Le logiciel libre est-il un outil adapté aux entreprises ?
Eva Thiébaud
Eva Thiébaud
Rue Dedieu, Charpennes. Un local un peu encombré, plusieurs postes de travail, des cartons. Voici les bureaux de DBM Technologies, une entreprise de conseils et de prestations informatiques spécialisée dans « les solutions libres ». L'utilisation de ces logiciels, leur modification et reproduction sont permises, techniquement et légalement. Ils s'opposent aux solutions dites « propriétaires » qui verrouillent l'accès et la modification du code source et interdisent la distribution de copies. Intérêt pour les entreprise : des solutions souvent plus adaptées aux besoins, et des économies potentielles sur les licences ou la maintenance.
Franck Brunet, cofondateur de DBM Technologies, explique pourquoi il privilégie des solutions libres, notamment pour les serveurs :
Créée en 2001, la société a commencé à décoller en 2006. Depuis, elle grossit régulièrement, et se compose aujourd'hui d'une dizaine de personnes, pour un chiffre d'affaires de 800 000 euros. « Je n'essaie pas d'évangéliser, ajoute le chef d'entreprise. Souvent, nos clients ne savent pas qu'ils utilisent du libre. Mais lorsqu'on me demande pourquoi tout marche si bien, alors j'explique. »
DBM Technologies n'est pas un OVNI ; en Rhône-Alpes, d'autres sociétés proposent des solutions informatiques libres pour entreprises. En 2011, elles se sont regroupées au sein du PLOSS-RA, qui réunit les entrepreneurs du Logiciel Libre, de l'Open Source, et les Entreprises du Numérique Libre (ENL). Représentant environ 400 salariés, il s'agit majoritairement de petites entreprises de moins de 10 salariés, jeunes (moins de 10 ans), voire très jeunes (moins de 5 ans). « Nous parlons de "coopétition" -collaboration opportuniste d'acteurs économiques par ailleurs concurrents. Au sein du PLOSS, celle-ci permet une mutualisation de la communication et la création de collaborations. » précise François Aubriot, président de l'association.
François Aubriot gère par ailleurs DotRiver société qui offre des solutions de virtualisation. Les utilisateurs disposent uniquement d'un terminal, tandis que toute l'information est stockée sur un serveur externalisé. Le tout en mode libre. « L'idée ? Transformer une économie d'acquisition, de possession, en économie d'usage. » dévoile le dirigeant. Sa SARL a connu des hauts et des bas depuis sa création en 2008. Elle embauche aujourd'hui 9 salariés. Fin 2014, elle s'est associée avec la société New Generation SR, et espère plus que doubler son chiffre d'affaires en 2015 pour atteindre 400 000 euros.
Open DSI fait aussi partie de ces nouvelles entreprises du libre à Lyon. Depuis 2012, cette petite structure -3 équivalents temps plein- propose du conseil, ainsi que la mise à disposition d'un responsable informatique. Si le chiffre d'affaires a stagné entre 2013 et 2014 à 240 000 euros, la part correspondant au libre a quant à elle augmenté, passant de 30 à 50 %. Quand on lui demande quelles limites il voit aux logiciels libres, Philippe Scoffoni détaille :
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Qu'en disent ses clients ? Guillaume Bard dirige Preventiv. Depuis six ans, épaulé par quatre sous-traitants, il accompagne les entreprises et les collectivités dans le domaine de la sécurité et de la santé au travail. Il y a six mois, il fait appel à Open DSI : il a besoin de stocker, de partager, et d'accéder à distance à ses données, ainsi que d'un logiciel de facturation et de gestion de clients. Open DSI lui soumet une solution OwnCloud pour le stockage et l'accès à distance, et Dolibarr pour la gestion professionnelle. Son premier retour d'expérience s'avère plutôt positif :
Situation presque équivalente chez Innovativ Competence Group (ICG), qui conseille les entreprises en matière de propriété intellectuelle industrielle. Courant 2008, le GIE -qui compte une quinzaine de personnes- fait appel à la solution de virtualisation DotRiver, pour éviter la maintenance et les éventuels dysfonctionnements d'un serveur local. « Nous sommes globalement contents, livre M. Guérin, membre du comité de direction. On ne cherche pas forcément un gain financier, mais des fonctionnalités. La solution est évolutive, viable, sécurisée et performante. Quant au temps d'apprentissage, nous l'avons jugé raisonnable. »
Au centre-ville de Lyon, Le Grand Café des Négociants a aussi opté pour une solution DotRiver. Serge Schneider, directeur de salle, semble satisfait : « Le système a été mis en place il y a à peu près quatre ans sans problème particulier. »
Les solutions libres touchent également les associations. Depuis dix ans, les missions locales de Lyon sont accompagnées par DBM Technologies. Un siège et cinq antennes : soixante-dix salariés sont concernés. « Au départ, nous avions besoin d'une sauvegarde des données. La solution serveur de DBM s'est montrée la plus économique. » raconte Tahar Dechache, responsable informatique. Puis, petit à petit, le libre s'étend au serveur mail, aux serveurs locaux de stockage, à la téléphonie. « En téléphonie, la solution propriétaire que nous utilisions était chère et peu adaptable. Nous avons changé pour un système de téléphonie en IP avec logiciel Asterisk.Très modulable, il s'adapte facilement à nos mouvements et besoins. Pas de licence et une maintenance très limitée : je pense que l'économie se chiffre à plusieurs milliers d'euros par an. Selon moi, les solutions libres que nous avons adoptées n'ont que des avantages.» conclut-il.
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Toutefois, de l'aveu même des professionnels du logiciel libre, il est difficile de quantifier globalement les économies réalisées par une entreprise qui passe à ce type de solutions. L'impact dépend de la taille, du secteur d'activité et aussi du nombre de salariés.
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