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RégionsRégion Sud - Marseille

Jean-Claude Gaudin : « Marseille est en perpétuel mouvement »

Photo de Philippe Mabille

Propos recueillis par Philippe Mabille

Publié le 05 octobre 2015 à 12:30 - Mis à jour le 05 octobre 2015 à 14:40

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Le destin de Jean-Claude Gaudin se confond avec celui de Marseille, ville où il a commencé sa vie politique en 1965 sous Gaston Deferre, et dont il est devenu le maire en 1995. Élu pour la quatrième fois consécutive en 2014, le sénateur des Bouches-du-Rhône a su mobiliser les énergies dans une ville réputée compliquée, voire difficile, pour embellir et rendre plus attractive la grande capitale méditerranéenne. Après vingt ans de chantiers, Jean-Claude Gaudin livre ici, à l'occasion du Forum Smart City...

LA TRIBUNE - Comment se porte Marseille aujourd'hui ?

JEAN-CLAUDE GAUDIN - Forte de ses deux mille six cents ans d'histoire, Marseille est une ville en pleine croissance, dont chacun reconnaît, en France comme à l'étranger, qu'elle s'est profondément transformée en vingt ans et qui bénéficie d'une forte attractivité, gage de nouveaux développements dans les vingt ans à venir. Marseille est la locomotive économique d'un vaste territoire qui va encore grandir avec l'arrivée de la métropole, le 1er janvier. Depuis le début des années 1990, mon équipe municipale n'a pas ménagé ses efforts pour moderniser la ville et améliorer la vie de ses habitants.

Nous avons un plan « Marseille attractive 2012-2020 » pour relever, avec les acteurs publics et privés, trois défis majeurs : faire de Marseille la première métropole « centre d'affaires et plateforme d'échanges du Sud européen » ; promouvoir une ville de la connaissance et de la créativité ; et faire de Marseille une destination touristique incontournable. Force est de constater que les résultats sont au rendez-vous. Malgré la crise, les chantiers se multiplient et l'activité se porte bien. Alors que malheureusement le chômage dans notre pays a progressé, Marseille a fait mieux que résister et enregistre même une progression constante dans la création d'emplois.

Quand je suis arrivé, le taux de chômage sur Marseille Aubagne était de 23,3% en moyenne sur la période 1995-1999 ; il est retombé à 12,4% en 2014. C'est ce combat pour l'emploi dont je suis le plus fier, avec mon équipe. Nous n'avons pas cessé de faire reculer le chômage et nous avons bien l'intention de continuer cette bataille.

Quels sont les atouts de Marseille dans cette bataille pour l'attractivité ?

Merci de me donner l'occasion de les citer, car ils sont si nombreux... Marseille a bien sûr encore une activité industrielle liée à son port, mais ce qui caractérise le mieux la transformation de la ville est l'innovation. Marseille a su innover et j'en veux pour preuve le fait qu'avec la fusion des trois universités d'Aix-Marseille, notre territoire est désormais le deuxième pôle de recherche publique en France. C'est un levier considérable pour nous développer dans les filières d'avenir. La filière maritime qui emploie 43.000 personnes sur le département, dont 13.000 sur Marseille, en fait évidemment partie.

De nombreux projets sont en cours dont la charte Ville-Port pour définir ensemble l'avenir économique prometteur de ce secteur, avec l'extension des capacités du nouveau canal de Suez. Nous voulons développer les infrastructures portuaires, relancer la réparation navale industrielle et surtout nous appuyer sur l'extension de la ville vers le nord du littoral dans le J1, le nouveau quartier de la Joliette, incarné par le Mucem et le nouvel écoquartier Euroméditerranée, qui sera achevé dans deux ans.

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Marseille a reçu le label French Tech. Quelles sont vos ambitions dans la filière numérique ?

Nous ne sommes pas en train de découvrir ce secteur dans lequel nous avons avec Gemalto une position de leader depuis longtemps. Mais aujourd'hui, c'est vrai, ce secteur est en plein boum et passionne la jeunesse. Le numérique, ce sont 40.000 emplois répartis sur la métropole, entre Aix et Marseille, plus de 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires et plus de 7.000 entreprises, soit une force économique égale à celle du tourisme ou du secteur logistique. Nous allons continuer à aider financièrement ce secteur et à la création de startups, car c'est là aussi que se situe l'avenir de notre territoire. Il y a neuf projets d'accélérateurs autour de trois sites principaux : le pôle média sur l'ancienne caserne de la Belle de Mai, pour lequel nous travaillons déjà à une future extension destinée aux entreprises du numérique ; le technopôle de Château-Gombert à Marseille et celui de l'Arbois à Aix-en-Provence.

