Isabelle Mejean : « Diversifier les approvisionnements est la solution pour lutter contre la dépendance »
Propos recueillis par Lysiane J. Baudu
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Marie-Amélie Journel
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Isabelle Mejean : On entend effectivement beaucoup parler de relocalisation, mise en avant comme un remède aux fragilités de la mondialisation. Mais on oublie souvent d'expliciter quels sont les maux de la mondialisation - et ils existent - que l'on souhaite traiter en relocalisant. On ne relocalise pas les mêmes activités pour traiter d'un manque de compétitivité, d'une trop forte dépendance à certains pays ou de problèmes environnementaux. Une fois l'objectif connu, il est plus facile de définir quels outils de politique économique sont les plus adaptés, la politique industrielle ciblée - ou relocalisation - en étant un parmi d'autres.
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Isabelle Mejean : Oui, à l'occasion de cette pandémie, les critiques ont d'abord porté sur le sentiment d'une trop forte dépendance de l'économie française à la production étrangère, pour les masques et autres. Tout d'abord, il est utile de bien spécifier la dépendance dont on parle. L'OMC a identifié environ 80 produits nécessaires à la lutte contre la pandémie, matériel de protection mais aussi matériel médical et médicaments. Quand on examine les chiffres du commerce mondial, on réalise que, pour environ la moitié de ces produits, l'Union européenne est le premier exportateur mondial, tandis que la dépendance vis-à-vis de l'Asie porte quasi exclusivement sur le matériel de protection - masques, gants, etc. En effet, l'Union européenne, et la France en son sein, a une spécialisation historique forte sur les produits pharmaceutiques et le matériel médical. Et de fait, un certain nombre de pays émergents ont émis des inquiétudes concernant l'accès aux médicaments et, quand il existera, au vaccin, dans un contexte de très forte dépendance de leurs économies aux produits pharmaceutiques européens et américains. Ces interdépendances sont une conséquence naturelle de la mondialisation, qui conduit les pays à se spécialiser. Cette spécialisation est une source de gains et de croissance pour les pays qui y participent. Elle peut aussi représenter un risque dans un contexte de tensions protectionnistes ou géostratégiques.
Propos recueillis par Lysiane J. Baudu