Île-de-France  : le logement social au centre des débats

La région Île-de-France ne financera plus le logement très social dans les communes qui en compte plus de 30 %. Pour compenser, elle devrait soutenir davantage le logement pour les classes moyennes.
Mathias Thépot
Neuilly-sur-Seine est l'une des 8 communes franciliennes ciblées pour leurs carences en logements sociaux.
Neuilly-sur-Seine est l'une des 8 communes franciliennes ciblées pour leurs carences en logements sociaux. (Crédits : <small>Reuters</small>)

Lutter contre la ghettoïsation en Île-de-France. Tel est l'objectif de la présidente de la région capitale Valérie Pécresse (LR), élue en décembre. Pour y parvenir, elle compte globalement limiter les soutiens financiers de la région aux logements très sociaux. Une promesse de campagne controversée qui s'accompagne de risques sociaux évidents.

Et alors qu'elle va présenter ce jeudi en séance plénière du conseil régional ses propositions en la matière, Valérie Pécresse a avancé quelques chiffres pour justifier son intention : « 66 % du parc social francilien se situe dans 90 communes, alors que la région en compte 1.300 ! », déplore-t-elle. Le problème serait donc cette forte concentration du parc social.

Rediriger les financements

La nouvelle majorité régionale compte rediriger une partie des financements de la région du logement très social vers le logement des classes moyennes. Concrètement, d'une part, elle ne cofinancera plus « la construction de logements très sociaux dans les communes qui en comptent plus de 30 % », a indiqué Valérie Pécresse.

Quand elle parle de logements très sociaux, l'ancienne ministre du Budget fait référence aux logements sociaux dits PLAI et PLUS dont les revenus maximums autorisés des locataires, par exemple pour un couple ayant deux enfants, sont de respectivement 27.300 euros et 49.700 euros en Île-de-France, hors Paris et communes limitrophes.

Combien de communes seront concernées par ce coup de rabot ? Les services de la région ne l'on pas encore déterminé, mais Valérie Pécresse se souvient, à titre indicatif, qu'en octobre dernier, la région a refinancé des logements très sociaux dans « 10 villes qui comptent plus de 50 % de logements très social ». Ce qu'elle ne fera donc plus.

Même philosophie que Manuel Valls

D'autre part, la région redirigera ses financements vers les logements sociaux pour les classes moyennes, dits PLS, qui sont accessibles avec des revenus maximums de 64.000 euros par an pour un couple ayant deux enfants en Île-de-France, hors Paris et communes limitrophes.

Ainsi, la nouvelle mandature veut inscrire son action au-delà des clivages politiques. « C'est la même philosophie que celle de Manuel Valls », justifie Geoffroy Didier (LR), vice-président à la région Île-de-France en charge du logement, en référence aux propos du Premier ministre tenus en janvier 2015 sur « l'apartheid social ». Ainsi, « en favorisant les logements pour les classes moyennes, nous pourrons faire pression sur les autres bailleurs et favoriser la baisse les prix », espère Geoffroy Didier.

Quid des communes qui ne construisent pas de logements sociaux ?

Dans ce contexte, il est difficile de ne pas évoquer les communes franciliennes qui ne respectent pas leurs engagements en matière de logements sociaux. « Il y aura toujours des brebis galeuses », a reconnu Geoffroy Didier. Il pense aux huit communes d'Île-de-France - Neuilly-sur-Seine (92), Gournay-sur-Marne (93), Maisons-Laffitte (78), Montlignon (95), Ormesson-sur-Marne (94), Périgny-sur-Yerres (94), Saint-Maur-des-Fossés (94) et Yerres (91)) - qui ont été récemment pointées du doigt par le gouvernement pour s'être toujours montrées réticentes à construire des logements sociaux depuis la loi SRU de 2000.

Pour ne pas froisser son camp, Geoffroy Didier admet tout de même qu'il arrive que l'agencement des terrains rende parfois « impossible la construction de logements sociaux », comme cela est le cas, selon lui, à Maisons-Laffitte, dont Jacques Myard (LR) est le maire.

Cependant en réalité, une quarantaine de villes d'Île-de-France n'ont pas respecté leurs objectifs de constructions de logements sociaux sur la période 2011-2013, et sont donc sous le coup d'une amende. Mais de ces villes, la région ne fait aucune mention.

