La ville après Habitat III  : le temps de l'action

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Selon Joan Clos, directeur exécutif de l'ONU Habitat et ancien maire de Barcelone, qui a dressé un tableau inquiétant de l'urbanisation depuis ces vingt dernières années, la mauvaise urbanisation est devenue un risque stratégique et il faut prendre des mesures au plus vite pour corriger cette tendance.
Selon Joan Clos, directeur exécutif de l'ONU Habitat et ancien maire de Barcelone, qui a dressé un tableau inquiétant de l'urbanisation depuis ces vingt dernières années, "la mauvaise urbanisation est devenue un risque stratégique et il faut prendre des mesures au plus vite pour corriger cette tendance". (Crédits : Reuters)
[ CITIES FOR LIFE ] Après la conférence de Quito, qui a débouché sur un Nouvel agenda urbain, place aux mesures concrètes. Lors d'une table-ronde qui s'est déroulée dans le cadre du sommet mondial Cities for Life, organisé par "La Tribune" et la Mairie de Paris, le directeur exécutif de l'ONU Habitat Joan Clos en a rappelé l'urgence. Pour leur part, les entreprises aussi ont un rôle à jouer dans l'élaboration des stratégies pour des villes inclusives.

Mi-octobre dernier, la conférence des Nations Unies Habitat III accouchait, à Quito, d'un Nouvel agenda urbain, non-contraignant, pour les vingt années à venir, en ligne avec les Objectifs de développement durable (ODD), en particulier l'objectif numéro 11 relatif aux villes durables. Un document qui vise à rendre les villes plus inclusives, résilientes, sûres et durables, et qui reconnaît notamment « un droit à la ville » ainsi que l'importance et la force des villes et des territoires comme acteurs. Un mois après Habitat III, lors d'une table-ronde qui s'est déroulée dans le cadre du sommet mondial Cities for Life, Joan Clos, directeur exécutif de l'ONU Habitat et ancien maire de Barcelone, a martelé cette urgence tout en dressant un tableau inquiétant de l'urbanisation depuis ces vingt dernières années. Facteur fondamental, selon lui, l'« urbanisation s'accélère ». Et elle « perd en qualité ».

Un risque stratégique

« C'est une urbanisation qui est plus spontanée que planifiée dans le monde entier. Une urbanisation avec moins d'espaces publics », a-t-il détaillé. « Il semblerait qu'il y ait eu un affaiblissement des capacités de l'administration publique, et plus particulièrement des administrations locales, des municipalités, à contrôler l'urbanisation. »

En outre, elle détériore davantage le changement climatique et génère la ségrégation entre les riches et les pauvres.

Et Joan Clos de souligner deux événements marquants s'étant produits ces vingt dernières années. La crise des subprimes, qui s'est basée sur « une pratique spéculative dans le financement des logements pour les pauvres », a été le départ d'une crise financière qui a affecté bien d'autres domaines. Autre fait : « Le printemps arabe a été une révolte, une révolution urbaine des jeunes chômeurs. Et elle s'est propagée dans une région où il y a beaucoup d'inégalités, une accumulation de la pauvreté dans les villes, surtout des jeunes sans emploi ». Conclusion ?

« La mauvaise urbanisation est devenue un risque stratégique et il faut prendre des mesures au plus vite pour corriger cette tendance. »

L'alliance entre le public et le privé

Le Nouvel agenda urbain a invité l'ensemble des parties prenantes, à savoir les organisations internationales et régionales, les institutions financières, les banques régionales de développement ou encore le secteur privé, à renforcer la coordination de leurs stratégies et programmes de développement urbain.

À l'heure où il est question de la nécessité pour les villes de mettre les inégalités au rang des priorités, quelles responsabilités pour les entreprises ? Pour Emmanuel Faber, directeur général de Danone, « la question du lien entre la stratégie des villes et la contribution du secteur privé à l'élaboration et à la conduite de cette stratégie ne se pose même plus. L'agenda de Quito le dit très bien. La co-création et la nécessité pour aller au bout de l'inclusivité, de l'alliance entre le public et le privé, est une évidence. La question pour moi est comment aller plus loin ».

Tirant les enseignements de l'expérience de l' « action tank » Entreprise et pauvreté, qu'il a co-créée en 2010 avec Martin Hirsch - un incubateur qui cherche à développer par des entreprises des projets économiquement soutenables ayant un impact sur la réduction de la pauvreté - le patron de Danone a affirmé :

« Les zones urbaines sont des zones prioritaires de résorption des inégalités et c'est là que les entreprises sont le mieux placés pour participer à la conduite de politiques publiques. »

Inclure la dimension sociale dans les business modèles

Par ailleurs, « il y a véritablement un avantage éco-systémique, c'est-à-dire de mettre ensemble plusieurs entreprises autour de la table avec des acteurs sociaux, des municipalités, des conseils généraux, pour résoudre des problématiques » telles que la rénovation de copropriétés dégradées, la mobilité pour des personnes en recherche d'emploi, des questions d'insertion sociale... « Nous voyons bien que la présence de plusieurs entreprises, de plusieurs secteurs, permet de créer des solutions nouvelles », a estimé celui qui est connu pour sa prise de parole contre les inégalités. Autre conviction, « la résilience même des business modèles passe par l'inclusion de la dimension sociale ». Emmanuel Faber en est persuadé :

« L'initiative gouvernementale autour des contrats à impact social devrait être appliquée d'urgence au niveau des villes. »

Il y a, enfin, le rôle incontournable des acteurs financiers. Pour Pierre-René Lemas, directeur général du Groupe Caisse des dépôts, le rôle des banques de promotion de développement, au croisement du public et du privé, « est une bonne manière d'aider à avancer ». Et d'insister sur la collaboration de tous les acteurs :

« Qui fixe le chemin ? C'est l'équipe municipale. Mais elle n'avance qu'en tant qu'elle a des habitants derrière elle. Dans ce chemin-là, nous pouvons faire travailler l'ensemble des acteurs : les entreprises privées, les entreprises de services, et les entreprises et les institutions publiques. C'est ce que fait la Caisse des dépôts en France en essayant de mobiliser les acteurs du transport, du logement, de l'ingénierie, notamment urbaine, les acteurs du traitement des déchets, ceux de la mobilité urbaine, ainsi que tous les acteurs de la gestion urbaine. »

Par Natasa Laporte, 
correspondante de La Tribune à Cities for Life

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