C'est là que sera construit le projet thecamp. C'est un projet d'envergure internationale. Imaginez un campus consacré à l'innovation numérique et à la ville de demain, pensé comme un véritable laboratoire de recherche et qui accueillera des experts du monde entier au sein du Technopôle de l'Arbois ! Un centre qui sera toujours à l'avant-garde des avancées technologiques. thecamp est un projet unique en Europe.

C'est pourquoi Marseille est aux côtés de ses initiateurs pour construire la métropole de demain. Avec thecamp, nous entendons contribuer au développement du territoire tout entier. Un territoire connecté, intelligent et attractif. Car ce nouvel écosystème devrait générer 2.500 emplois en cinq ans. De fait, il renforcera encore notre dynamisme économique.

Mutation urbaine et révolution numérique sont-elles des enjeux prioritaires pour la ville ?

Tout à fait. La ville du futur doit se penser dès aujourd'hui. À l'heure de l'hypertechnologie, nous nous devons d'être tournés vers l'avenir. Mutation urbaine et révolution numérique constitueront des priorités qui nécessitent une excellence et une exigence sans cesse renouvelées. Face aux enjeux considérables dont elles sont porteuses, il est indispensable de conjuguer nos efforts et de fédérer toutes les énergies. Sur ce point, thecamp a su réunir acteurs publics et acteurs privés. Cette synergie est emblématique du projet lui-même, dont la vocation futuriste et humaniste impose de relever les défis de l'urbanisation croissante.

La ville « intelligente », ou smart city, c'est une priorité pour Marseille ?

Oui, dans le sens où les nouvelles technologies, les télécommunications, les données sont devenues une ressource indispensable pour améliorer l'efficacité d'un territoire. Mais je souhaite que toute cette modernité soit mise au service de la population et conserve une forte dimension humaine.

Quels sont les enjeux de la naissance de la métropole, au 1er janvier 2016 ?

Dès le début du projet gouvernemental, j'ai indiqué au gouvernement qu'il allait trop vite, car il englobait dans la métropole Aix-Marseille-Provence un trop grand nombre de communes : 92 sur un total de 116. La loi Mapam fut votée en janvier 2014. Cependant, devant l'hostilité des maires, le gouvernement a accepté plusieurs amendements que j'ai défendus au Sénat dans le cadre de la loi NOTRe. Ainsi, les communes conserveront leur autorité sur les documents d'urbanisme et celles qui ont un casino, comme Aix, La Ciotat, Carry-le-Rouet et Cassis, gardent les avantages fiscaux qui y sont associés.

Maintenant que la loi NOTRe est votée et promulguée, elle va s'appliquer en donnant naissance au 1er janvier à la plus grande métropole de France, Aix-Marseille-Provence. C'est une chance, car ce vaste territoire, regroupant 92 communes, 1,83 million d'habitants sur un espace multipolaire de 3.173 km2 va permettre d'attirer des entreprises et des emplois. Au 1er janvier, la métropole remplacera les six EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) existants : San Ouest Provence, Pays de Martigues, Pays d'Aubagne et de l'Étoile, Agglopole de Salon, Pays d'Aix-en-Provence et Marseille-Provence Métropole.

Quelles sont les conditions pour réussir la mise en place de la métropole ?

Ne mettons pas la charrue avant les boeufs ! Dans un premier temps, la métropole doit sécuriser et conforter un tissu local particulièrement éprouvé par une politique gouvernementale qui nous met à rude épreuve. Assurons d'abord la continuité du service public en sécurisant le règlement des entreprises prestataires des collectivités. Épargnons les contribuables déjà pressurés en lissant la fiscalité de façon très progressive sur douze ans. Confortons les communes du territoire en leur donnant les moyens de faire face à leurs charges en pérennisant les mécanismes de compensation des charges transférées et en les aidant à boucler leur budget. Ainsi sécurisés, les acteurs du territoire pourront alors s'engager dans des projets d'avenir à plus long terme, notamment le volet transports qui reste la principale difficulté pour donner plus de fluidité à ce territoire.

