La Ville de Paris est-elle vraiment trop endettée  ?

La droite parisienne monte au créneau pour dénoncer l'explosion de la dette de la Ville de Paris. Mais la capitale dispose d'importantes marges de manœuvre pour éviter une hypothétique déflagration.
Mathias Thépot
La maire de Paris Anne Hidalgo souhaite que la capitale continue d'investir. (Le 9 mai 2016, lors d'une conférence sur l'Euro 2016, pour dévoiler la fanzone de la tour Eiffel))
La maire de Paris Anne Hidalgo souhaite que la capitale continue d'investir. (Le 9 mai 2016, lors d'une conférence sur l'Euro 2016, pour dévoiler la fanzone de la tour Eiffel)) (Crédits : Reuters)

Ces dernières années, le niveau de la dette de la mairie de Paris a explosé. Il a été multiplié par deux entre 2009 et 2016 pour atteindre 5 milliards d'euros. Selon les prévisions de la mairie, cette dette devrait même atteindre 6 milliards d'euros en 2018. Un tel niveau alarme l'opposition du côté de l'Hôtel de Ville. Lors du dernier Conseil de Paris qui se tenait entre le 13 et le 15 juin, plusieurs élus « Les Républicains » se sont ainsi fait l'écho d'un rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) d'Île-de-France qui s'interroge sur l'état des finances de la capitale.

Le rapport de la CRC cite notamment l'agence Standard & Poor's, qui « a évalué à 22 ans en 2017 la capacité de désendettement de la Ville, très au-dessus du seuil d'alerte traditionnel estimé à 12 ans ». Cette capacité de désendettement correspond concrètement au nombre d'années d'épargne brute (le solde entre les recettes de fonctionnement et les dépenses de fonctionnement d'une collectivité locale) nécessaire pour rembourser la totalité de la dette.

Effort d'investissement

La capacité de désendettement de Paris atteint d'ores et déjà 13 ans, selon la mairie, qui assume qu'elle sera de 18 ans en 2017. La maire de Paris Anne Hidalgo (PS) compte en effet amplifier l'effort d'investissement de la mairie, initialement de 8,5 milliards d'euros, pour l'amener à 10 milliards d'euros sur l'ensemble de la mandature. Paris s'inscrit donc à contre-courant des pratiques de la plupart des autres collectivités locales, qui ont répercuté la baisse des soutiens financiers de l'Etat ces dernières années en réduisant leurs investissements.

Il faut dire que dans un contexte de concurrence exacerbée entre métropoles internationales, Paris ne peut pas se permettre de réduire ses investissements. Depuis 2001, cette politique a d'ailleurs été assumée par les maires Bertrand Delanoë (PS) et Anne Hidalgo qui ont, certes, quadruplé la dette de la capitale, mais assurent permettre à Paris de revenir dans la course à l'attractivité internationale. Une lutte qui, selon eux, avait complètement été délaissée par la droite. « Avant 2001, lorsque la droite était à la tête de la Ville, la mairie n'investissait quasiment pas ! », fait remarquer un adjoint de la maire Anne Hidalgo.

Niveau de dette pas si "insupportable"

Pour autant, ce contexte historique est loin de calmer les plaintes de l'opposition municipale qui dénonce le « niveau insupportable » de la dette de la Ville de Paris. Toutefois, il semble que la mairie dispose de marges de manœuvre importantes pour faire face à la hausse de sa dette. A en croire une source bancaire spécialisée dans le financement des collectivités locales, le niveau de la dette de la Ville de Paris est en fait acceptable, car son encours ne représente que 59 % de ses recettes de fonctionnement, bien loin des ratios supérieurs à 100 % que peuvent parfois présenter certaines collectivités locales en difficulté.

C'est en fait davantage la capacité de la ville à s'autofinancer chaque année qui pourrait inquiéter. Or, sur ce point, la capitale n'est pas la seule responsable. Car si l'épargne brute de la Ville s'est dégradée ces dernières années, c'est en partie à cause de la baisse des dotations de l'Etat de près de 420 millions d'euros sur la période 2015-2016. En outre, la mairie a fait face à la hausse de sa participation au fonds de péréquation, du haut de son statut de collectivité « riche » (elle pèse environ 8 milliards d'euros de budget), une hausse de près de 330 millions d'euros en cinq ans. Ces deux « facteurs exogènes » ont été les principales causes de la baisse de l'épargne brute de la capitale, selon l'agence de notation Standard & Poor's (S&P).

