Quatre PME nordistes engagées dans la transition énergétique

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(Crédits : Pocheco)
Les Assises européennes de la transition énergétique organisées à Dunkerque ont été l’occasion pour le CERDD (Centre de Ressource du Développement Durable) de rappeler comment les PME des Hauts-de-France s’organisent et agissent pour le climat. Zoom sur quatre entreprises qui ont mis le pied à l’étrier.

Unéole a mis au point une éolienne urbaine

Unéole a mis au point un prototype d'éolienne de petite taille, conçue pour les milieux urbains. Mesurant deux mètres sur deux, elle peut être installée sur les toits plats de bâtiments. Les pales sont produites en composites à base de fibres de lin, made in Nord-Pas-de-Calais. Son armature est en aluminium recyclé. La plupart des pièces sont même fabriquées par l'Association des Paralysés de France.

La spécificité de cette éolienne, c'est qu'elle a été dessinée pour s'adapter aux vents « perturbés » qu'on retrouve en ville : avec sa forme d'hélice, elle s'adapte aux caractéristiques des vents rencontrés. Fondée en 2014 par un passionné du développement durable Quentin Dubrulle, Unéole développe également une application dédiée baptisée MesWatts. Elle permet de visualiser la consommation d'électricité en temps réel, de l'analyser notamment par rapport à la communauté et donc aussi de la réduire.

Gecco fait rouler les flottes professionnelles à l'huile de friture

Depuis 2007, Gecco collecte l'huile de friture, le marc de café mais aussi les bio-déchets auprès des professionnels. Près de 1500 tonnes sont ainsi collectées chaque année dans toute la région des Hauts-de-France. Initialement réinjectée dans la filière européenne du biodiesel avec le concours d'un industriel belge, Gecco a désormais pour ambition de relocaliser le bio-diesel dans la région.

Après six ans de tests et de mise au point en partenariat avec l'Université de Lille, Gecco lance cette année la commercialisation d'un bio-diesel en circuit court, grâce à un procédé enzymatique. « Il s'agit de mettre en place un nouveau modèle économique local : que l'huile alimentaire collectée localement soit recyclée en bio-diesel et réutilisée sur le même territoire. Cette relocalisation valorise les circuits courts et diminue l'empreinte écologique de la filière », explique le fondateur Julien Pilette, rejoint par Michel Millares.

Les moteurs utilisant le biocarburant appelé B30 n'ont pas besoin d'adaptations particulières. L'entreprise a obtenu les dérogations nécessaires pour que des véhicules de la municipalité de Lille et de l'agglomération de Béthune-Bruay mais aussi de la mairie et de La Poste de Charleville-Mezières puissent rouler avec le bio-diesel produit par Gecco. Cette année, l'entreprise de 9 salariés va passer à la vitesse de production supérieure : elle compte investir cette année un million d'euros, soit l'équivalent de son CA annuel, pour construire une unité de production à Vendeville, près de Lille dans le Nord.

En parallèle, à travers le projet Biohec-Life co-financé par l'Union Européenne dans le cadre du programme LIFE, Gecco souhaite valider le processus technologique de transformation de l'huile en carburant et dupliquer le concept à d'autres entreprises sociales à travers l'Europe.

Decima refroidit son data center par géothermie et freecooling

Créée en 1956, Decima est une PME familiale de 180 personnes qui a diversifié ses activités au fur et à mesure des évolutions, passant de l'électricité à la téléphonie, puis à l'informatique et aujourd'hui au stockage de données... Decima a implanté son deuxième datacenter dans une ancienne poudrière de Vauban au cœur de la citadelle d'Arras, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Avec la prouesse de le certifier ISO 50001 (management de l'énergie).

« Nous offrons un outil à la technologie performante non seulement pour le stockage des données mais également du point de vue de la consommation énergétique », explique Jérôme Decima qui a fait le choix ambitieux de la géothermie pour rafraîchir les installations de manière naturelle. L'eau est puisée à 40 mètres de profondeur dans la nappe phréatique à une température d'environ 10°C (à plus ou moins 2 degrés). Elle passe ensuite par les échangeurs pour refroidir le système, avant d'être rejetée en aval à 17°C maximum.

