Wafaâ Maadnous, à la tête de Louvre-Lens Vallée

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(Crédits : DR)
Wafaâ Maadnous fédère les énergies du territoire pour qu'enfin le pôle numérique culturel de Louvre-Lens Vallée bénéficie des moyens lui permettant de se positionner sur la carte mondiale des savoir-faire digitaux.

Faire que Lens se positionne sur la carte mondiale des savoir-faire digitaux, tel est l'enjeu de la mission à laquelle s'attelle Wafaâ Maadnous à la tête de la Louvre-Lens Vallée, un pôle numérique culturel qui commence tout juste à fédérer quelques startups et entreprises autour de l'e-tourisme, de l'e-éducation et de la médiation culturelle.

« Elle sème les graines pour que germe enfin sur ce territoire un écosystème capable d'attirer des startups et des grosses entreprises. La réussite de ce pôle passe par le développement économique local. C'est là-dessus qu'elle se focalise. C'est une jeune femme très intelligente. Elle analyse rapidement les situations et fait passer des messages positifs aux acteurs de ce territoire qui ont plutôt tendance à voir le mauvais côté des choses », indique Jérôme Poulain, directeur associé d'Audace, une entreprise installée à Lens depuis 1997 et spécialisée dans la communication digitale, les Serious Games et les simulateurs numériques.

« En plus, elle est très créative », ajoute Laurent Vitoux, délégué régional d'Orange, président du PRN (Pôle régional numérique) et vice-président de Louvre-Lens Vallée, en prenant l'exemple du job dating Connec'TIC Days et du CulturAthon organisés à son initiative, le premier en 2015 juste après son arrivée, et le second en mai 2016.

« Ces manifestations sont plutôt l'affaire de spécialistes. Wafaâ Maadnous a su y impliquer la population locale en invitant le dessinateur de renom Shichiro Kobayashi à parrainer ce CulturAthon. »

À cette occasion, l'artiste japonais a rappelé qu'il s'était inspiré des paysages du bassin minier lensois pour réaliser le dessin animé Rémi sans famille. De quoi attirer l'attention de la population locale :

« La Masterclass de Shichiro Kobayashi a remporté un vif succès. J'ai vu des jeunes s'y rendre en tremblant et en repartir en pleurant de joie », se souvient avec émotion la directrice de Louvre-Lens Vallée.

Lors de cette première édition du CulturAthon, le premier hackathon dédié à la culture et au sport, on comptait 76 participants, 17 projets en compétition et trois lauréats.

Opuscope.com, le lauréat du prix City Art Xperience, a proposé la création de musées en réalité virtuelle sur smartphone, à partir de photos prises par ce même smartphone.

« Ce sera un des premiers projets que nous devrions suivre en incubation. Notre incubateur accueillera également un architecte qui fait parler les statues », précise Wafaâ Maadnous, qui n'oublie pas la mission première de LouvreLens Vallée, à savoir faire émerger à Lens des startups créatrices de valeur, autour desquelles se développeront des activités économiques au profit de la population de ce territoire. Une mission qui lui tient à coeur.

La vision stratégique d'une « enfant du pays »

« Je voulais m'investir dans un projet ayant du sens. La culture et le patrimoine sont au coeur de la transformation des territoires. À condition toutefois que ses acteurs soient capables ensemble d'inventer de nouvelles expériences. Mon poste offre de nombreuses opportunités. Je ne l'aurais pas pris, sinon. »

Ils étaient 12 autour de la table quand elle est venue défendre sa candidature à la direction de Louvre-Lens Vallée. Des membres de la communauté d'agglomération Lens-Liévin, de la ville de Lens, de la Région, du département, de Louvre-Lens, de l'université de l'Artois ainsi que des représentants d'entreprises. Elle était la seule candidate à ne pas être issue du monde de la culture. Mais son expérience en tant que chargée de transformation digitale chez Bertelsmann pour le compte de grands groupes comme Renault, Galeries Lafayette et Nespresso ont fait pencher la balance en sa faveur. « Ainsi que sa vision stratégique et sa connaissance du territoire », ajoute une des personnes présentes le jour du recrutement. Pour Jérôme Poulain,

