Grand Paris : «le Val-d'Oise ne doit pas être l'oublié des futurs grands projets économiques» (Pierre Kuchly, CCI 95)

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Président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) du Val d'Oise, Pierre Kuchly est également vice-président de la CCI Paris Île-de-France et vice-président de la CPME nationale chargé de l'union des territoires.
Président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) du Val d'Oise, Pierre Kuchly est également vice-président de la CCI Paris Île-de-France et vice-président de la CPME nationale chargé de l'union des territoires. (Crédits : DR)
INTERVIEW. Près d'un an et demi après l'abandon d'EuropaCity, le président de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) du Val d'Oise Pierre Kuchly appelle à la création d'un « carrefour de l’alimentation du futur » sur le Triangle de Gonesse.

C'était le 7 novembre 2019 : le président de la République Emmanuel Macron annonçait l'abandon du projet EuropaCity au nom de la transition écologique. Malgré la nomination du haut-fonctionnaire Francis Rol-Tanguy chargé d'élaborer « un nouveau projet » et la mission confiée au préfet du Val-d'Oise Amaury de Saint-Quentin de remettre un rapport à Matignon, les arbitrages gouvernementaux se font attendre. Dans le même temps, l'avenir du Triangle de Gonesse divise les candidat(e)s aux élections régionales, poussant les acteurs économiques et politiques locaux à sortir du bois.

LA TRIBUNE - L'avenir du Triangle de Gonesse (Val-d'Oise) divise les candidat(e)s aux élections régionales, la présidente sortante Valérie Pécresse défendant une alternative à EuropaCity, les opposants poussant le projet Carma (Coopération pour une ambition agricole, rurale et métropolitaine d'avenir). Comment l'expliquez-vous ?

PIERRE KUCHLY, président de la CCI 95, vice-président de la CCI Paris Île-de-France, vice-président de la CPME chargé de l'union des territoires - Dès 2015, l'arbitrage a été fait entre les 280 hectares urbanisables et les 400 hectares agricoles, à l'issue d'un très long processus de concertation et de dialogue entre tous les acteurs, sous la férule impartiale de l'Etat. Cela a alors conduit à sanctuariser durablement l'activité et la terre agricole sur toute la partie nord du Triangle (400 hectares) dans le schéma de cohérence territoriale (SCoT) de l'agglomération de Roissy Pays de France. De même qu'à reconnaître et inscrire dans tous les documents d'urbanisme et d'aménagement (dont le schéma de la région Île-de-France) le caractère urbanisable de la partie méridionale. La question du partage n'est donc plus d'actualité.

Si des divisions sur le sujet persistent, c'est pourtant bien sur cette base déjà juridiquement actée qu'il faut construire un nouveau projet, en prenant en compte les engagements financiers de l'Etat, notamment en matière d'acquisition foncière de la zone urbanisable. C'est pourquoi après les annonces du 12 février 2021 sur l'abandon du projet de Terminal 4 de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle sous la forme initialement prévue, nous sommes plus que jamais mobilisés pour s'assurer que ce territoire, porte d'entrée du Grand Paris et de la France de par sa situation géographique et sa connexion aéroportuaire, ne soit pas l'oublié des futurs grands projets économiques comme il l'est depuis tant d'années. Dois-je rappeler que les derniers projets structurants sont la ville nouvelle de Cergy et l'aéroport CDG (tous les deux en 1960) et l'université de Cergy (en 1991) ?

Que redoutez-vous précisément avec l'abandon-transformation du terminal 4 de Roissy-Charles de Gaulle ?

Il marque la fin d'un projet essentiel pour le développement économique et l'emploi de tout un territoire, pour le bassin d'emploi Grand Roissy - Le Bourget mais aussi pour les départements limitrophes, dont le Val-d'Oise. Depuis, le cabinet de la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, nous a confirmé que c'était la forme et non le principe même du Terminal 4 qui était remis en cause. Aussi, à la demande de l'Etat, Aéroports de Paris (ADP) est chargé de présenter une nouvelle version, plus adaptée au monde dans lequel nous sommes aujourd'hui.

Si le principe de cette révision est compréhensible, il est quand même assez étonnant de constater que parmi les nouvelles conditions posées par le gouvernement figure la limitation de l'emprise au sol du bâtiment. Le projet consiste précisément en une reconstruction sur une emprise déjà construite - l'actuel T3 et ses voies de circulation -, en quelque sorte une reconstruction de l'aérogare sur l'aérogare ! En cela, il s'inscrit pleinement dans la politique actuelle de reconstruire la ville sur la ville.

J'entends bien sûr les arguments qui poussent à revoir les projets engagés mais je crois aussi profondément qu'économie et écologie ne sont pas antinomiques. Et il est maintenant plus qu'urgent de construire les nouveaux projets qui offriront un avenir à un territoire dont le répit ne pourra plus être très long.

J'ajoute que parmi les principales caractéristiques de notre territoire, il y a la jeunesse de sa population et un taux de chômage qui dépasse les 30% dans certaines communes. Les dernières décisions viennent aggraver une situation sociale qui était déjà alarmante avant même la crise économique et sanitaire, et amplifiée depuis. Et ces décisions arrivent après des années de concertation, d'engagements et d'orientations stratégiques d'ores et déjà lancées dans des secteurs aussi variés que la formation et l'aménagement du territoire ! Le développement économique d'un territoire se construit dans la durée, impliquant des phases intermédiaires et des étapes à plus ou moyen terme. De pareilles remises en cause vont forcément entraîner de graves répercussions économiques et sociales !