Les enjeux sont considérables. L'Europe se construit autour de grands pôles économiques et Marseille doit pouvoir y tenir sa place, se donner une visibilité internationale et promouvoir ses atouts et ses nombreux talents. Notre avenir passe par la construction d'un territoire solidaire qui puisse résoudre les défis quotidiens que sont les transports, le logement, le développement économique durable, l'enseignement supérieur. Ce développement bien sûr ne peut ni ne doit se faire au détriment de nos identités. Ce sont elles qui ont façonné un cadre de vie que le monde entier nous envie et qu'il nous faut préserver...

Comment assurer l'unité de cet ensemble face aux divisions, fortement exprimées par la maire d'Aix-en-Provence ?

En 2016, ce seront les élus du conseil de la métropole qui décideront des grandes orientations stratégiques. Ils doivent être désignés par chaque conseil municipal parmi les conseillers communautaires actuels, selon les règles prévues pour les fusions d'intercommunalités. Le conseil de la métropole comportera 240 élus, déterminés sur la base des populations municipales de 2015, soit près de la moitié des 427 élus des six intercommunalités actuelles. Dès que le conseil de la métropole sera au complet, le président de l'un des EPCI pourra convoquer une réunion afin de procéder à l'élection du président, ce qui peut se faire avant le 1er janvier 2016. Si l'on surmonte les blocages auxquels vous faites allusion...

Serez-vous candidat, dès lors que vous venez de renoncer à siéger au Conseil constitutionnel ?

Il est clair qu'aujourd'hui c'est Marseille, ville la plus peuplée, qui assume l'essentiel des charges de centralité de la métropole. Les habitants des communes voisines viennent travailler à Marseille, se faire soigner à Marseille et profitent de son offre de loisirs et culturelle. Chaque semaine, nos 50 théâtres et le nouveau stade Vélodrome accueillent des habitants de la future métropole. Il faudra donc en tenir compte pour compenser en partie ces engagements financiers au service de la collectivité. Pour autant, la ville de Marseille n'a pas vocation à être hégémonique ni à s'emparer du pouvoir dans les communes composant la métropole. La métropole doit profiter aux parties autant qu'au centre. Il y faudra, c'est certain, du tact et de l'expérience...

Le premier président de la métropole pourrait donc être le maire de Marseille ?

Je suis maire de Marseille depuis vingt ans. Chacun sait que lorsque j'ai créé MarseilleProvence Métropole, en 2000, toutes mes décisions ont été prises en commun avec les maires de chacune des 18 communes. L'exercice sera plus difficile à 92, mais je pense avoir prouvé que j'ai les qualités pour tenir compte des équilibres locaux. À l'heure où nous parlons, le processus de désignation du conseil de la métropole est encore en cours. Ce n'est qu'à l'issue de cette procédure que je pourrais déclarer ma candidature. Il semble qu'un consensus se forme en ma faveur. Je ne me déroberai pas devant cette responsabilité.

Quoi qu'il en soit, les communes resteront le fondement de l'architecture politique et institutionnelle de la métropole. J'y ai veillé au Sénat lors du vote de la loi NOTRe. La conférence métropolitaine des maires restera donc une instance de concertation particulièrement importante et j'y veillerai, quelle que soit ma place. Jusqu'au 1er janvier 2018, les compétences qui n'avaient pas été transférées par les communes à leur intercommunalité de rattachement continueront d'être exercées dans les mêmes conditions.

Marseille va-t-elle continuer à grandir dans les vingt prochaines années ?

Si on est objectif, on doit reconnaître que Marseille a connu une importante transformation ces vingt dernières années. Et que ces changements ont été positifs pour la ville. Attirés par une ville dynamique et attractive, de nombreux investisseurs d'envergure internationale veulent s'implanter à Marseille. Marseille est une source d'inspiration pour les grands noms de l'architecture : Rudy Ricciotti (Mucem), Stefano Boeri, Kengo Kuma... La ville est en pleine mutation et se tourne vers l'avenir. Suite aux grandes rénovations urbaines engagées depuis 2012, la cité phocéenne a été récompensée notamment d'un « Urbanism award ».

Marseille a su rester une ville dynamique en matière de développement urbain, avec une production annuelle d'environ 4.000 à 5.000 logements et de 20.000 à 25.000 m2 de bureaux par an. Cette dynamique se poursuit en favorisant une mixité urbaine entre bureaux, commerces et logements. Grâce à cette dynamique, Marseille est en perpétuel mouvement. Au centre-ville, le Vieux-Port est rendu aux piétons grâce au projet de semi-piétonnisation de Norman Foster et de Michel Desvignes. Au nord, Euroméditerranée, dont l'établissement public fête ses 20 ans, transforme le front de mer : c'est la plus grande opération de rénovation urbaine du sud de l'Europe. Ce secteur est très prisé par les investisseurs privés du monde entier, comme on a pu le voir avec les Terrasses du port qui ont généré 2.000 emplois.

