A Lyon, sur les traces des traders de baskets
Daphné Gastaldi (collectif We Report)
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"Quand il ne reste que des petites tailles en magasin, je les prends quand même parce que ça se revend bien en Asie", s'amuse Charles. Derrière des lunettes en écailles, ce Lyonnais de 18 ans, prêt à attendre des heures devant un magasin pour la sortie d'un modèle rare, raconte sa passion pour les sneakers, ces baskets devenues des incontournables de la mode. S'il reste discret sur la valeur de sa collection, il partage volontiers ses expériences de petit revendeur.
Face au boom du marché, une communauté de resellers s'est formée en parallèle, avec un vocabulaire propre et ses réseaux en ligne. Il y a les plus expérimentés avec un carnet d'adresse international et des pré-commandes assurées avant la sortie d'une édition limitée, et les amateurs, plus jeunes, qui essayent de revendre coûte-que-coûte leurs chaussures à des prix dépassant largement celui d'origine. Mais tout le monde ne peut s'improviser revendeur et nombreux sont ceux qui ne font que de faibles plus-values. Un petit business pas toujours lucratif lorsque l'on sait les nuits passées à "camper" devant les magasins ou la sueur versée lors d'une chasse au trésor organisée par tel ou tel concept store. Charles, lui, s'étonne encore d'avoir vendu des paires au Qatar ou en Chine.
A ses côtés, son complice Hadrien plonge sur son téléphone. Casquette enfoncée sur la tête, cet étudiant consulte le site StockX, ses courbes, l'indication des prix moyens ou encore la volatilité du marché sur chaque paire. C'est la bourse des sneakers. D'autres préfèrent consulter le site Flightclub, un concept store new-yorkais devenu une référence. Les chaussures les plus convoitées sont celles provenant de deadstocks, c'est-à-dire les paires neuves jamais portées, ou encore les modèles vintage, conservées sous-vide par certains puristes. « C'est comme une voiture, il y a une cote !", s'exclame Hadrien.
Au hasard des recherches, on découvre une paire, au nom mystique de "Jordan 1 Retro High OG Spike Lee Fort Green", vendue jusqu'à 2600 dollars, soit huit fois son prix d'origine. Un exemple à suivre pour ces spéculateurs en herbe. Mais c'est surtout sur les réseaux sociaux qu'on trouve les meilleures informations et de nouveaux clients, comme sur La ligue de la sneaker, Troc sneakers ou The drop date. Quand les revendeurs ne passent pas directement par les sites de vente en ligne Ebay ou Goat.
Daphné Gastaldi (collectif We Report)