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BP2L : Un président fragilisé

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Jean Brunet-Lecomte a essuyé un cuisant camouflet lors de sa récente réélection à la tête du conseil d’administration, organe névralgique de la gouvernance de BP2L. Un “événement” aux motifs et aux répercussions lourds de sens.

Pour lui aussi, le printemps 2013 est à marquer d'une pierre noire. Lui, c'est Jean Brunet-Lecomte, président du conseil d'administration (CA). Le 23 mai, en marge de l'assemblée générale qui acte le renouvèlement de son mandat d'administrateur pour 5 ans, le CA est réuni pour procéder à la reconduction de sa responsabilité de président.

 

Pression des administrateurs

Alors que, traditionnellement, dans le creuset consensuel de ce type de cénacle l'unanimité s'impose, cinq des douze administrateurs (quatre votes contre et une abstention) éconduisent l'ancien président de BL Consultants et de la Fondation Emergences.

Ces opposants - dont Acteurs de l'économie détient l'identité - s'étaient exprimé, comme le stipule le règlement, à bulletins secrets, quand bien même le président avait préalablement essayé, sans succès, d'y faire substituer une procédure à main levée. L'un d'eux examine :

"Cette manœuvre visant à exercer une pression sur les administrateurs traduisait un doute personnel sur leur soutien. A contrario, le bulletin secret a donné courage et liberté aux détracteurs"

Un comportement autocrate contesté

 En rage après l'affront, Jean Brunet-Lecomte exigera, lors d'une réunion suivante, que les "félons" se dévoilent. Là encore en vain. Une réaction qu'un administrateur, réputé pour l'intégrité de son parcours, juge emblématique des principales motivations des contempteurs : la contestation d'un comportement devenu "autocrate:

"Volontiers binaire, Jean considère que toute remise en cause de ses idées ou toute divergence d'opinion sont synonymes d'opposition, recourant alors à des décisions arbitraires pouvant être interprétées comme sectaires".

Le fonctionnement du conseil et le renouvellement du collège d'administrateurs sont aussi discutés. Stigmatisés, une condescendance voire un "mépris" pour ceux qui ne sont pas de sa "caste", "de plus en plus minoritaires" au gré de nouvelles incorporations qui lui sont très proches idéologiquement et socialement.

En filigrane, un "excès de proximité" synonyme de consanguinité et susceptible d'entraver l'efficacité de la collectivité. Enfin, la détérioration des relations entre le président du CA et l'ancien directeur général Olivier de Marignan - ulcéré par l'interventionnisme de sa tutelle - a également pesé. "Je n'ai pas apprécié que Jean dresse un bilan injustement critique du mandat de son directeur général", poursuit l'administrateur.

Un exercice inapproprié du pouvoir

Une attitude d'ensemble que ce dernier, relayé par d'anciens dirigeants de la banque ou le délégué syndical CFDT Philipe Suchet, estime refléter un exercice parfois inapproprié du pouvoir et constituer un "encouragement", pour le directeur général Jean-Pierre Levayer, à gouverner "selon les méthodes" qui ont nourri le malaise et provoqué la grève du 4 avril.

"Un président de CA est le dépositaire d'une responsabilité que la communauté des sociétaires lui confie. En aucun cas il ne peut agir unilatéralement, de manière autoritaire, et se comporter comme s'il s'agissait de "son" entreprise. Notre président semble vivre le métier de banquier par procuration".

Et l'incompréhension enfle une fois l'examen mis en perspective des valeurs socio-chrétiennes que l'intéressé, ancien président du mouvement EDC (Entrepreneurs et dirigeants chrétiens), partage et même répand, selon ces sources, abondamment.

Valeurs et convictions qui auraient conditionné le renouvellement d'un collège d'administrateurs dont la légitimité et les compétences sont incontestables mais qui apparait de plus en plus "catholicisé", ne manquant pas, là encore, de déranger au sein du corps social.

Surtout lorsqu'est publiquement démontré par les partenaires sociaux devant l'assemblée générale des sociétaires que nombre desdits administrateurs ne sont pas clients actifs de l'établissement… Surtout aussi si les confidences d'un administrateur relatant la tentative du président d'accéder à une rémunération supérieure au plafond édicté par BPCE et soldée par un rappel à l'ordre du président de cette dernière, François Pérol, s'avèrent exactes - ce que la direction de l'établissement ni ne confirme ni ne dément.

