soit cent fois moins que la rénovation globale de la « plus belle avenue du monde ».

César Armand