Nouveau prêt à taux zéro

Par ailleurs, la région n'agira pas que sur la location. Pour aider l'accession à la propriété des classes moyennes, Valérie Pécresse propose d'instaurer en 2017 un « prêt à taux zéro (PTZ) dans le neuf et l'ancien » qui viendra en complément de celui de l'Etat. Mais à l'inverse du gouvernement qui privilégie clairement le PTZ dans le neuf, la région soutiendra aussi l'accession dans l'ancien, car en Île-de-France il est peu pertinent de favoriser l'émergence de nouveaux lotissements, et donc l'étalement urbain.
C'est aussi pour cela que Valérie Pécresse prend la tête de l'établissement public foncier (EPF) d'Île-de-France afin d'optimiser la mobilisation du foncier autour des gares RER.

Pour discuter du calibrage du PTZ régional, Valérie Pécresse compte d'ailleurs rencontrer prochainement la nouvelle ministre du Logement Emmanuelle Cosse. Ce PTZ constituera la seule enveloppe supplémentaire allouée au budget logement de la région, qui s'élevait en 2015 à 163 millions d'euros sur un budget total de 4,9 milliards d'euros. Pour le reste, Valérie Pécresse devrait donc se contenter de rediriger des financements existants.

Mathias Thépot

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Commentaires 11
à écrit le 19/03/2016 à 11:11
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la politique de logement me fait penser à une série de pose de sparadrap sur une jambe de bois. Comment inciter les investisseurs à placer de l'agent dans l'immobilier avec les mesures punitives Duflot - Cosse et les socialistes qui préconisent de...

le 21/04/2016 à 3:17
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"Et c'est bien ce laxisme qui ne règle en rien l'accès au logement tout particulièrement aux gens modestes, mais de bonne foi ! " : Le plus gros laxisme, c'est de permettre l'intégration des APL dans le calcul de solvabilité! Ayant été moins solvabl...

à écrit le 17/03/2016 à 12:22
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Enfin un discours de réalité au lieu de l'éternel coup de cravaches prôné par les socialos concernant les communes qui ne peuvent pas construisent quand il n'y a pas de terrains, ce que l'auteur de cet article semble regretter. En outre a t on demand...

à écrit le 16/03/2016 à 22:28
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Ce n'est pas au contribuable de payer le logement des bons à riens et autres fainéants!

à écrit le 16/03/2016 à 18:47
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Lorsque l'on a des revenus de 49700 à 64000€, on doit pouvoir se payer un logement privé? Erreur de chiffres du rédacteur de l'article? Sinon dites moi où on signe, je monte un dossier tout de suite.

à écrit le 16/03/2016 à 17:24
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Rien à cirer des électeurs Ainsi en Val d'oise département pauvre parmi les pauvres,M.Chartier(proche de MmePecresse) ex maire de Domont 95,affecte sa réserve parlementaire à une ONG qui agit sur la Mongolie!!! Le comble Argenteuil 95, rattaché par...

à écrit le 16/03/2016 à 17:15
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Mme PECRESSE va donc favoriser les logements "sociaux" accessibles entre 49 700 et 64 000 euros de revenus nets par an.... Et elle appelle cette gamme de revenus, la classe moyenne. Mme PECRESSE soit se moque du monde, soit n'a jamais mis les pieds...

le 17/03/2016 à 10:58
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Avec la fin de l'Apec dans les années 2000 a été crée à la place une multitude d'annexe du type ASTRIA ou autres, avec bien sur , autant de directeur ,directeur adjoint etc à nourrrir et des salaires qui explosent.Le paradoxe est qu'avant l'Apec étai...

à écrit le 16/03/2016 à 16:57
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Pour Madame PECRESSE, la classe moyenne se situe entre 49 700 et 64 000 euros de revenus nets. Elle n'a jamais mis les pieds dans la réalité. Comme d'habitude, je compte sur le boycott de mon commentaire par la TRIBUNE.

le 16/03/2016 à 17:27
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La classe moyenne ce sont tous ces ménages (couple 2000 euros par mois chacun) qui paient tout plein pot sans jamais avoir droit à rien. Cette classe moyenne qui veut bien être solidaire mais aimerait avoir droit à certaines aides aussi de temps en t...

le 17/03/2016 à 11:04
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Madame Pecresse favorise sa classe sociale : Les 10 % les plus riches ont perçu 50 778 euros par an en moyenne, soit 4 232 euros par mois. Autrement dit, les 10 % des Français ayant le plus fort revenu avaient un niveau de vie moyen 6,6 fois plus ...

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