Camping-cars : Etteliot transforme l'urine des vans en aérosol

Créatrice d’un procédé breveté de traitement électrochimique des urines mais également des matières fécales, la jeune startup nantaise Etteliot veut révolutionner l’univers des toilettes. Conçue pour être une alternative aux toilettes sèches ou chimiques embarquées dans les camping-cars, les vans et les caravanes, la technologie permet notamment de rejeter l'urine retraitée dans l’air, par brumisation. La solution, testée avec un CHU, pourrait très rapidement trouver des débouchés dans les secteurs du nautisme, du BTP, de la maison autonome (Tiny Houses...), les pays en voie de développement, et même l'habitat classique.
Alexandre Evrard, Co-fondateur d'Etteliot a conçu un dispositif à l’attention des adeptes du camping-car et des séjours en caravane. Ce boîtier lève une contrainte majeure des toilettes sèches dotées d’un séparateur : l’obligation de vidanger le réservoir d’urine.
Alexandre Evrard, Co-fondateur d'Etteliot a conçu un dispositif à l’attention des adeptes du camping-car et des séjours en caravane. Ce boîtier lève une contrainte majeure des toilettes sèches dotées d’un séparateur : l’obligation de vidanger le réservoir d’urine. (Crédits : Etteliot)

C'est une des galères des utilisateurs de camping-car, de vans ou de caravanes, et une véritable plaie pour l'environnement. « Un utilisateur de camping-car produit en moyenne un litre et demi d'urine par jour. Avec deux personnes à bord, cela représente près de neuf litres en trois jours dont il faut se débarrasser et qui finissent trop souvent dans la nature », explique Alexandre Evrard, passionné de sports nautiques, confronté à cette problématique lorsqu'avec son compère Gustav Sievers, il sillonnait les routes pour aller de spot en spot.

Respectivement, ingénieur en conception mécanique dans le nautisme et docteur en sciences de l'environnement, spécialisé dans les procédés électrochimiques, Alexandre et Gustav ont relevé leurs manches et mis leur matière grise à contribution pour mettre au point une alternative aux toilettes chimiques, généralement installées à bord des véhicules, qui nécessitent d'être régulièrement vidangées. De là est née, en 2020, la startup Etteliot, anacyclique du mot toilette. « Parce que l'on veut révolutionner le marché des toilettes », ambitionne le co-fondateur d'Etteliot, accompagnée depuis trois ans par le réseau nantais Atlanpole et la Manufacturing Factory, et tout récemment intégré à l'incubateur multisites (Nantes, Brest, Rennes) de l'école d'ingénieurs IMT Atlantique. « Pour, cette fois, s'affranchir des problématiques d'entreprenariat, d'industrialisation, de partenariat, de financement, de réseau, de marché...»

Première brique : l'urine

Lancés dès 2016, avec l'objectif de mettre au point un système de traitement des urines et de combustion des matières fécales avec de l'hydrogène, les premiers travaux d'Etteliot (ex-H2Trone) ont été focalisés sur l'urine pour vérifier que le marché existait bel et bien.

« Le plus gros marché se situe en Allemagne avec 600.000 véhicules immatriculés, juste devant la France avec 500.000 vans et camping-cars immatriculés », indique Alexandre Evrard.

Sa road map identifie quatre cibles : les clients finaux adeptes du « do it yourself » (DIY) ; les grossistes en accessoires ; les aménageurs locaux, comme Wood & Van dans la région nantaise ou Van Designers dans le bordelais ; les fabricants type Trigano ou Pilote et les loueurs. « Jusque-là, les dispositifs utilisés imposent un important réservoir de stockage, en général de 8 litres, et l'utilisation de produits chimiques. Seul un fabricant scandinave a développé une solution autonome, coûteuse, et nécessitant d'embarquer une bouteille de gaz de 13 kg », rappelle Alexandre Evrard.

