La mer, trésor français (11/14): les enjeux durables des villes-ports au 21e siècle

Carlos Moreno

Carlos Moreno
Des villages côtiers aux hubs maritimes, des villes fortement urbanisées aux métropoles portuaires, du port urbain au port de l'hinterland, mais aussi des villes, des façades maritimes à vocation patrimoniale et touristique aux ports industriels à vocation économique, la ville-port se trouve traversée par de nombreuses particularités. Poids économique et industriel, gouvernance, disposition spatiale, tensions socio-territoriales..., mais aussi, recherche d'une identité urbanistique propre, dans un contexte mondial d'urbanisation galopante qui constitue, en soi, un défi.
Les villes-ports du 21e siècle incarnent bien le basculement de l'économie mondiale vers la globalisation, avec une nette augmentation, chaque année, des échanges commerciaux mondiaux. Avec 27 milliards de tonnes de trafic par an, les ports constituent un axe majeur dans le développement économique et socio-territorial. On constate que les voies maritimes, principal passage des échanges, s'orientent majoritairement vers l'Asie. Parmi les dix premiers ports au monde, neuf sont asiatiques, et au sein des vingt premiers, la proportion est de seize. En Europe, Rotterdam reste le plus puissant, signe d'une continuité historique qui se traduit également en développement socio-territorial.
Chaque port, petit ou grand, quelle que soit sa configuration, est également le produit d'une histoire, d'un contexte, d'un passé qui constituent ses racines et sont à l'origine de son souffle - que ce soit pour se questionner ou pour se projeter vers l'avenir. Soumis à la triple tension du développement économique, de la concurrence permanente et de la recherche d'identité, les ports représentent en même temps une très grande chance pour l'avenir socio-territorial des espaces dans lesquels ils sont implantés. L'espace, la géographie et la dynamique socio-économique des ports sont une opportunité pour anticiper le développement durable, mais également - prenant conscience que, au-delà, le vrai défi est de se donner les moyens - pour imaginer le déploiement d'une économie circulaire à vocation post-carbonée comme axe stratégique de transformation.
Inéluctablement, dans nos économies globalisées, caractérisées par une marchandisation accélérée et une « conteneurisation » en croissance exponentielle, les ports génèrent des espaces avec des discontinuités territoriales. D'un côté, la nécessaire surveillance des ports (lutte contre le terrorisme, le vandalisme, etc.), et de l'autre, leur gestion (avec la mobilisation d'un matériel spécifique : plateformes, grues, camions, etc.), créent de facto des barrières, au sens physique du terme. Elles suscitent également de vraies ruptures avec la ville. La gouvernance du port, souvent dissociée de celle de la ville, peut par ailleurs présenter des conditions accentuant cette discontinuité territoriale.
Mais c'est ici que le 21e siècle et sa composante technologique peuvent changer la donne en apportant de puissants outils pour déverrouiller ces états de fait, susciter des dynamiques et des synergies nouvelles et créer ainsi une démarche d'hybridation socio-culturelle et socioterritoriale. Car le port est aussi un écosystème dont la puissance économique et l'attractivité doivent être reliées à la mise en avant du patrimoine urbain et socioterritorial de la ville qui l'accueille - et ce, par-delà le bassin, les corridors et les régions qu'il anime.
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Relever les défis majeurs de l'inclusion sociale et de la réinvention des espaces urbains en s'appuyant sur les atouts des révolutions technologiques constitue une priorité pour les dix années à venir. Il nous revient de construire de véritables feuilles de route systémiques pour transformer les cinq composantes de ces villes-ports : sociale, économique, culturelle, écologique, en lien avec leur résilience. L'enjeu n'étant pas uniquement de savoir comment mieux secourir en cas de crise, mais aussi de pouvoir prendre ici et maintenant la meilleure décision pour assurer la continuité des services, clé de la réussite.
Si nous parcourons le monde, nous voyons, du nord au sud et de l'est à l'ouest de la planète, la course à la productivité dans laquelle toutes les villes-ports sont engagées. Il devient urgent de repenser, grâce à la puissance de l'ubiquité, du big data ainsi que des outils technologiques, tous les services des villes-ports afin que les usages, les services socio-territoriaux, la culture, la formation des jeunes et des moins jeunes soient à la hauteur du défi qui se pose dans les vingt ou trente années à venir.
Les villes-ports sont, en outre, directement exposées aux conséquences du réchauffement climatique, avec la montée du niveau des mers, le développement de nouvelles maladies urbaines, l'apparition de migrations et déplacements de population supplémentaires - tout ceci pouvant entraîner de nouveaux risques de déstabilisation, voire de confrontation. Tous les travaux du GIEC à la COP21 ont, une fois de plus, sonné l'alarme sur cette menace qui pèse sur la planète et sur la nécessité de se mobiliser radicalement pour inverser la tendance.
C'est une très grande chance de compter sur le réseau mondial des villes portuaires. Chaque année, l'Association internationale des villes portuaires (AIVP), avec son important écosystème, se mobilise pour partager expériences et réflexions. Le prochain congrès aura lieu à Rotterdam et réunira du 5 au 7 octobre toute la communauté internationale.
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Ce congrès est un nouveau point d'étape dans la longue marche que les villes portuaires ont entreprise, donnant ainsi naissance à une communauté vivante, qui pratique le partage de manière régulière au travers de rencontres, d'ateliers et de panels. Voici son appel :
Par le professeur Carlos Moreno, spécialiste de la ville intelligente
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