A ce premier niveau de climatisation, le partenaire Schneider Electric a associé une solution complémentaire baptisée « free cooling » consistant à aspirer l'air extérieur quand celui-ci est inférieur à 7°C pour refroidir le processus et ainsi réduire encore plus la facture énergétique. Ces deux modes de refroidissement sont complétés par des unités de climatisation InRow pour le confinement des allées chaudes et la régulation de l'air chaud et de l'air froid.

Résultat : la structure consomme deux à trois fois moins d'énergie qu'un DataCenter classique. Grâce à un outil de supervision automatisé et aux dernières technologies de smart grids, Decima supervise l'installation afin de réaffecter les coûts par client en fonction de leurs consommations (par usage, par baie et par client). Ce qui va aussi dans le sens de la maîtrise des énergies chez les consommateurs.

Pocheco produit des enveloppes grâce à l'« écolonomie »

 Le principe de l'écolonomie ? Il est plus économique de travailler de manière écologique que de ne pas le faire. Avec deux milliards d'enveloppes produites par an à destination de grandes entreprises comme les banques ou les assurances, Pocheco a beaucoup misé sur l'économie circulaire pour minimiser l'impact environnemental et optimiser l'utilisation des ressources : tout y est « écolo-nécessaire ».

Les enveloppes sont fabriquées avec du bois venant de forêts de Finlande gérées durablement. Pour un arbre coupé, quatre sont replantés. La pâte à papier est conçue à partir de résidus récupérés d'éclats de scieries. Les enveloppes sont 100 % recyclables et biodégradables

Depuis 1997, les encres et les colles sont à base d'eau pour éviter l'utilisation de produits toxiques comme les solvants. Une toiture végétale a été installée pour récupérer l'eau de pluie pour la fabrication des encres, le nettoyage des sols et des machines. Une bambouseraie a été installée sur le site pour épurer les eaux usées. Aujourd'hui, Pocheco est même autosuffisante pour ses besoins en eau.

L'entreprise, créée en 1928 à Forest-sur-Marque a toujours eu comme éthique de préserver le travail. Les bénéfices sont entièrement réinjectés dans la production. Emmanuel Druon, le PDG de Pocheco, mise beaucoup sur le bien-être au travail, à travers des binômes ou trinômes qui se choisissent, pour améliorer la fluidité dans le travail, la réciprocité et l'empathie. « Un autre aspect est la diversité des parcours et des profils, ça nous oblige à nous adapter en permanence. L'échange et la conversation sont très importants. Il y a chez nous un temps de transmission du savoir, pris sur le temps de travail », souligne le dirigeant, qui a notamment fait l'objet d'un documentaire intitulé Demain qui a enregistré plus d'un million d'entrées en salles.

Reste que la société doit faire face à une baisse structurelle de son marché. Avec les e-mails, les réseaux sociaux et les messageries instantanées, le volume de courrier décline chaque année d'environ 7 %. Et la baisse risque de se poursuivre à mesure que les opérateurs cessent d'envoyer relevés et facture par courrier. Pocheco a été obligée l'année dernière de licencier 70 personnes sur un effectif de 127.

Le CERDD, animateur de la transition régionale

Le CERDD (Centre de Ressource du Développement Durable) est un groupement d'intérêt public piloté par la DREAL, le conseil régional des Hauts-de-France, l'ADEME et plusieurs collectivités locales, associations et partenaires privés. Le CERDD anime depuis cinq ans un réseau régional sur l'adaptation au changement climatique, associant une cinquantaine de structures : son objectif est de favoriser la prise en compte des enjeux de l'adaptation par les acteurs de la région. En juin dernier, le CERDD a lancé un plan d'actions plus étendu qui pointe sur ce sujet et les thématiques de l'eau, de la nature et de la biodiversité, notamment grâce à l'investissement de la Région Hauts-de-France (FEDER) et de l'agence de l'eau Seine-Normandie (un nouveau partenaire).



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Commentaires
a écrit le 25/01/2019 à 18:48 :
C'est regrettable que Decima n'utilise pas la chaleur pour chauffer de l'eau pour des réseaux de chaleur ou autres, comme par exemple le fait Quarnot avec ses radiateurs "numériques" https://www.qarnot.com/fr/radiateur-numerique-qh1/
a écrit le 25/01/2019 à 9:15 :
Toujours pareil pendant que les états subventionnent les mégas riches pour polluer en masse les petits font l'effort. Encore et toujours et les médias des gros qui nous disent que c'est notre faute si le monde agonise.

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