Techniquement, les fondateurs d'Etteliot ont mis au point un boîtier de traitement de l'urine, à séparation, adaptable sur des toilettes sèches, directement pluggés sur l'énergie (12 volts) du véhicule. Le dispositif pompe l'urine pour éviter la fermentation avec les matières fécales. Il filtre, désinfecte par électrolyse, ce qui permet de décomposer enzymes, bactéries, urée et ammonium et d'obtenir une solution stable et surtout inodore, avant diffusion d'un brouillard à l'air libre, grâce à un procédé d'évacuation par ultrason.

« Sans vidange, on ne crée plus de pollution environnementale, et on offre un nouveau confort », souligne-t-il.

En cours de fabrication, les prototypes seront testés dans les trois prochains mois chez un aménageurs de vans et de fourgons. Pour venir à bout des odeurs et garantir l'innocuité des rejets, Etteliot a noué des partenariats avec les laboratoires d'analyses nantais GEPEA et DS2E, et multiplie les contrôles avec des laboratoires spécialisés et le CHU de Nantes pour s'assurer que les molécules médicamenteuses soient bien anéanties. D'ores et déjà, deux brevets été déposés ; l'un sur le traitement de l'urine, l'autre sur celui des excréments.

Deuxième brique : les matières fécales

Aujourd'hui, le prototypage, en cours, va permettre de lancer les préséries dans les prochains mois. Présenté lors de salons professionnels dans l'Ouest de la France, le système, précommercialisé pour moins de 1.000 euros, a déjà fait l'objet de quelques dizaines de pré-commandes encourageantes de la part de particuliers et d'aménageurs. Le produit final devrait être prêt pour l'automne.

« Aujourd'hui, on a une techno, un brevet, le réseau se met en place... On a les bonnes cartes et un vrai retour positif du marché, il faut maintenant aller chercher des financiers pour accélérer et poursuivre la seconde étape », souligne Alexandre Evrard, dont les travaux ont été jusque-là financés par Bpifrance, une bourse French Tech, et seront complétés par des prêts d'honneur et des fonds propres. Le budget de la première opération devrait atteindre 200.000 euros.

Le second volet, consacré donc aux matières fécales, devrait s'étaler sur les deux prochaines années. L'investissement nécessaire est estimé, cette fois, entre 500.000 euros et 1 million d'euros pour, notamment, mettre au point l'outillage permettant de réduire les coûts de fabrication.

Si l'approche est plus complexe, elle s'appuiera sur un procédé connu ; à savoir la production d'hydrogène, utilisé pour la combustion des matières fécales. « La techno est prête. Nous avançons maintenant sur le développement produit », indique Alexandre Evrard qui, au-delà des marchés allemands et français du camping-car, et plus largement européen, compte déployer sa solution sur les marchés du nautisme, du BTP, de la maison autonome comme les Tiny House, les pays en voie de développement, et  même l'habitat classique. Un secteur où s'est déjà positionnée la fondation Bill Gates.

« Notre stratégie est un peu différente. On s'adresse d'abord au marché européen qui a les moyens pour accompagner notre développement », ajoute le co-fondateur d'Etteliot.

Avec sa première brique et une production de 800 pièces, la startup vise un chiffre d'affaires 500.000 euros la première année et de 1 à 1,5 million d'euros d'ici à trois ans.

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Commentaires 2
à écrit le 04/06/2022 à 11:07
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Bref! Tout se retrouve dans l'air sans que l'on en connaisse les conséquences! Sachant que l'urée est l'un des meilleurs engrais azoté pour permettre la pousse des capteurs de CO² et que le sol ne demande que des excréments pour se structurer, on bre...

à écrit le 03/06/2022 à 17:59
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"et qui finissent trop souvent dans la nature" ben oui, mais il parait que ça fait engrais, il serait question de remplacer les produits dans les champs, enfin, comme idée, trop compliqué à collecter de façon massive. Quand on se promène en forêt pe...

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