Marseille compte plus que jamais sur son port pour prendre le large

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Le port autonome de Marseille
Le port autonome de Marseille (Crédits : Reuters)
[ #SmartCityMed ] Le Port de Marseille-Fos, porte ouverte sur la Méditerranée et bien au-delà, reste sans nul doute l'atout numéro 1 de la cité phocéenne.

Imaginez un territoire aussi étendu que Paris, mais posé au bord de la Grande Bleue : c'est le port de Marseille-Fos. Deux bassins, un est, côté marseillais sur 400 hectares ; un ouest, sis à Fos à quelque 70 km de là. Voilà le terrain de jeu sur lequel une grande partie de l'économie locale se développe. Le port, c'est toute l'histoire de Marseille. Au « ferry-boâte » légendaire de Pagnol s'opposent aujourd'hui des acteurs majeurs et internationaux tels CMA CGM, Costa Crociere et MSC Crociere... sans oublier les compagnies maritimes telles la Méridionale ou la SNCM, même si cette dernière, en dépôt de bilan, guette avec impatience un projet capable de la faire voguer sereinement sur une mer moins agitée.

Finalement, ils avaient déjà tout compris, les marins grecs qui débarquèrent sur les côtes provençales en 600 av. J.-C. Au fil du temps, Massalia allait devenir un port de commerce incontournable, s'arrogeant le titre de premier port français. Une première place qu'elle occupe toujours, mais le chemin, depuis cette époque jusqu'à aujourd'hui, n'a pas été un long fleuve tranquille. La décolonisation, la désindustrialisation, et, il faut le dire, la mauvaise image liée à des affaires de grand banditisme, vont plonger Marseille dans les profondeurs des difficultés économiques. Le port n'est plus ce qu'il était... Mais ça ne va pas durer. Car, comme c'est souvent le cas dans les jolies histoires, c'est la certitude de quelques visionnaires qui va permettre à la ville de renouer avec son port. Parmi ces hommes qui ont du flair, figure Marc Pietri.

Il le dit aujourd'hui sans rengorgement inutile mais avec la franchise qui le caractérise : il savait que Marseille retrouverait ses lettres de noblesse grâce au port.

À la question : « Est-il évident de parier sur ce renouveau ? », le PDG de Constructa répond sans ambages par l'affirmative : « Oui, et je vais vous dire pourquoi. Les ports ont toujours été des endroits magiques. Ils ont parfois été abandonnés et sont devenus des lieux de non droit. Puis on les a redécouverts. Et toutes les grandes villes ont redémarré grâce à leurs ports. Lorsque j'ai décidé de réinvestir en France [après une parenthèse américaine, ndlr), je me suis dit qu'il fallait que je retrouve des ports. J'ai visité le port de Marseille. Il est tellement bien placé ! J'ai investi alors que personne n'en voulait. Cet espace est magique ».

« Le port est en face d'un continent qui se réveille »

Il faut pour s'en convaincre égrainer les projets qui redessinent la façade maritime. Tout aussi visionnaire est Jacques Saadé. L'armateur franco-libanais s'installe à Marseille à la fin des années 1970. La CMA CGM, qu'il préside, est aujourd'hui le n° 3 mondial et le n° 1 français. Et l'entreprise (CA 2014 : 16,7 milliards de dollars) est l'une des locomotives qui tractent l'économie. La visite en juin dernier du Premier ministre chinois, Li Keqiang, venu exprès pour la signature de deux accords économiques majeurs, le tout sous l'oeil satisfait du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, a sonné comme un signal fort, tout autant pour le groupe français que pour l'infrastructure portuaire.

C'est que, dans un contexte de montée en puissance de l'Afrique, avec l'élargissement du Canal du Suez, Marseille s'inscrit pleinement dans cette ouverture offerte au monde. D'autant qu'elle offre une solution face à la saturation des ports du Nord que sont Rotterdam, Anvers et Hambourg.

Comme le souligne Jean-Luc Chauvin, le président de l'Union pour l'entreprise 13, « l'Afrique est en train de se structurer. Tout est à faire. Le port est un élément géostratégique essentiel, situé en face d'un continent qui est en train de se réveiller et qui va tirer l'économie mondiale ».

Alors, pour bien faire, il faut se structurer. Être innovant. Offrir des services à la pointe. Et le numérique est l'un des moyens de dorer un peu plus le blason. Le « smart port » n'est pas un voeu pieux mais une réalité : celle, par exemple, de la connexion électrique à quai des ferries.

Un service innovant assuré par Schneider Electric, lauréat depuis le printemps, de deux appels d'offres lancés d'une part par le Grand Port Maritime de Marseille et d'autre part par la Méridionale. Concrètement, la solution - baptisée Shore Connection - permet de raccorder les bateaux au réseau électrique terrestre lorsque ceux-ci sont à quai. L'avantage : moins de nuisances environnementales et sonores, de vibrations dans le port et une visibilité « verte » non négligeable. C'est aussi la philosophie du projet PIICTO. Davantage anglée économie circulaire, cette plateforme industrielle et d'innovation Caban Tonkin (d'où l'acronyme) basée du côté de Fos, réunit neuf industriels - Lyondell, Kem One, Asco Industries, Solamat Merex, Air Liquide,

Everré, Elengy, Engie, Bayer - et le Grand port maritime de Marseille, avec l'idée de faire venir à eux les investisseurs, et parier pour cela sur une optimisation des ressources. C'est qu'après tout, avec ces 600 hectares encore disponibles, la zone est intéressante d'autant qu'elle dispose de toutes les connexions logistiques indispensables tels que le fer, le fleuve et la route... Et que, fin du fin, un projet d'incubateur de démonstrateurs préindustriels surfant sur la transition énergétique appelé Innovex, est prévu.

Mais il n'y a pas que les industriels pour faire bouger le port de Marseille. Il y a aussi les croisières. Un axe de développement que beaucoup ont accueilli avec le sourire - parfois narquois - ne considérant pas Marseille comme un port suffisamment attractif pour cela. Sauf qu'en la matière, une stratégie fine a été nouée, notamment par le Club de la Croisière Marseille Provence.

Porté sur les fonts baptismaux par la CCI Marseille-Provence, par le Grand port maritime de Marseille et par la Ville, sont but était de présenter une démarche active et une synergie sans faille. Près de vingt ans plus tard, le pari est remporté, Marseille ayant intégré depuis le printemps le Top 5 des ports méditerranéens. Cette année, 1,5 million de croisiéristes s'y sont pressés.

Pour en arriver là, il a fallu adapter le port, mettre en place un terminal spécial luxe pour les navires de moins de 200 mètres, un terminal B pour offrir l'accueil à sept bateaux en simultané - opéré par Marseille Provence Cruise Terminal - sans omettre l'élargissement de la Passe Nord (accès pour les grands paquebots de plus de 300 mètres) totalement finalisé en 2016 et dont l'investissement total s'élève à 32 M€, ni la rénovation de la forme 10 (pour 28 M€), destinée à la réparation des grands navires dont elle permettra des arrêts techniques moins longs. Pour que ne vogue pas la galère...

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>>> #SmartCityMed "La Tribune" et le forum international "Live in a Living City" ont choisi Marseille pour y tenir une nouvelle édition du Forum Smart City. L'ambition de ce colloque, voué à un rayonnement international : échanger et partager les bonnes pratiques pour construire ensemble une ville de demain plus humaine, citoyenne, solidaire, connectée et ouverte.


[Forum Smart City] Débat: Quelle est l'empreinte numérique d'un port ?

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