Marges de manœuvre importantes

La responsabilité de la Ville serait en fait principalement engagée si elle laissait s'envoler ses dépenses de fonctionnement. Mais elle tente désormais d'en limiter la hausse (+1,7 % en 2015) et prévoit une stabilisation en 2016 et une très légère réduction ensuite. D'ailleurs, S&P reconnaissait il y a quelques mois « le contrôle efficace » de la Ville sur « ses dépenses de fonctionnement », mais elle concédait tout de même que « la Ville dispose d'une flexibilité budgétaire moyenne, contre forte auparavant ».

Du reste, si la place financière s'inquiète si peu de la santé financière de la Ville de Paris, malgré quelques signes inquiétants, c'est surtout parce que la capitale possède des marges de manœuvre bien supérieures aux autres collectivités locales. En premier lieu, Paris dispose d'un levier fiscal qu'elle utilise peu : les taux que la mairie applique aux impôts locaux directs (taxes foncières - taxe d'habitation- cotisation foncière des entreprises etc.) sont parmi les plus faibles de France. Le potentiel d'une hausse de la fiscalité en cas de coup dur existe, donc. Et c'est là l'argument principal avancé par les banques pour justifier la solidité financière de la Ville de Paris.

Facilité d'accès aux marchés

Par ailleurs, « Paris dispose d'un patrimoine cessible très important », notait S&P. En cas de difficulté, la capitale pourrait ainsi faire de même que l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui « a été remise à flot grâce à la cession d'une partie de son patrimoine qui était très bien valorisée », rappelle un banquier de la place. Une telle politique, en partie enclenchée par l'administration, désespère la droite parisienne qui s'indigne de voir « les bijoux de famille » de Paris vendus. La mairie a en effet déjà annoncé l'objectif de « 200 millions d'euros de produits de ventes immobilières ». Le patrimoine de « la plus belle ville du monde » peut être cédé à prix d'or à des investisseurs internationaux. Ce qui permet de voir venir.

Enfin, et c'est un argument loin d'être négligeable, la mairie de Paris est, après l'Etat, l'un des plus importants émetteurs publics français sur les marchés financiers. Notée notamment AA par S&P, elle a un accès facile aux marchés. Mieux encore, si elle emprunte à court terme, elle peut, dans l'environnement actuel de taux bas, le faire à taux négatif. Les conditions financières n'ont donc jamais été aussi bonnes pour emprunter. Une opportunité pour la mairie de Paris, qui explique aussi pourquoi elle préfère s'endetter, plutôt qu'accroître coûte que coûte sa capacité à s'autofinancer.

Mathias Thépot

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Commentaires 25
à écrit le 30/08/2017 à 22:28
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Ce que votre article ne dit pas est qu'une partie de la dette provient de subventions distribuées à de nombreuses associations et à des actions officiellement sociales qui en réalité ressemble d'avantage à du clientélisme. Il faudrait légiférer pour ...

à écrit le 15/07/2017 à 18:23
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La Mairie de Paris lance des mesures tout azimuts pour faire rentrer de l' argent frais dans les caisses (Hausse stationnement, privatisation contrôle péages automobiles; destruction des gloriettes et financement Decaux, quadruplement taxe habitation...

à écrit le 26/06/2016 à 7:26
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Des dettes! c'est ce qu'ils savent mieux faire les socialos ! Si Si ; La Corrèze peut en témoigner ,et Delanoë en sait quelques choses , maintenant qu'il joue les pachas au Maroc .

à écrit le 24/06/2016 à 13:19
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Allons donc, nous ne sommes jamais trop endettés... tous le monde sait qu'aujourd'hui qui s'endette s'enrichit... A nous les futures jeux olympiques !

à écrit le 22/06/2016 à 8:23
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merci de nous demontrer que : tout va très bien ...! Donc , ceux qui annoncent que Paris aurait besoin de 22 ans pour se desendetter sont des pessimistes .

à écrit le 21/06/2016 à 21:16
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Cette crise d'endettement aigu de la mairesse de Paris, ce doit être à cause des particules liées aux moteurs diesel des voitures anciennes qui polluent la ville et empoisonnent durablement les habitants... Surtout, ne dites pas que le métro concentr...

à écrit le 21/06/2016 à 17:23
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Il se murmure que Mme Germain aurait des ambitions présidentielles !

