Après trois échecs, Lille se relance dans la course à l'Idex

Geneviève Hermann, à Lille

Geneviève Hermann, à Lille
Les universités lilloises ne baissent pas les bras. Après avoir été retoquées trois fois par le gouvernement, elles viennent de déposer une nouvelle candidature à la labellisation des Initiatives d'Excellence (IDEX). Il leur avait été reproché un manque d'ambition. Elles ont revu leur projet en conséquence avec la création d'ici à dix ans d'une grande université internationale qui s'appellera l'Université Lille Nord-Europe (ULNE). L'ULNE intègrera les universités Lille 1, Lille 2 et Lille 3, le CNRS, l'Inserm, l'Inria, les grandes écoles d'ingénieurs de la métropole lilloises, Sciences Po Lille ainsi que le CHRU de Lille et l'Institut Pasteur. L'objectif est de compter parmi les 50 meilleures universités européennes et de tisser des partenariats avec d'autres universités d'influence du nord de l'Europe.
François Pattou, directeur de l'Unité de recherche transactionnelle sur le diabète (Univ. Lille/lnserm/CHRU de Lille) et membre du comité opérationnel de la candidature à l'Idex, insiste sur la nécessité de se présenter sous une même bannière :
L'ULNE veut faire partie des réseaux d'influence du Nord de l'Europe en développant des partenariats avec d'autres universités en Belgique, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Scandinavie. L'université catholique de Leuven en Belgique (93e au classement de Shanghai ARWU) s'est déjà engagée à faire partie de ces partenaires extérieurs.
Dans sa nouvelle mouture, le projet est bien plus qu'une « simple » fusion des trois universités, cette dernière étant déjà programmée pour janvier 2018. Car le projet fait également la part belle aux entreprises. Elles sont 190 à le soutenir. Des grands groupes comme Auchan, Orange et Decathlon et aussi des PME et des startups. Plusieurs de ces entreprises ont affiché leur intention de financer des actions concrètes. Environ 65 millions d'euros de promesses auraient été recueillis.
Si la candidature est retenue, l'ANR (Agence Nationale de la Recherche) allouera 15,425 millions d'euros par an à la future ULNE, soit le montant que représentent les intérêts d'une dotation de 618 millions d'euros. Cette dotation sera attribuée à l'université sous forme de capital au bout de 4 ans si la feuille de route a été bien suivie. Mais elle ne pourra pas y toucher. Ce montage est en fait un jeu d'écriture qui permet de ne pas faire apparaître cette somme dans les déficits publics de l'Etat. Les 15,425 millions d'euros annuels seront eux bien réels. Mais c'est très peu comparé au budget de fonctionnement des établissements universitaires de Lille et de ses partenaires. A titre de comparaison, rien que le budget annuel de Lille-1 dépasse les 200 millions d'euros. Alors pourquoi tant d'énergie dépensée à vouloir absolument obtenir l'Idex ?
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Il y a plusieurs raisons à cela. Le budget des universités est tellement serré qu'elles courent après tous les financements possibles. Le déficit annuel de Lille 1 dépasserait même les 3 millions d'euros. Avoir la labellisation Idex donne ensuite une reconnaissance au niveau national et international. Elle permet de promouvoir une dynamique d'excellence. Sur les 15 métropoles françaises, 7 ont déjà obtenu l'Idex. Ne pas l'avoir nuirait à l'image de celle de Lille.
La ville de Lille, la métropole et la région des Hauts-de-France sont toutes réunies autour de cette candidature. La MEL a voté une aide à l'ULNE de 60 millions d'euros sur 4 ans. Du côté du Conseil Régional des Hauts de France, cette aide s'élève à 254 millions d'euros également sur 4 ans.
Aux yeux des collectivités et du monde des entreprises, l'Idex apparaît comme un outil structurant. Leur mobilisation n'est guère étonnante sur un territoire où le chômage est élevé et où les efforts de la R&D publique et privée ne dépassent pas les 0,90 % du PIB, contre 2,4 % au plan national. La labellisation Idex aiderait à faire mieux.
Christophe Vuylsteker, enseignant en biologie et secrétaire de la section Snesup de Lille-1 affilié à la Fédération syndicale unitaire (FSU), n'est pas de cet avis :
Même réticence pour le syndicat Sud Lille.
Le projet Idex ULNE s'articule en effet sur trois « hubs » : la santé tout au long de la vie, l'impact des activités humaines sur la planète et la porté du digital sur l'homme et l'économie.
« Ces Hubs seront de véritables concentrateurs des capacités de recherche, d'innovation et de formation dans chacun de ces domaines », peut-on lire dans le dossier de presse sur la candidature.
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Le jury de l'Idex sera-t-il convaincu par cette nouvelle candidature ? Lille est en concurrence avec Lyon. Le refus de Lyon III de fusionner avec les autres universités lyonnaises pourrait avantager Lille. On le saura juste après le grand oral qui aura lieu dans la semaine du 20 février 2017.
Geneviève Hermann, à Lille