Jean-François Daber, le fleuron de l’archet français
Yamina Tayeb
Yamina Tayeb
A la fin du XVIIIe siècle, l'archetier François-Xavier Tourte a l'idée de se servir du bois de Pernambouc pour réaliser des archets haut de gamme. Ce bois, exploité pour les teintures, est importé en grandes quantités en France à l'époque. Il présente l'avantage d'avoir une forte densité et d'être plus élastique, lui permettant d'étoffer sa gamme de notes de musiques, autrefois impossible.
En 1980, Jean Schmitt, célèbre luthier, décide de créer l'entreprise Jean-François Daber, à Lyon, afin de perpétuer le savoir-faire français. Aujourd'hui, la société est dirigée par Vincent Tricou et Gilles Saurais, archetiers, et ne produit que des archets haut de gamme. Mais l'archèterie française doit faire face à la concurrence mais aussi à l'épuisement des matières premières et se doit d'innover pour persister sur ce marché concurrentiel.
Le bois de Pernambouc utilisé dans la conception des archets vient de la côte Atlantique du Brésil, mais la déforestation massive a conduit les autorités à réguler l'exportation. Gilles Saurais, co-associé chez Jean-François Daber, se rend deux fois par an au Brésil afin de sélectionner le meilleur bois, celui qui fera un archet parfait :
A cela, s'ajoute des morceaux de bois d'ébène, également espèce protégée. Concernant le crin, les deux associés se rendent régulièrement en Mongolie, où les chevaux sont protégés de certains parasites grâce aux températures froides. Une fois le crin récupéré, il est envoyé en Chine et trié, un par un, afin de ne conserver que le meilleur. Un processus long et coûteux mais nécessaire pour atteindre le niveau haut de gamme propre à la maison Jean-François Daber.
« Pour devenir archetier, il faut dix années de formation, et pour être un bon archetier, il faut encore dix années d'expérience » souligne Gilles Saurais. Mais il n'existe plus qu'une seule formation préparant à ce métier en France et pour l'associé « il est voué à disparaître d'ici une vingtaine d'années ». La clientèle japonaise de l'entreprise s'inquiète de la situation car le savoir-faire français est le meilleur en matière d'archets.
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Pour continuer à apporter une plus-value, Gilles Saurais et Vincent Tricou travaillent depuis sept ans sur la réalisation d'un archet hybride, composé d'une tige de bois recouverte par de la fibre de carbone tressée. « Pour fabriquer un archet, même bas de gamme, il faut minimum 10h de travail, ce qui représente du temps et de l'argent. Avec cet archet hybride, dont toutes les capacités musicales sont conservées, nous aimerions réduire ce temps à une heure afin de passer à une industrialisation plus importante » précise Gilles Saurais.
Pour pouvoir continuer à faire vivre Jean-François Daber, la société ne compte plus que les deux associés et un employé et a réduit son marché uniquement au haut de gamme, Son chiffre d'affaire devrait passer de 500 000 euros en 2013 à 150 000 en prévision pour 2014.
Yamina Tayeb
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