Santé au travail : le CHU de Grenoble dévoile son plan d'action
Marie Lyan

CHU Grenoble
M.Lyan
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La direction avait jusqu'ici refusé de s'exprimer dans les médias. C'est désormais dans une posture unifiée, entourée non seulement des représentants du conseil de gouvernance et plusieurs élus que la directrice du CHU de Grenoble, Jacqueline Hubert, a présenté, aux côtés de Jean-Pierre Zarski, président de la Commission Médicale d'Etablissement (CME), les grandes lignes de son "plan d'action pour l'amélioration de la qualité de vie au travail".
Cette dernière parle d'une réflexion "participative", dans laquelle tous les corps de métiers ainsi que les instances de représentation du personnel ont été entendues. "Quatre groupes pluridisciplinaires ont ensuite priorisé les mesures à prendre et ce plan a reçu l'aval du CHSCT ainsi que de l'ensemble des représentants syndicaux", a avancé la directrice, qui affirme s'être rendue compte "d'un plus grand besoin de proximité".
Parmi les éléments annoncés à l'issue de cette concertation, envoyée en copie à la ministre de la Santé Agnès Buzyn, figure la mise en place d'une cellule d'alerte concernant les risques psychosociaux, ainsi que d'une cellule d'intervention sur le terrain, qui ont toutes deux été déployées.
Le CHU de Grenoble s'est également engagé à former des médiateurs pour résoudre en interne les situations de crise en amont. "Une personne est déjà en place tandis que 13 autres personnes, issues de plusieurs catégories professionnelles, ont fait acte de candidature en interne pour se former", a précisé Jean-Pierre Zarski.
La création d'un baromètre de la qualité de vie a également été annoncé, "comme cela existe déjà en entreprise", afin d'écouter les différents services.
La direction du CHU souhaite également revoir son volet de la formation continue afin que les praticiens accédant à des postes de managers soient formées à leurs nouvelles fonctions.
Cette dernière a également prévu de rétablir les conseils de services, en vue de gérer les problématiques qui peuvent se poser entre le personnel médical et paramédical.
Pour le doyen de la Faculté de médecine Patrice Morand, cette réflexion doit également aller plus loin en s'accompagnant d'engagements sur la formation des jeunes médecins, "qui doivent apprendre au sein du premier cycle à travailler en équipe de manière pluridisciplinaire".
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Pour autant, Jean-Pierre Zarski estime que les effets de ces évolutions ne se feront pas sentir "avant 6 à 12 mois" afin de retrouver la confiance.
Sur le plan des opérations, la direction a mis en avant plusieurs actions à mener : améliorer son rythme et sa capacité d'approvisionnement (afin que les services ne soient plus en situation de tension), accélérer la mise en place de l'informatisation des dossiers patients dans les douze prochains mois, mais aussi doubler la taille de son pool de personnel dédié à assurer les remplacements, afin d'exercer moins de pression sur les effectifs actuels.
Si Jacqueline Hubert a concédé que ces mesures représentaient "quelques risques financiers supplémentaires", elle se refuse à ouvrir les vannes des investissements à tout crin.
Enfin, la mise en place d'un outil informatique commun ("common center") dédié à la gestion des lits vacants pour le service des urgences a également été accéléré. "Ceci faisait l'objet d'un séminaire qui devait avoir lieu en fin d'année, mais nous avons décidé d'en accélérer le déploiement".
Emblème malheureux de cette crise, le dossier des deux endocrino-pédiatres en burn-out a été soulevé lors des échanges par Jean-Pierre Zarski, qui a admis "une défaillance malheureuse" au sein du système d'alerte et une absence de remontée de la base vers la direction, habituellement réalisée via les chefs de service et de pôle.
Pour autant, la direction du CHU a aussi pointé du doigt de fortes contraintes budgétaires ainsi que les efforts qui sont demandés aux CHU, notamment dans la gestion des maladies chroniques, de plus en plus nombreuses.
Du côté des représentants syndicaux, les réactions se sont révélées prudentes.
Jean-Michel Roblet, représentant CFDT, a insisté sur "la nécessité d'ouvrir un espace de dialogue avec les agents, qui n'est aujourd'hui pas possible en raison de la pression permanente sur les horaires. Le personnel n'a pas encore totalement perçu le changement, avec des cellules qui sont en train de se mettre encore en place". Ce dernier a également souligné la nécessité de prendre un temps pour expliquer aux équipes les fondements de ce plan aux équipes.
Isabelle Silva, déléguée UNSA et élue au CHSCT, a rappelé qu'un certain nombre de salariés se trouvaient encore aujourd'hui en situation de crise. "On a reçu, lors d'une réunion qui s'est tenue récemment avec l'intersyndicale, des gens en colère qui ne se sentaient pas entendus par les cadres et pas reconnus dans leur travail au quotidien".
Selon Pierre Garcin, secrétaire du Comité Technique d'Etablissement (CTE) et représentant du syndicat Défis, la maladie dont souffre le CHU de Grenoble prend sa source dans son planning : "On nous a annoncé un doublement du pool de remplaçants, mais celui-ci ne comprend pas des représentants de tous les corps de métiers". L'un des plus gros problèmes des soignants réside encore selon lui dans le fait que les salariés sont incapables de planifier ce qu'ils vont faire le week-end suivant.
Il confirme cependant que le dialogue a bien repris entre les représentants du personnel et la direction au cours des derniers mois, tout en glissant : "On ne peut pas dire que la direction ne se bat pas pour la maison, mais elle est tombée de haut car ils étaient trop éloignés du terrain".
Marie Lyan
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