Au lendemain de l'abandon d'EuropaCity, le gouvernement a justement chargé le haut-fonctionnaire Francis Rol-Tanguy d'élaborer « un nouveau projet » avec les acteurs du territoire de même que le préfet du Val-d'Oise, Amaury de Saint-Quentin, vient de remettre un rapport à Matignon. Qu'attendez-vous des arbitrages gouvernementaux ?

Malgré de multiples études et missions engagées par l'Etat, l'avenir de ce territoire est toujours suspendu à des arbitrages et propositions du gouvernement. Et ce alors que de nombreux projets sont en train de naître au sein et tout autour du Grand Paris : pôle de  recherche de Saclay, Hectar (école d'agriculture de Xavier Niel), tiers-lieux d'innovation et acculturation à Pantin...

Toutes ces initiatives sont porteuses de sens et d'avenir. Attention toutefois à ne pas en faire des objets de campagnes concurrentes. Elles sont complémentaires et doivent s'articuler autour d'une dynamique métropolitaine globale, dans laquelle le Triangle de Gonesse et le Val d'Oise ont toute leur place, au même titre que les autres territoires de la région.

Prévue pour 2028, la réalisation de la gare de la ligne 17 du Grand Paris Express est-elle compromise ?

La définition et le tracé du réseau du Grand Paris Express ainsi que l'emplacement des gares ont fait l'objet d'un débat public en 2011, conformément à la loi du 3 juin 2010 relative au Grand Paris. Le décret en Conseil d'Etat du 24 août 2011 ayant porté approbation du schéma d'ensemble, la ligne 17 nord y figure, tout comme la gare de Gonesse, la seule prévue dans le Val-d'Oise.

Lors du rendez-vous au ministère de la Transition écologique le 3 mars dernier, les conseillers politique et environnement de Barbara Pompili nous ont d'ailleurs assurés qu'elle n'était pas remise en cause. En revanche, les projets n'étant plus les mêmes compte tenu de l'abandon d'EuropaCity, de nouveaux arbitrages s'imposent, notamment sur son dimensionnement et sur la fréquence de ses dessertes.

Nous sommes évidemment prêts à participer à cette nouvelle réflexion, mais nous demandons qu'elle n'entraîne pas de nouveaux retards dans la réalisation du projet. La gare de Gonesse est attendue et intégrée dans les projets de développement du territoire. Elle est le maillage indispensable qui permettra la connexion entre les bassins de vie du nord francilien et les bassins d'emploi de la métropole du Grand Paris. Et en favorisant un report modal, la ligne 17 nord répond directement aux urgences sociales et environnementales.

En attendant, que recommandez-vous ?

Depuis novembre 2019 et l'annonce de l'abandon du projet EuropaCity, l'ambition de l'ensemble des acteurs économiques et politiques est de produire une stratégie de développement économique réaliste, durable et partagée. Et ce afin de tracer les contours d'un projet d'avenir inclusif, créateur d'emplois et exemplaire en matière de développement durable pour ce bassin économique majeur de la région francilienne.

Pesant pour plus de 6% dans l'économie régionale, le Val d'Oise est effectivement constitué de nombreuses terres agricoles et d'un tissu très dense de TPE et PME, notamment industrielles, très innovantes. Labellisé « Territoire d'industrie » par l'État, situé entre une ville-monde (Paris, Ndlr) et deux aéroports internationaux (Orly et Roissy, Ndlr), il représente une opportunité unique pour l'économie et l'attractivité du pays.

De l'asperge d'Argenteuil au chou de Pontoise - sans oublier les pommes, cerises, tulipes, navets, pissenlits, fraises, poires, etc. qui ont rendu célèbres dans le monde entier de nombreuses villes du département -, nous pourrions ériger le département en un pôle d'exemplarité de développement durable, en captant des projets de haut niveau et des activités en pointe sur l'alimentation de demain avec ce qui va autour, notamment la santé, l'agriculture, les biotechnologies et les industries du futur et même, pourquoi pas, le tourisme !

Une telle perspective est-elle compatible avec le projet Carma (Coopération pour une ambition agricole, rurale et métropolitaine d'avenir) ?

Nous souhaitons faire du Val-d'Oise un territoire d'excellence et d'innovation autour de la bio économie, et du Triangle de Gonesse, un site d'expérimentation opérationnelle du modèle agricole et alimentaire de demain. Une espèce de « carrefour de l'alimentation du futur » qui irait de la production bio à la distribution en circuit court, en incluant de la formation, des laboratoires, des instituts, etc. Les idées ne manquent pas.

L'association Carma milite en effet pour un développement agricole dans le secteur et est potentiellement compatible pour peu que ce projet se positionne sur la partie du Triangle sanctuarisée pour les activités agricoles ou, dans une vision plus large, envisage son positionnement dans un cercle plus large. Cela correspondrait bien d'ailleurs à notre vision d'un projet qui dépasse le Triangle pour embarquer tout le département.

Le développement économique peut et doit se conjuguer avec l'environnement. Notre territoire est exceptionnel et comprend déjà toutes les ressources, mais je le répète, il y a urgence. Mettons-nous vite tous autour de la table et construisons ensemble un territoire d'excellence et d'innovation autour de la bio économie, réconciliant écologie et économie.

Lire aussi : Un an après l'abandon d'Europacity, trois projets encore flous pour le Val-d'Oise

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Commentaires
a écrit le 16/03/2021 à 14:00 :
Vu le contexte actuel le"grand paris" n'a jamais semblé aussi petit, réveillez vous les zombies.

Et je ne parle pas des victimes des covid hein mais des beaucoup plus nombreuses de vos collègues politiciens dont la bêtise crasse et la corruption tacite est en train d'anéantir notre pays.

On voit que tout le monde n'est pas sur le même pied d'égalité pour pouvoir continuer son business...

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