Rapports de force

Pour autant, tout procès de Jean Brunet-Lecomte apparaît inique. Il a indéniablement professionnalisé l'instance, pilotée jusqu'à sa nomination - initiée par… Olivier de Marignan - de manière "inconsistante", rapporte un administrateur "neutre", encore tout ébouriffé par l'intensité du premier séminaire conduit par le successeur d'Hervé Genty.

Dans cette chapelle qui traditionnellement héberge quelques baronnies, il a inoculé outre une dynamique, une rigueur et une exigence qui jusque-là faisaient défaut, et a procédé à un rééquilibrage utile des rapports de force avec la direction générale. Quant à l'immixtion supposée dans le champ de compétences d'Olivier de Marignan, même des proches de ce dernier tempèrent l'exactitude. La ligne de démarcation est ténue, donner sens et utilité à l'action du CA était une nécessité, enfin, comme le reconnait un proche du désormais directeur général de la Banque Populaire Atlantique, "on ne fait pas cohabiter deux coqs dans une même basse-cour"… Bataille d'égos.

Un directeur général docile

Reste une inconnue : la relation qu'entretiennent désormais président et directeur général. Relation qui, dans le "système de gouvernance" Banque Populaire, est cruciale. Jean Brunet-Lecomte avait pris le temps - plusieurs mois - pour choisir le successeur d'Olivier de Marignan, parmi les candidats proposés par BPCE. De trois à cinq d'entre eux auraient été éconduits, avant qu'il ne retienne Jean-Pierre Levayer.

Selon plusieurs sources "en dernier recours", sommé par les instances nationales de combler une vacance du pouvoir devenue insupportable. "Au nom de quels critères ? Pour quels desseins ?", continue-t-on de s'interroger au sein de la banque. A-t-il voulu tirer enseignement de sa relation épidermique avec Olivier de Marignan et recruter un directeur général à qui la propre expérience conflictuelle avec sa tutelle d'alors - Catherine Amin-Garde, présidente du Comité d'orientation et de surveillance de la Caisse d'Epargne Loire-Drôme-Ardèche - imposait une relation hiérarchique ultérieure obligatoirement apaisée et assurait au président une certaine docilité ?

Une réélection qui devrait ramener l'équilibre

Les turpitudes de la réélection de Jean Brunet-Lecomte rebattent les cartes, devraient desserrer l'étau, favoriser l'émancipation de Jean-Pierre Levayer et annoncer un rééquilibrage des rapports de force. Un observateur clé résume :

"C'est en mettant la pression sur le président, très attaché à son image dorénavant écornée, qu'il est possible de penser que le directeur général, aujourd'hui engagé dans un processus de reconquête des troupes, pourra faire évoluer favorablement la situation."

Quels échos et quelles conséquences auprès des instances nationales de la Banque Populaire et de BPCE - "maison-mère" des enseignes Caisse d'Epargne et Banque Populaire - les vicissitudes printanières du président et de son directeur général ont-elles sécrété ? Interrogé, le représentant de BPCE au sein du conseil d'administration de BP2L, Alain Poulet, manifeste explicitement son embarras et aussitôt esquive.

La nomination, il y a quelques jours, de Sophie Berthier en provenance de l'Inspection BPCE et propulsée dans le "saint des saints" du comité exécutif vise-t-elle à établir une passerelle directe ? Seule certitude : la décision in extremis de Jean Brunet-Lecomte de retirer sa candidature à sa réélection, le 10 septembre, au conseil d'administration de la Fédération nationale des Banques Populaires, est lourde d'interrogations et de sens dans le contexte BP2L. Et hypothèque, au moins momentanément, ses ambitions nationales.        

 

Lire aussi :

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Commentaires
a écrit le 19/10/2013 à 9:19 :
Voilà ce qu'est le groupe, un assemblage de Mandarins aux prétendues valeurs qui s'épuisent en guerres picrocolines mais traitent le personnel comme piètres choses. Le "personnel", il est souvent brisé, mis au placard sans explication, au contraire promu au gré des fluctuations sans logique. Les dégâts se font sans cohérence économique non plus car toute cette politique RH de maltraitance a un coût qui pèse....au CFF, chez BPCE et en régions...seule Natixis a une politique RH digne. À réduire les coûts de façon aveugle, le groupe passe à côté de ses chances de développement en demeurant le seul à être franco-français, il va en pâtir très vite.

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