LA TRIBUNE DIMANCHE - Êtes-vous surprise par le succès des Jeux paralympiques ?
ÉGLANTINE ÉMÉYÉ - J'étais persuadée que cet événement allait bénéficier du succès des JO. Le mot n'est pas très joli, mais le handicap est à la mode dans les grandes entreprises ou à la télévision. Maintenant que c'est sous nos yeux, je constate que ce qui se passe est magnifique. Je suis allée dans des stades et des arenas remplis. Les gens ne viennent pas pour faire plaisir, mais par envie, pour voir du sport et des athlètes. Ils s'enthousiasment pour des femmes et des hommes en fauteuil roulant, qui ont un moignon de bras, pas de jambes... Ils hurlent de joie, sont derrière leur équipe, interpellent l'arbitre quand il y a une faute. On est uniquement dans le sport.
Quels bénéfices y voyez-vous ?
Les regards sont en train de changer. On s'habitue au handicap, et c'est génial. Plus on verra de personnes handicapées, plus on se rendra compte que ce n'est pas si terrible. C'est ce que nous montrent ces sportifs : dans leur situation, on peut être heureux, vivre, réaliser des exploits, se dépasser. On a tous envie de les prendre dans les bras et de leur dire qu'on les aime alors qu'habituellement on a spontanément une réaction de rejet. Parce que inconsciemment on craint trop que ça nous arrive. Mais aussi parce qu'on ne sait pas comment s'y prendre. Souvent, au premier abord, le handicap n'est pas beau.