Compte tenu de la situation actuelle, voyez-vous le tourisme ou le voyage repartir à l'avenir sur de nouvelles bases ?
Jean-François Rial Non, du moins pas tout de suite. Une fois la pandémie maîtrisée, les activités, que ce soit pour les voyages ou les vacances, vont repartir comme avant, et de plus belle, même, ne serait-ce que parce qu'il y a eu une telle frustration accumulée pendant les confinements que les gens vont vouloir consommer à tout prix. On le voit aux États-Unis où, à la faveur de la vaccination massive, les réservations pour les voyages intérieurs ont déjà retrouvé leur niveau de 2019. Et cette frénésie pourrait durer deux ou trois ans. Autant dire qu'il n'y aura pas de « grand soir » dans l'industrie touristique ! Cela dit, après cette période, les activités vont progressivement évoluer et devenir plus respectueuses de l'environnement, puisque c'est bien là la clé. Pour cela, il ne faudra pas compter que sur les consommateurs eux-mêmes. Certes, ils sont de plus en plus soucieux d'écologie et la pandémie, en liant coronavirus et empiétement toujours plus grand des humains sur la nature, a accru leur sensibilisation. Mais ils ne sont pas encore prêts à en assumer les conséquences. Leurs choix s'établissent selon différents critères : l'écologie, peut-être, mais aussi la qualité du service, notamment. Même chose pour les voyagistes. Ils s'intéressent à l'environnement, mais pas assez. Et ne prennent pas encore en compte la préservation de la biodiversité, par exemple. Il va donc falloir en passer par des réglementations, qui vont se mettre progressivement en place à mesure que des pouvoirs écologistes émergent, un peu partout en Europe et dans le monde. Ainsi, je suis persuadé qu'à moyen terme, ce que fait Voyageurs du Monde, en plantant des arbres pour absorber les émissions de carbone liées à ses activités aériennes, cela sera légiféré par les États, de même que l'utilisation des sols ou la biodiversité. D'ailleurs, il y a déjà de plus en plus de législations en ce sens. Et cela va s'accélérer. De quoi nous faire espérer que progressivement, le visage des vacances et des voyages change et que ces activités fonctionnent, effectivement, sur de nouvelles bases. Ainsi, sur les voyages, l'aérien intégrera le coût écologique. De même, alors que nous assistions depuis 15 ans à un raccourcissement de plus en plus marqué de la durée des voyages lointains - on part en Inde pour 9 jours, voire une semaine, au lieu d'un mois dans les années 1970 - ce phénomène s'est arrêté. Les voyages vont se rallonger. Et sur un voyage de 15 à 20 jours, au lieu de faire une quinzaine d'étapes, on n'en fera qu'une demi-douzaine, dans le but de passer davantage de temps à chaque endroit. Quelque chose de plus local, en somme. En outre, pour les destinations plus proches, on ne prendra plus l'avion. Enfin, nous allons, je l'espère, progressivement sortir du tourisme de masse. Imaginez : 95 % des gens vont sur 5 % de la planète ! Il y a quand même moyen d'aller ailleurs ! Il ne s'agira plus de se concentrer à un seul endroit. Les vacances resteront abordables, mais seront plus étalées dans l'espace et le temps. Certes, pour certains qui ne peuvent partir que pendant les vacances scolaires, l'étalement dans le temps est plus difficile, mais l'étalement dans l'espace, lui, est tout à fait possible. Il vaut mieux avoir dix hôtels répartis sur 100 kilomètres carrés que dix hôtels sur un kilomètre carré. Et il faut en finir avec les dommages infligés aux parcs naturels pour construire des complexes hôteliers et avec les paquebots de 5 000 passagers qui polluent les écosystèmes marins. Ce tourisme de masse n'est bon ni pour la planète - les sols, les ressources en eau, la biodiversité, les animaux -, ni pour les habitants sur place, ni même pour les touristes eux-mêmes, qui sont plus des numéros que des voyageurs.