L'aventure commence parfois au coin de la rue. En ce jour de grand soleil, nous ne prenons ni l'avion, ni le bateau, nous nous rendons simplement à Marly-le-Roi, en banlieue parisienne, par le chemin routinier dessiné par les routes nationales. Curieux endroit pour démarrer une histoire du tourisme à travers les âges, me direz-vous... Et pourtant ! Fidèle à son image de baroudeur, c'est Hugues Aufray qui nous accueille chez lui. Depuis des décennies, son nom est synonyme d'appel du large, d'évasion, de liberté. Pour toute une génération, Aufray est ce bel hidalgo charismatique au regard perçant qui, quand il ne largue pas les amarres, galope sur un fier cheval blanc. Autrement dit, une image d'Épinal du voyageur ! Entre deux cafés, le chanteur nous confie pourtant un secret : « L'idée de l'Ailleurs, je l'ai surtout rêvée puis chantée. En vérité, j'ai moins bourlingué que d'autres artistes ! » Notre homme est ici bien modeste... Car de l'Espagne de son enfance à ses virées en Amérique en passant par une France sillonnée d'est en ouest et du nord au sud au gré de ses tournées, il aura, toute sa vie, été happé par l'appel de la route façon Dylan et Kerouac. Au point d'en avoir fait le fantasme de toute une génération grâce à des tubes connus de tous : Santiano, Hasta Luego, La Chanson de Robinson. Finalement, Aufray dit tout de notre envie de grands espaces, de cette perpétuelle euphorie du départ qui, en dépit du temps qui passe, continue de nous plaire. C'est qu'à l'heure de la Covid-19, vissés sur les sièges de nos bureaux, les yeux rivés sur les mille écrans qui peuplent désormais notre quotidien, nous rêverions, nous aussi, de prendre le large ! De renouer avec l'élan ancestral des explorateurs repoussant les limites du monde connu, des aventuriers en quête d'évasion, des ouvriers en quête de farniente ensoleillé une fois venus les congés payés. Si le tourisme promet de changer dans le monde d'après (nous le verrons d'ailleurs en détail tout au long de ce numéro), une certitude apparaît nettement : de l'Antiquité à nos jours, notre propension au déplacement demeure intacte. Interrompue certes, mais bientôt réactivée. En route, donc, pour un grand voyage à travers l'histoire du tourisme à travers l'Histoire !