Isabelle Autissier : "« Si l’océan était un pays, ce serait la cinquième puissance économique mondiale »
Propos recueillis par Lysiane J. Baudu
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Votre vie de navigatrice a été placée sous le signe de la course et de la vitesse. Il semble que vous ayez choisi de ralentir... Faites-vous désormais l'éloge de la lenteur ?
Isabelle Autissier Du fait que j'ai arrêté la course au large, j'ai eu envie de me construire une autre activité professionnelle et, en blaguant, je disais que je voulais aller le plus lentement possible ! D'ailleurs, je me souviens passer le Cap Horn en course et penser : voici un endroit où j'aimerais passer du temps, rester au mouillage quelques jours, afin de découvrir les criques et le reste de la Patagonie. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait ensuite. Mon bateau actuel, un vieux voilier que j'ai depuis plus de 15 ans, est très sûr, mais pas du tout rapide.
Mais quel est votre rapport au temps, exactement ? A-t-il changé avec le confinement ?
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I.A. Pas avec le confinement. Lorsqu'on est à la voile, on a un rapport au temps complètement différent. J'emmène parfois des artistes, des scientifiques, des sportifs sur mon bateau et cela m'amuse beaucoup de voir combien certains sont exaspérés parce qu'on n'avance pas. Avec des vents contraires, on peut même reculer ! Lorsqu'on est sur un bateau, c'est un autre temps, celui de la mer, de la nature. Ce n'est pas un rapport à la montre. Cela n'importe pas que ce soit le jour ou la nuit, que ce soit dimanche ou lundi. Ce n'est pas le temps qui passe qui est important, mais le temps qu'il fait ! Et s'il faut rester quelques jours de plus en mer, vous vous imaginez bien que je ne suis pas malheureuse ! Enfin, même si, ces 10 ou 15 dernières années, j'ai été très active, donc très accrochée au temps, j'aime bien m'accorder une pause. D'ailleurs, lorsque je pars sur mon voilier, fin juin, je mets un enregistrement sur mon téléphone en disant que je ne consulterai pas mes messages avant septembre. Même si parfois, à l'approche des côtes, je peux avoir du réseau, je ne me sers pas de mon téléphone. C'est très bien comme cela. Je suis dans un univers marin. Et j'ai besoin de cette respiration, sinon, j'aurais du mal lorsque je reviens à terre et que je reprends mes autres activités. Je crois que les gens s'aperçoivent désormais qu'ils ont aussi besoin de cette respiration. À la faveur du premier confinement, certains ont découvert le temps. De façon agréable ou non, d'ailleurs. Mais ils étaient chez eux et le temps ne passait plus de la même façon. Et cela va sans doute rester dans un coin de leur tête. À l'issue de la pandémie, certains vont reprendre leurs activités comme avant, mais pour d'autres, je crois que cela aura été déterminant.
Propos recueillis par Lysiane J. Baudu