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Valérie Pécresse: "Les entreprises franciliennes vivent un martyre fiscal"

Propos recueillis par Philippe Mabille et Mathias Thépot

Publié le 19 octobre 2015 à 08:10 - Mis à jour le 10 novembre 2015 à 15:27

Le Quotidien Numérique

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La députée des Yvelines, qui conduit la liste d'union Les Républicains, UDI et Modem pour les élections régionales de décembre en Île-de-France, a présenté son projet aux milieux d'affaires. Elle veut « tout chambouler », avec deux grandes priorités : les transports et l'emploi, afin de faire de l'Île-de-France une métropole mondiale leader.

LA TRIBUNE - Quelles seront vos priorités si vous êtes élue à la tête de la région Île-de-France ?

VALÉRIE PÉCRESSE - J'aurai deux priorités : les transports et l'emploi. Avec comme idée d'en finir enfin avec la politique actuelle qui réduit la région Île-de-France au rôle de « guichet de subventions ». Je compte mettre en oeuvre une stratégie d'investissement pour redynamiser l'emploi et le développement économique de l'Île-de-France, dont le conseil régional est tout de même à la tête d'un budget de 5 milliards d'euros, plus les 6,5 milliards d'euros du Syndicat des transports d'Île-de-France (Stif). Je serai donc un président entrepreneur dans une région « pro-business », afin de redonner du travail aux 711.000 chômeurs d'Île-de-France

Concrètement, il manque aujourd'hui, à l'échelle de la région, un acteur public fédérant les initiatives privées et qui pourrait permettre de tirer la croissance de la région vers le haut. Une croissance qui est malheureusement inférieure à celle des autres grandes métropoles. Il faut le dire : l'Île-de-France doit se fixer l'objectif d'être la première métropole européenne, voire la première métropole mondiale dans certains domaines. Mais cela ne sera possible que si l'on reconsidère la région dans sa globalité, et donc avec la grande couronne. Celle-ci a été délaissée par la gauche, qui a un intérêt électoral évident à favoriser la concentration des efforts en matière de transports et de services publics dans Paris et la petite couronne.


La mobilité sera une de vos priorités. Que comptez-vous faire pour fluidifier les transports ?

Je pense qu'en matière de transports, priorité doit être donnée à la modernisation du réseau existant. Cela concerne évidemment le ferroviaire, et c'est pourquoi j'ai proposé que tous les trains franciliens soient neufs ou totalement rénovés en 2021. Mais cela concerne aussi les bus, dont il faut augmenter le nombre, particulièrement en grande couronne. Et il faut pousser la SNCF dans ses retranchements afin qu'elle améliore la transparence sur l'état de vétusté de ses lignes. Je pense aussi qu'il faut élargir le périmètre de compétence du Stif [qui sera rebaptisé IDF Mobilités, ndlr], car il n'est pas normal d'avoir un syndicat des transports régionaux qui n'est pas compétent pour les taxis et qui ne se préoccupe pas de l'intermodalité globale.

Par ailleurs, il faut en finir avec le tabou de la route et apporter des solutions aux automobilistes qui n'en peuvent plus des bouchons. C'est pourquoi, j'ai fait le choix de réinvestir dans les routes pour supprimer les principaux bouchons d'Île-de-France. Il faut aussi savoir que 25% des voitures dans Paris sont à la recherche de places de stationnement. Je propose donc de créer une application régionale pour téléphone mobile qui informerait en temps réel des places de parking libres les plus proches. On pourrait même penser à la sous-location de places de parking des Franciliens quand ils ne les utilisent pas. Je rappelle du reste qu'en réduisant de 5% à 10% le nombre de véhicules sur les routes, on fluidifie significativement le trafic.


Améliorer la logistique du dernier kilomètre est aussi un sujet majeur pour redonner de l'air aux centres-villes...

Certes. Je pense que sur ce sujet, le rôle principal de la région est de porter un vieux projet resté dans les limbes : celui de la Seine à grand gabarit, afin de développer le transport fluvial de marchandises, y compris à l'intérieur de la capitale. Mais, à mon sens, la logistique du dernier kilomètre ne peut pas être érigée en priorité. Comme je vous l'ai dit, la priorité en matière de transports est la régénération de l'existant, y compris les routes.

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Votre autre priorité est l'emploi...

Oui, dans certaines zones d'Île-de-France, le taux de chômage atteint 40% chez les jeunes. Il faut donc soutenir les emplois, et pas uniquement les plus qualifiés et les mieux rémunérés, qui ne correspondent pas à tous les besoins. Quoi de mieux que les secteurs du commerce et du tourisme pour subvenir à ces besoins ? Aujourd'hui, le tourisme se résume, en Île-de-France, à Paris, Versailles et Disneyland. Pourtant, notre région regorge d'innombrables trésors architecturaux qui ne sont que très peu visités. Elle est certainement la plus belle du monde, à condition de pouvoir s'y déplacer. C'est pourquoi le sujet de la mobilité est central : il faut rétablir des circuits de transport dans l'Île-de-France pour les touristes.

