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Île-de-France : comment Pécresse l'a emporté

Photo de Mathias Thépot

Mathias Thépot

Publié le 14 décembre 2015 à 14:15 - Mis à jour le 14 décembre 2015 à 15:47

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Au coude-à-coude jusqu'au bout, Valérie Pécresse et Claude Bartolone ont finalement été séparés par 60.151 voix au second tour des élections régionales en Île-de-France. Une très courte avance pour la candidate de la droite qui n'était pourtant pas en ballottage favorable après le premier tour.

En tête dans tous les sondages avant le premier tour, la victoire de Valérie Pécresse (LR-UDI-MoDem) semblait ne faire aucun doute avant que les franciliens ne soient appelés à voter il y a huit jours. Mais les certitudes de la droite ont été battues en brèche par le premier tour des élections régionales où, sans compter l'extrême droite, l'addition des blocs de gauche (PS-EELV-Front de gauche) ressortait à un niveau supérieur à l'addition des blocs de droite (39,85 % contre 39,41 % des suffrages). La candidate de droite s'est même retrouvée dans les cordes lorsque Nicolas Dupont-Aignan, tête de liste Débout la France (5,57 % au premier tour) a annoncé lundi dernier qu'il ne donnerait pas de consignes de vote pour le second tour.

Un report de voix FN vers la droite ?

Mais c'était sans compter sur les reports de voix du Front national au second tour pour Valérie Pécresse. En effet, le candidat FN Wallerand de Saint-Just a perdu environ 77.000 voix entre les deux tours des élections régionales, passant de 18,7 % des suffrages au premier tour, à 14,02 % au second. Or, Valérie Pécresse, devance in fine Claude Bartolone de 60.151 voix, une marge infime quand on sait que plus de 7 millions de franciliens sont inscrits sur les listes électorales et que 3,7 millions ont voté hier.

Et alors que l'extrême droite arrivait en tête au premier tour dans 682 communes franciliennes réparties principalement dans l'est de la Seine-et-Marne, le sud-ouest des Yvelines,  l'ouest du Val d'Oise et le sud de l'Essonne, le candidat frontiste n'est arrivé en tête que dans une centaine de ces communes au second tour. A l'inverse l'alliance LR-UDI-MoDem a remporté au second tour l'écrasante majorité des communes situées dans ces zones.

On peut ainsi penser que plusieurs dizaines de milliers d'électeurs FN ont préféré « voter utile » pour Valérie Pécresse au second tour et faire battre la gauche. Une analyse renforcée par la bonne participation au second tour (52,49 %), soit environ 470.000 votants de plus que lors du premier tour, conjuguée aux bons reports de voix des alliés du PS pour la liste commune de la gauche. En effet au second tour, Claude Bartolone dépasse de 273.000 voix le total des voix du bloc de gauche au premier tour.

Campagne chaotique de la gauche

Au-delà des reports de voix du Front national, Valérie Pécresse aura certainement bénéficié de la fin de campagne chaotique de la gauche, qui s'est clôturée par les propos très polémiques de Claude Bartolone, accusant la candidate de la droite de défendre « Versailles, Neuilly et la race blanche ». Une accusation maladroite destinée notamment à mobiliser un jeune électorat de gauche abstentionniste. Mais de fait, ces propos vindicatifs qui ne s'imposaient pas, puisque Claude Bartolone semblait en ballottage favorable après le premier tour, auront participé à sa défaite.

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Du reste, le principal aspect négatif de la campagne de Claude Bartolone tient à son entrée en campagne très tardive, qui s'est décidée lors des mois de mai et de juin 2015. Il faut dire que l'actuel président de l'Assemblée nationale - dont le fief se situe en Seine-Saint Denis - aurait, dans l'idéal, préféré briguer la présidence de la future métropole du Grand Paris. Mais les dernières élections municipales qui ont vu la majorité des communes de l'agglomération basculer à droite, rendant une victoire de la gauche impossible, l'ont incité à renoncer à cette présidence.

L'exécutif souhaitait un poids lourd face à Pécresse

Or en haut lieu, on ne souhaitait pas laisser Jean-Paul Huchon se présenter une nouvelle fois, après 17 ans de présidence, à la tête de la région française la plus puissante économiquement. Le risque était trop grand de voir l'ancien maire de Conflans Saint-Honorine perdre face à sa grande rivale Valérie Pécresse.

Et si la candidature de la socialiste Marie-Pierre de la Gontrie, conseillère régionale aux côtés de Jean Paul Huchon, fut un temps évoquée, son faible poids politique au niveau national a clairement joué en sa défaveur. Finalement, on a donc persuadé Claude Bartolone de mettre le Perchoir de côté quelques semaines, afin de conserver la région-capitale. Mais avec le recul, on pourra dire que ces manœuvres politiciennes de dernières minutes auront porté atteinte à la crédibilité du candidat de la gauche pour ces élections.

La campagne de la droite a aussi été violente

A l'inverse, Valérie Pécresse briguait la présidence de la région depuis début 2014. En outre, elle était déjà la concurrente de Jean Paul Huchon lors des élections régionales franciliennes de 2010. De quoi mieux parfaire ses connaissances des dossiers franciliens que son concurrent de la gauche, ce qui lui a certainement permis de se confronter davantage à ses détracteurs durant la campagne. Par exemple, quand Claude Bartolone préférait laisser ses lieutenants délivrer les messages de la gauche à la presse, la candidate de la droite s'est à plusieurs reprises présentée seule devant les journalistes.

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Le travail de fond de la candidate de la droite aurait donc payé, malgré une campagne où elle aura, comme la gauche, misé sur des attaques sortant du cadre des compétences de la région. On peut notamment rappeler l'affaire du tweet de son conseiller Geoffroy Didier sur les propos de Claude Bartolone citant Tariq Ramadan. Un événement qui rappelle aussi que l'entourage de la future présidente de la région Île-de-France n'a pas fait l'économie de dérives droitières durant la campagne.

Mathias Thépot

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