La ville face à la perte du lien social

Natasa Laporte

Natasa Laporte
Le lien social de proximité est en train de se perdre dans les grands centres urbains. C'est le constat que dresse, en le déplorant, Carlos Moreno, président du Comité scientifique du Forum international de la smart city humaine, qui est intervenu lors d'une table-ronde à l'occasion du sommet mondial « pour des villes inclusives, innovantes et résilientes », organisé les 21 et 22 novembre par La Tribune et la Mairie de Paris. « Cette perte du lien social va entraîner aussi celle du lien intergénérationnel ». Un problème qui va de pair avec la distance qui est en train de s'établir non seulement entre les seniors et les jeunes, mais aussi entre les hommes et les femmes, analyse-t-il.
« La place des femmes sur le marché du travail, leur précarité, le fait qu'elles divorcent et qu'elles sont souvent en charge des enfants comme des tâches domestiques, font qu'elles n'ont pas le même usage de la ville que les hommes », estime pour sa part Hélène Bidard, adjointe à la Mairie de Paris chargée de l'égalité femmes-hommes, de la lutte contre les discriminations et des droits humains. Elle puise aussi dans une réflexion sur la lutte contre le harcèlement de rue :
« La ville de demain se construira de plus en plus à partir des usages » : c'est la conviction de Cécile Maisonneuve, présidente de la Fabrique de la Cité. Et les usages des jeunes générations ne sont pas forcément ceux qu'on pense. Le think tank créé à l'initiative du groupe Vinci autour du développement urbain a récemment mené l'étude « Les Millenials : une légende urbaine ? », dans laquelle il bouscule huit idées reçues sur ces jeunes nés entre les années 1980 et 1995. Sont-ils vraiment une génération urbaine ? À regarder de plus près, ils seraient plutôt péri-urbains. « Selon les statistiques américaines, les Millenials sont plus nombreux que la génération X dans les banlieues ». Ils n'aspireraient pas à devenir propriétaires ? Pourtant, 90% des Millenials aux États-Unis disent bien avoir l'intention de devenir propriétaires de leur logement, précise-t-elle.
Autre problématique, sur laquelle travaille Chris Blache, co-fondatrice de l'association Genre et Ville : « Comment construire l'espace public afin de permettre une flexibilité plutôt qu'une exclusivité d'usage ». La startup CetteFamille propose de son côté un réseau de familles pour accueillir des personnes âgées en perte d'autonomie. « Nous sommes à la croisée de l'intergénérationnalité, des questions de solidarité et des problématiques de logement », résume Agathe Pommery, co-fondatrice de la jeune pousse qui voit son dispositif mis en opeuvre de plus en plus dans les villes.
Par Natasa Laporte,
correspondante de La Tribune à Cities for Life
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