Déchets ménagers : le candidat écologiste à Paris épinglé pour une "fake news"

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(Crédits : Reuters)
Dans une lettre ouverte, le président de l'agence métropolitaine des déchets ménagers (Syctom) dénonce les propos erronés de la tête de liste d'EELV à la mairie de Paris, David Belliard. En cause : le budget dédié à la reconstruction de l'incinérateur d'Ivry-sur-Seine, l'un des principaux centres de gestion des déchets du Grand Paris.

"Une « fake news » relevant presque du statut de « légende urbaine »". Dans une lettre ouverte adressée aux candidats à Paris datée du 10 mars - envoyée avant le deuxième débat sur France 3 Île-de-France -, le président de l'agence métropolitaine des déchets (Syctom) s'agace, sans le nommer, d'une déclaration de l'un d'entre eux sur la reconstruction de l'incinérateur d'Ivry-Paris XIII.

Des propos répétés hier soir

Vérification faite, il s'agit du chef de file écologiste David Belliard qui a assuré, lors du premier débat du 4 mars sur LCI, qu'il "fa[llait] qu'on arrête de dépenser 2,5 milliards dans l'incinérateur". Des propos répétés hier soir sur France 3 Île-de-France.

En fait, le candidat d'EELV doit confondre avec la somme de 1,8 milliard d'euros prévue à la fois pour la reconstruction et l'exploitation pendant 23 ans de cet incinérateur, ainsi que pour la construction et l'exploitation d'une usine de traitement des déchets organiques, pas encore validée à ce stade.

400.000 tonnes par an en 2024

Dans son courrier, le patron du Syctom rappelle aussi que "les travaux sont largement engagés et les recours déposés par diverses associations ont été notamment rejetés par le Conseil d'Etat le 16 décembre 2019". Et d'insister sur la nécessité de reconstruire un équipement qui cessera de fonctionner en 2024 "après 55 ans de bons et loyaux services".

Jacques Gautier se défend également sur "la vision et l'engagement environnemental" du projet. "Les élus ont, il y a quinze ans, adopté le lancement de cette opération en divisant par 2 la capacité d'incinération passant de 700 000 tonnes/an actuellement à 350 000 tonnes/an en 2024 tout en s'appuyant sur les meilleures et les plus modernes technologies", rappelle-t-il, expliquant que dans quatre ans, la Métropole se retrouvera en déficit de capacité de traitement pour un tonnage avoisinant les 400.000 tonnes par an.

Preuve en est selon lui: lorsque les incinérateurs d'Issy-les-Moulineaux, d'Ivry-sur-Seine et de Saint-Ouen ont été en grève en janvier et février dernier, plus de 65.000 tonnes de déchets ménagés ont dû être transportés et enfouis à 50 kilomètres de Paris.

"Au‐delà de l'impact négatif du transport, cet enfouissement génère un bilan environnemental insupportable, avec une matière organique qui ne peut retourner au sol car mélangée à des polluants et qui provoque des émanations de méthane lors de sa lente dégradation", pointe le patron du Syctom. "De plus, des matières inertes comme les plastiques nécessiteront des centaines, voire des milliers d'années pour se décomposer."

300.000 logements chauffés

Sans oublier que pendant cette période, les sept fours de l'agence métropolitaine des déchets se sont arrêtés et n'ont pu fournir l'énergie vapeur qui chauffe l'équivalent de 300.000 logements dont les hôpitaux parisiens. La compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU) a dû se résoudre à compenser ce manque en recourant à des énergies fossiles, assure-t-il encore.

"Est‐ce vraiment cela le modèle rêvé ? Est‐ce vraiment cela l'alternative appelée de leurs vœux par certains ? Dans le droit fil de ce constat, était‐il opportun de « sauter comme un cabri » et de citer, à l'envie, le modèle « zéro waste » de San Francisco ?", s'interroge Jacques Gautier.

Pour lui, ce modèle "se satisfait" (sic) d'enfouir, au pied des Rocheuses, à 120 kilomètres de la ville, 1.000 tonnes de déchets résiduels par jour (soit près de 50 % des déchets produits). L'ex-maire (LR) de Garches (Hauts-de-Seine) fait donc le vœu que le prochain maire de Paris s'engage à "contribuer à la mise en œuvre et au financement des mesures pédagogiques, de prévention et de détournement des flux".

"Il est temps que cessent les attaques contre les unités de traitement du Syctom alors que notre syndicat assume la lourde responsabilité et la difficile mission de service public de traitement des déchets ménagers que les 85 communes lui apportent", conclut-il.

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Commentaires
a écrit le 17/03/2020 à 12:19 :
Je n'ai pas l'impression que la photo qui illustre l'article porte sur l'incinérateur d'Yvry...
Peut-on m'éclairer?
a écrit le 11/03/2020 à 14:17 :
Manifestement David Belliard ne semble pas très cortiqué, au point de se mélanger les pinceaux dans les chiffres et les projets pour vanter une cause qu'il connait mal, voir pas du tout. Ce candidat n'est pas sérieux.
a écrit le 11/03/2020 à 11:16 :
Un exemple parmi d'autres des vues avec visières et oeillères des écolos-yakafaukon, sur des sujets importants, techniques, concernant la défense de nos environnements: la faute à des visions manichéennes, la critique facile, le déni des préoccupations des acteurs, et la bêtise.
a écrit le 11/03/2020 à 9:55 :
Ben avec nos écolos c'est démago à gogo, l'écologie est une nécessité bien trop vitale pour la confier à des politiciens hein ne sachant que tout massacrer pour leurs seuls intérêts, la preuve chacun choisissant d'abord son "idéologie" selon les avantages qu'il peut en tirer et selon au préalable une étude de marché.

Élections pièges à gonds.

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