Un analyste discret au coeur de la tourmente Facebook

L'analyste de Morgan Stanley qui a réduit ses prévisions en plein "road-show" du réseau social, quelques jours avant l'introduction, est un professionnel respecté. Il est pointé du doigt dans la polémique en cours sur l'équité d'information entre les investisseurs.
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Scott Devitt. Son nom ne vous dit probablement rien. Cet analyste financier américain de 39 ans, plutôt discret, se retrouve au c?ur de la polémique sur l'introduction de Facebook qui vaut déjà plusieurs attaques en « class action » à son employeur Morgan Stanley. Scott Devitt est l'expert qui suit les valeurs Internet chez la banque américaine depuis trois ans. Il fait partie de la poignée d'analystes qui ont réduit leurs prévisions de chiffre d'affaires et de croissance sur Facebook en plein « road-show », la tournée de présentation aux investisseurs avant l'entrée en Bourse. Plutôt inhabituel et risqué pour les uns, plutôt courageux pour les autres. Ces abaissements de prévisions ont été communiqués par téléphone à quelques grands institutionnels mais pas tous les clients de la banque, ce qui vaut à Morgan Stanley, le chef de file de l'opération, la plus grosse jamais réalisée dans le secteur Internet, ces attaques judiciaires.

Une longue expérience d'introductions

Son profil sur le site LinkedIn en dit long sur son expérience : « Scott a été impliqué dans le processus d'introduction en Bourse d'Ancestry.com, de Demand Media, Groupon, HomeAway, LinkedIn, Mail.ru, Millennial Media, Pandora Media, Yandex, Zynga, entre autres. » Et donc Facebook. Pas que des succès flamboyants assurément. Scott Devitt a dû prendre la lourde succession de l'analyste star Mary Meeker, surnommée « la reine de l'Internet » par le magazine Barron's, partie en 2010 rejoindre le célèbre fonds de capital-risque de la Silicon Valley, Kleiner Perkins Caufield & Byers. Qualifiée de « l'une des dix personnes les plus intelligentes dans la high tech » en 2010 par le magazine « Fortune », Mary Meeker avait participé à l'introduction de Netscape et a très tôt conseillé de miser sur des valeurs comme Amazon, eBay et Google.

Un prudent au pays des« bullish »

Scott Devitt est d'un naturel plus discret, selon l'agence Reuters, qui vient de lui consacrer un long portrait fouillé, intitulé « un homme sobre dans un monde de battage médiatique. » Les photos de lui sont rares. Marié, père de trois enfants, cet heureux propriétaire d'une maison de 400 m2 dans le New Jersey, qui prend le bus chaque jour jusqu'à Manhattan, pour se rendre à Wall Street, « n'est pas dans son élément à New York, la famille compte beaucoup pour lui » rapporte un proche cité par Reuters. Fan de l'investisseur milliardaire Warren Buffett, qui a pourtant peu de goût pour les valeurs Internet, Scott Devitt aurait même inscrit sur sa plaque minéralogique « In Berkshire Hathaway we trust » (du nom de la société de Buffett). Il a la réputation d'un prudent au pays des « bullish », des analystes ultra-enthousiastes pour des valeurs aux parcours souvent météoritiques dans le monde de l'Internet, ce qui semble lui avoir réussi.

Le troisième meilleur analyste du secteur Internet

En 2011, il a été classé troisième meilleur analyste du secteur Internet dans l'étude sur les équipes de recherche actions aux Etats-Unis du magazine «Institutional Investor. » Il s'est illustré à plusieurs reprises par des prises de position plutôt discordantes pour son employeur. Par exemple, en adoptant des recommandations « neutres », et non d'achat, sur des valeurs tout juste introduites par Morgan Stanley comme Groupon. En 2005, alors qu'il travaillait pour un autre courtier, Legg Mason (racheté depuis par Stifel, Nicolaus & Co), il déconseilla à celui-ci de garantir l'introduction du distributeur Buy.com : il ne fut pas suivi mais l'opération fut abandonnée. On attend de voir quelle sera sa recommandation sur Facebook lorsque la banque chef de file de l'opération sera en droit d'en publier une, 40 jours après l'introduction. Moins de deux semaines après sa première cotation, le titre « FB» a chuté de près de 11 dollars, autour de 27 dollars jeudi à 2 heures de la clôture, soit 22 milliards de dollars de capitalisation boursière évaporés. De quoi peut-être en faire bientôt une opportunité d'achat.

Le patron de LinkedIn philosophe, celui de Facebook reste muet

Interrogé sur les débuts calamiteux de Facebook en Bourse, Jeff Weiner, le patron de LinkedIn, le réseau social pour professionnel introduit en Bourse par Morgan Stanley il y a un an, et qui peut se féliciter d'avoir un cours resté bien au-delà de son prix d'introduction, s'est montré philosophe. « La plupart des gens se souviennent du temps qu'il faisait le jour de leur mariage, mais je ne crois pas que cela ait une influence sur la réussite ou la santé de leur couple » a-t-il observé, lors d'une interview à la conférence D10. Le président exécutif de LinkedIn, Reid Hoffman, a confié de son côté qu'il ne vérifiait le prix de son action pas plus d'une fois par mois, préférant se concentrer sur le développement de son entreprise. Mark Zuckerberg, le cofondateur et patron de Facebook, ne s'est pour l'instant pas exprimé sur le cours de son action depuis cette introduction aussi historique par sa taille et son buzz que sa dégringolade.
 

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