à écrit le 21/06/2016 à 14:10
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Si encore la dette pouvait servir à créer les conditions de réalisation de valeur ajoutée supplémentaire, mais cela contribue surtout à faire de la valeur retranchée, par toutes les inventions délirantes sur la circulation et les interdits de toutes ...

à écrit le 21/06/2016 à 13:30
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Ces gens là n'ont jamais travaillé de leur vie dans le privé!! Ils ne savent pas ce que c'est qu'un équilibre dépenses recettes, ni la menace du banquier et la crainte de ne pas pouvoir payer ses employés en fin de mois! Ce sont tous des rigolos à qu...

le 21/06/2016 à 20:20
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Les parisiens ont votés pour cette personne ... Les parisiens rembourseront et les provinciaux s'en lavent les mains.

à écrit le 21/06/2016 à 12:10
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Il faudrait cesser de dépenser de l'argent que l'on n'a pas. Cette fuite en avant très socialiste est de plus en plus insupportable, et n'a rien réglé des problèmes parisiens (transports, propreté, attractivité, ...)

à écrit le 21/06/2016 à 11:56
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Il n'existe aucune bonne raison pour une ville riche de laisser filer sa dette. Demain ne sera pas meilleur qu'aujourd'hui. Il faut lever l'impôt si on veut dépenser, pas plus compliqué que cela et très transparent vis-à-vis des citoyens.

le 21/06/2016 à 16:50
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Donc l'esclavagisme fiscal doit financer la démagogie socialiste....fuyons à l'étranger ..c'est une raison plus que valable...

à écrit le 21/06/2016 à 11:51
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Après 14 de socialisme sans interruption, il serait miraculeux que la ville de Paris ne soit pas endettée. La technique est simple et s'applique aussi à Hollande, on dépense de l'argent que l'on n'a pas et on se rattrape aux branches en matraquant l...

le 22/06/2016 à 7:01
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L'endettement n'est pas le monopole de la gauche (cf. Levallois Perret pour ne citer que cet exemple).

le 23/06/2016 à 23:02
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8 sur 10 villes les plus endettées de France sont "gérées" par la droite. Au sommet, se trouve Levallois-Perret.

le 24/06/2016 à 13:29
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Eh oui hélas cela serait tellement plus rassurant pour nous de croire que de voter pour le camp d'en face la gestion serait plus rigoureuse. Le camp d'en face n'existe pas, tous se font réélire sur des budgets démagogiques... ou ne son pas réélus.

à écrit le 21/06/2016 à 11:48
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Vu que les socialistes, existent et ne vivent leurs rêves, qu'avec l'argent des autres...forcément, il y a toujours une ardoise à régler quelque part ...que ce fut ...dans la Grèce de Papandreou , l'Espagne de Zapatero ,et dés maintenant la ...

à écrit le 21/06/2016 à 11:46
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...et ce, sans compter les cadavres qu'on ne manquera pas de trouver dans les placards parisiens à la fin des mandatures d'Hidalgo. Il est illusoire de croire que Paris peut rivaliser seule, c'est à dire en dehors du cadre du Grand Paris, dans la cou...

le 22/06/2016 à 12:00
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Très bonne remarque; peu d'améliorations visibles bien au contraire et la ligne 13 est toujours aussi encombrée. A contrario, beaucoup de villes de province ont radicalement changées et sont devenues encore plus agréables; Bordeaux, Nantes, Nice....e...

à écrit le 21/06/2016 à 11:39
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"Il faut dire que dans un contexte de concurrence exacerbée entre métropoles internationales, Paris ne peut pas se permettre de réduire ses investissements. Depuis 2001, cette politique a d'ailleurs été assumée par les maires Bertrand Delanoë (PS) et...

le 23/06/2016 à 23:09
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Dans tous les charts internationaux, Paris est placé dans les trois premières métropoles mondiales. Dans tous les domaines, économique, innovation, R&D, sièges sociaux ou pouvoir d'achat, université, PIB, seuls Londres et New-York peuvent lui fo...

le 24/06/2016 à 13:32
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''contexte de concurrence exacerbée entre métropoles'' pour faire quoi au juste...

à écrit le 21/06/2016 à 9:42
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Ils sont tous pareils. Dès qu'on leur donne la signature sur le chéquier, ces parasites inconséquents se croient à la fête du trône... Et n'ont jamais aucun problème, puisque ce n'est jamais eux qui assument leurs conneries, il suffit de tondre un pe...

à écrit le 21/06/2016 à 9:24
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En gros y a du fric a Paris !

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