Concernant l'emploi, il y a aussi une réforme du permis de conduire à mener. Beaucoup de jeunes Parisiens ne passent plus le permis - il est cher et compliqué à obtenir - et se privent d'opportunités d'emplois car ils ne peuvent pas se déplacer librement avec un véhicule. Je propose donc de rendre l'apprentissage du code gratuit dans tous les lycées, et de le financer par la personnalisation des plaques d'immatriculation, moyennant finances, pour les automobilistes qui le souhaitent. Cette pratique est très développée dans les autres pays européens.


Concernant la mobilité, que pensez-vous du développement d'Uber et de ses filiales, notamment UberPop ?

Je suis entièrement d'accord pour dire qu'Uber répond à une demande, principalement la nuit. En revanche, je ne peux cautionner UberPop [dont les conducteurs sont de simples particuliers, ndlr]. Du reste, nous devons agir pour ne pas laisser partir notre richesse dans des profits fiscalisés à l'extérieur de notre pays.


Le pass Navigo est passé récemment à 70 euros par mois, quelles que soient les zones, un gain de pouvoir d'achat significatif pour les usagers de la grande couronne, pourtant vous ne semblez pas satisfaite de cette avancée...

Le problème n'est pas tant la baisse du prix du forfait Navigo que la façon dont il est financé. Disons-le clairement : le passe Navigo à tarif unique est en vérité un chèque signé deux mois avant les élections pour faire élire les socialistes.

Or, il manque aujourd'hui 300 millions d'euros par an pour le financer. Et, pour l'instant, on n'a rien trouvé de mieux pour compenser cette nouvelle dépense que, d'une part, aller prendre l'argent des crédits à la formation professionnelle et à l'apprentissage, et d'autre part, de taxer davantage les entreprises franciliennes, qui vivent, comme le disait le député Gilles Carrez (LR), un martyr fiscal.

Depuis 2012, les entreprises de plus de dix salariés, qui concentrent 80 % des emplois, s'acquittent en effet de 1 milliard d'euros de taxes supplémentaires en Île-de-France. Désormais les entreprises partent dans l'Yonne ou dans l'Eure, où elles paient globalement plusieurs centaines de milliers d'euros d'impôts de moins qu'en Île-de-France.


Vous dites aussi vouloir dégager des économies de fonctionnement...

Oui. Si je suis élue, j'engagerai un grand plan anti-gaspillage des ressources de la Région, et dégagerai ainsi plusieurs centaines de millions d'euros d'économies par an. Je pense notamment à la vente des 200 millions d'euros de patrimoine de la Région, qui inclut notamment cinq hôtels particuliers dans le VIIe arrondissement de Paris, pour regrouper l'ensemble des services en banlieue, de l'autre côté du périphérique. Grâce à la rénovation des lignes ferroviaires, nous pourrons aussi générer de vraies économies de fonctionnement. L'augmentation du coût de fonctionnement des lignes ces dernières années tient en effet en partie à la vétusté des réseaux.


Comment trouver de nouveaux moyens de financement pour investir ?

En axant d'abord notre politique sur la lutte contre la fraude dans les transports, dont je suis persuadée qu'elle est supérieure aux

200 millions d'euros annoncés par la Région, soit 5% des recettes totales. Il faudra pour ce faire renforcer les moyens de la police régionale des transports, notamment dans les bus où la fraude est plus importante que dans les réseaux ferrés, et instaurer un certain nombre de règles. Je propose concrètement le port obligatoire de la pièce d'identité dans les transports en commun afin de faciliter les contrôles. Mais surtout, pour financer les investissements, il semble indispensable de solliciter davantage les crédits européens, un domaine dans lequel l'Île-de-France est très en retard par rapport aux autres métropoles européennes. Pour preuve, le Grand Londres récupère 20 euros par an et par habitant de plus des fonds structurels européens que l'Île-de-France.

Autre scandale : seulement 50 millions d'euros de crédits européens pour l'emploi ont été utilisés sur les 117 millions initialement destinés à l'Île-de-France. Enfin, solliciter le plan Juncker, sorte de grand plan d'investissements d'avenir, permettra d'accroître de plusieurs dizaines de millions d'euros la capacité de financement de la Région.

_______

>>> VIDEO "Débat: Les nouvelles mobiltes dans la ville" - Hub du Grand Paris, un évènement La Tribune

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Pour en débattre,  Valérie Pécresse, Députée des Yvelines et Conseillère régionale d'Ile-de-France ; Pascal Chabot, Membre du Directoire de la Caisse d'Epargne Ile-de-France, pôle Banque et Développement Régional et Olivier Paul-Dubois-Taisne, Ingénieur général des Points et Chaussées

Propos recueillis par Philippe Mabille et Mathias Thépot

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