Ces quartiers respectueux de l'environnement, dont certains ont été labellisés « écocités », sont le fer de lance du nouveau Marseille qui s'étend aussi au sud du côté du nouveau stade Vélodrome. Grâce au projet Euroméditerranée 2 qui sera livré dans deux ans, la dynamique se poursuit : l'extension permettra d'utiliser les friches industrielles dans le nord de la ville et de combler les écarts de développement entre les différents secteurs de la ville. Si le port autonome, qui est sous la responsabilité de l'État, cédait à la ville une portion de son territoire, nous pourrions développer le port Est, où nous avons un projet de casino. Mais pour l'instant, les discussions sont bloquées.

Marseille affiche une forte dynamique sur les industries créatives. C'est le futur Hollywood du sud de la France ?

En nombre de tournages, Marseille est déjà la deuxième ville de France. En 2014, nous avons accueilli 362 tournages représentant mille trois cents jours d'activité, soit près de quatre tournages par jour dont 15 longs-métrages (cinq étrangers), 19 séries (deux étrangères) et 42 films publicitaires. Cela a représenté 30 millions d'euros de retombées économiques locales, dont 30 % vouées à l'emploi. Cette filière audiovisuelle est une véritable opportunité de développement, tout autant qu'un support national et international pour le rayonnement de la ville. Je me félicite que nous ayons été choisis par Netflix pour le tournage de la série Marseille.

Le pôle média de la Belle de Mai, propriété de la ville de Marseille, est un bon exemple de réussite dans le secteur de l'audiovisuel et du numérique. Une cinquantaine de sociétés sont implantées dans ce vaisseau amiral de la filière, avec déjà 1.000 emplois créés. Il propose sur 23.000 m2 des bureaux et des équipements haut de gamme pour doter Marseille d'un avantage compétitif dans ces industries.

La sécurité demeure un des points noirs qui nuisent à l'image de la ville. Comment changer cette perception ?

J'ai dénoncé voici deux ans un « Marseille bashing » totalement inacceptable. Un énorme effort a été fait par les gouvernements successifs pour doter Marseille d'un nombre suffisant de policiers. La ville aussi a fait des investissements, recrutant 407 policiers municipaux, soit six fois plus que quand je suis devenu maire. J'ai longtemps été opposé à ce que nos policiers municipaux soient armés, sauf avec des armes non létales. Mais face à des criminels qui le sont de plus en plus, nous avons décidé d'armer ceux qui travaillent la nuit, en leur apportant la formation nécessaire, car ce sont souvent ceux qui portent un uniforme qui servent de cible principale et il est normal qu'ils puissent se défendre.

Dans quelques semaines, les élections régionales précéderont la naissance de la métropole. La région PACA risque-t-elle de basculer vers le Front national, comme le laissent penser les sondages ?

Attention aux emballements médiatiques. Il y a quelques mois, le Front national devait s'emparer du Vaucluse, du Var, et progresser à Marseille. Comme vous le savez, il n'en a rien été. On nous ressert le même plat pour les élections régionales dans un contexte national où la crise des migrants soulève des inquiétudes. Certes, en PACA, le Front national a toujours réalisé des scores importants, mais il ne parvient pas à atteindre les exécutifs, sauf dans quelques villes.

Si Christian Estrosi gagne la région, faut-il s'attendre à plus de compétition entre Nice et Marseille ?

Pour les élections régionales de 2015, je souhaite la victoire de Christian Estrosi et je compte sur lui pour appliquer la même politique que celle que j'avais mise en oeuvre lorsque je présidais la Région : toujours donner une dotation supplémentaire aux Alpes-Maritimes par rapport aux Bouches-du-Rhône. Je suis sûr qu'il saura s'en souvenir et appliquera le principe de réciprocité...

______

>>> Entretien avec Daniel Sperling, Adjoint au Maire en charge de l'Innovation et du Développement par le numérique - Mairie de Marseille


>>> Entretien avec Caroline Pozmentier
, Adjointe au Maire en charge de la Sécurité - Mairie de Marseille


>>> Entretien avec Jean-François Royer
, Directeur du développement - Euroméditerranée


>>> REPLAY Revivez l'ensemble de l'évènement Smart City Marseille

Propos recueillis par Philippe Mabille

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