« qu'elle n'ait pas d'expérience dans la culture est même un atout par rapport à des personnes qui pourraient utiliser la culture comme un rempart et non comme un tremplin ». Qu'elle soit née à Douai, y ait vécu toute son enfance, qu'elle ait suivi ses études à Lens et qu'elle ait obtenu plus tard l'Executive MBA de l'Edhec à Lille ont également joué pour elle. Wafaâ Maadnous est un « enfant du pays ». Elle aime ce territoire, en connaît les ressources et souhaite qu'il puisse offrir un avenir à ses jeunes.

Mais avant de postuler à la direction de Louvre-Lens Vallée, la jeune femme n'aurait jamais imaginé travailler un jour en lien avec le monde de la culture. Enfant, elle rêvait de devenir une femme d'affaires. Les sciences et les nouvelles technologies la fascinaient. Son modèle était Marie Curie. Adolescente, elle admirait Marissa Mayer, l'actuelle PDG de Yahoo :

« J'ai reçu de mes parents une éducation qui m'a aidée à penser que tout est possible, qu'il suffit d'y croire. À 17 ans, j'ai voulu intégrer l'Edhec. Mais c'était trop cher. J'ai opté pour un IUT en alternance. Si je ne pouvais pas offrir à mes futurs employeurs de diplôme prestigieux, je pourrais au moins leur apporter une expérience professionnelle. »

Wafaâ Maadnous alterne les cours à Lens et un job de commerciale dans une agence d'Orange. Après son DUT, elle suit une licence en marketing, toujours en alternance chez Orange, faute d'avoir trouvé un poste à sa convenance dans une autre entreprise. Sa licence en poche, elle décide de s'investir professionnellement plutôt que de poursuivre ses études, mais garde comme objectif d'intégrer un jour le Cycle supérieur de management (CSM) de l'Edhec.

« Je ne fais pas les choses par hasard. Je pèse toujours le pour et le contre. J'adopte une démarche scientifique à toutes mes actions. Mais j'aime me sentir à l'aise dans les décisions que je prends. C'est ma façon d'être depuis mon plus jeune âge. »

L'avenir de Louvre-Lens Vallée est entre les mains d'une femme d'expérience qui vient juste d'avoir 30 ans. Mais comme tient à le souligner Raouti Chehih, le directeur général du temple lillois du numérique Euratechnologies, « Wafaâ Maadnous n'y arrivera pas toute seule. Il faut qu'au moins une grosse entreprise vienne soutenir le cluster ». Il sait de quoi il parle, pour avoir oeuvré en son temps à la naissance d'Euratechnologies.

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TIMELINE

  • 1986 Naissance à Douai.
  • 2004-2006 Commerciale en alternance à Douai, IUT de Lens.
  • 2007 Licence Marketing en alternance dans une agence d'Orange.
  • 2006-2011 Gestionnaire de clientèle au Crédit Mutuel et manager de la ligne prévoyance.
  • 2011-2013 MBA - Edhec et projet consulting Alstom.
  • 2010-2015 Chargée de transformation digitale chez Bertelsmann.
  • Mai 2015 Directrice du cluster numérique.

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Commentaires
a écrit le 16/10/2016 à 18:32 :
Elle pourrait faire un petit effort de francisation de ses coordonnées. A ce niveau-là , ça tue.
Réponse de le 17/10/2016 à 0:28 :
belle leçon pour certains.
Pas besoin de changer, il faut rester simple dans la vie.
Bravo wafaâ :)
a écrit le 16/10/2016 à 18:03 :
Méritocratie, quand tu nous quittes ...

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