Enseignement supérieur : Emlyon n'a plus de patron
Denis Lafay

Photo d'illustration
Ayoub Gouach Photographe
Denis Lafay

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Ayoub Gouach Photographe
C'est un coup de tonnerre qui s'abat sur le célèbre établissement d'enseignement supérieur, qui avait déjà connu, en 2012, une déconvenue du même ordre : succédant au controversé Patrick Molle, Philippe Courtier n'avait occupé le strapontin que quelques mois, avant que le président Bruno Bonnell ne fasse appel à Bernard Belletante. Lequel, formant un tandem de choix avec l'ambassadeur français de la robotique et actuel député LREM, avait lui-même désigné en 2018 son remplaçant Tawid Chtioui, alors aux commandes du campus d'emlyon, à Casablanca.
La passation de pouvoir s'était effectuée le 1er avril, et depuis les relations entre le duo initial et le jeune quadragénaire s'étaient brutalement dégradées, au point que Bernard Belletante, alors promis à piloter la naissance du futur campus dans le quartier de Gerland (30 000 m2 à horizon 2022), et Bruno Bonnell, avaient mis fin à leurs responsabilités au début de l'automne.
Ce cuisant échec managérial a pour théâtre la transformation du capital et de la gouvernance, depuis que le fonds Qualium Investissement est entré presque concomitamment dans la danse. Avec l'appui de Bpifrance, la levée de fonds réalisée par Qualium a atteint 100 millions d'euros, et son président Jean Eichenlaub - qui n'a pu répondre à notre demande d'entretien hier soir - a pris les commandes du conseil de surveillance d'Early Makers Group, holding du groupe emlyon. C'est à lui, et aux représentants de la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne, qu'est revenue la décision de trouver un accord de départ avec Tawid Chtioui, au motif, selon nos informations, de divergences stratégiques.
Partisans et détracteurs de ce dernier se font face et affûtent leurs armes dans ce qui s'apparente à une guerre de tranchées. Les premiers, à l'instar du représentant des salariés au conseil de surveillance, des élus du CSE (comité social et économique), ou du conseil de corporation des associations étudiantes, égrènent des témoignages dithyrambiques, qui mettent en exergue "sa capacité de dialogue", son "implication qui a assuré l'adhésion des différents corps de personnel et des étudiants", la qualité de "sa vision, de son management et de son dévouement" grâce à laquelle "un climat positif a été re-créé", son engagement en faveur de la RSE - "tolérance et diversité culturelles, égalité hommes-femmes" - et la "cohérence de ses valeurs humaines et sociétales" dans un contexte d'écosystème pourtant miné "d'injonctions paradoxales".
En face, on stigmatise un exercice autocrate et "populiste" du pouvoir, le mépris des instances de gouvernance, un comportement "déloyal" à l'égard de son prédécesseur et "très dur" vis-à-vis de figures iconiques du corps professoral, une gestion dispendieuse, la volonté de bouleverser l'organigramme, la composition du comité de direction, et certains fondamentaux de l'établissement. D'aucuns évoquent même de possibles conflits d'intérêt.
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Et la violence des confits humains n'est pas prête de cesser, certaines d'entre elles pourraient d'ailleurs se régler au tribunal.
Reste un point sur lequel les parties prenantes semblent s'accorder : la contribution critiquable d'un tel fonds d'investissement au développement stratégique d'une business school d'excellence - 110 millions d'euros de budget pour un résultat d'exploitation de 4 millions d'euros en 2018 promis à décliner en 2019, 550 salariés dont 150 professeurs permanents, 6 500 étudiants en formation initiale et 5 000 cadres en formation continue.
En d'autres termes, l'incompatibilité des exigences : celles de rentabilité inhérentes au fonds avec celles du "métier éducationnel" propre aux établissements en compétition dans la "cour des grands".
A ce jour, selon plusieurs sources, les décisions d'affectation des nouveaux moyens financiers n'ont toujours pas été accomplies ou feraient l'objet de revirements, comme l'illustrerait la création ajournée de l'Ecole de l'intelligence artificielle.
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Et c'est peut-être cette inquiétude qui domine toutes les autres - remplacement de Tawid Chtioui, pilotage des chantiers et du nouveau campus de Gerland, etc. -, dans un contexte de concurrence européenne et mondiale enflammée.
Denis Lafay
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