Orange n'exclut pas de sortir de certains pays d'Afrique

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Stéphane Richard au show innovation hello du groupe Orange le 7 novembre dernier.
Stéphane Richard au show innovation "hello" du groupe Orange le 7 novembre dernier. (Crédits : DR)
Objectif fixé dans le plan Conquêtes 2015 de Stéphane Richard, le renforcement de l’opérateur dans les pays émergents n’est plus du tout une priorité. Orange vient de céder son activité en République dominicaine pour plus d’un milliard d’euros et pourrait vendre des actifs déficitaires en Afrique.

« La République dominicaine est extrêmement profitable. C'est le début du démantèlement, pour faire rentrer du cash » s'inquiète un cadre d'Orange, qui ne craint pas de verser dans le catastrophisme. L'opérateur vient en effet d'annoncer la vente de sa filiale dominicaine, pour plus d'un milliard d'euros, à Altice, le fonds de Patrick Drahi, le premier actionnaire de Numericable (40%), qui est déjà présent dans les Caraïbes où il a racheté Outremer Telecom en juin dernier. Orange Dominicana, qui a réalisé 451 millions d'euros de chiffre d'affaires l'an dernier, emploie 1.400 personnes et compte 3,4 millions de clients mobiles à fin septembre, est « une filiale isolée géographiquement de nos autres activités à l'international » a récemment justifié le PDG d'Orange, Stéphane Richard. Mais cette vente ne sera pas forcément isolée. « Orange n'écarte pas la cession d'actifs déficitaires, pour participer à la baisse des coûts » indiquent les analystes d'Oddo, dans une note à leurs clients à l'issue de réunions avec l'opérateur et des investisseurs. Y compris en Afrique, où des désengagements ne sont plus tabous, ce qui constituerait un revirement stratégique.

L'objectif de 300 millions de clients en 2015 ne sera pas tenu

En effet, à l'été 2010, Stéphane Richard déclarait qu'il voulait « doubler le chiffre d'affaires dans les pays émergents d'ici à 2015 » : c'était l'un des quatre piliers de son plan stratégique Conquêtes 2015. Une priorité du patron de l'ex-France Télécom qui avait l'ambition de passer de 200 à 300 millions de clients dans le monde, en pariant sur les pays « à fort levier d'acquisition de nouveaux clients et de croissance : région Afrique Moyen-Orient et Asie. » Trois ans plus tard, le paysage a changé, la vague des printemps arabes a balayé en partie les certitudes sur le potentiel du marché africain, plus compliqué, plus concurrentiel et plus instable qu'anticipé, et pas toujours rentable, avec des revenus moyens par abonné (ARPU) très bas, parfois près de dix fois moins élevés qu'en Europe. « Le nombre de clients du groupe a augmenté de 50% en 2009 et 2013, ce n'est pas si mal par les temps qui courent » se défend Stéphane Richard, qui souligne que, depuis son arrivée, Orange est entré dans « quatre nouveaux pays importants, de plusieurs dizaines de millions d'habitants : le Maroc, la Tunisie, l'Irak et la République démocratique du Congo » (voir la vidéo). Mais l'objectif des 300 millions ne sera pas tenu. Lorsque ces filiales seront toutes consolidées dans les comptes, « nous serons plutôt autour de 260 ou 270 millions de clients en 2015 » reconnaît un membre du comité exécutif.

 

Ouganda, Centrafrique, Botswana et Kenya en question

« A l'époque, Stéphane Richard raisonnait en nombre d'abonnés. Il a compris que les investisseurs l'attendent au tournant sur une seule chose : la stabilisation de l'Ebitda (l'excédent brut d'exploitation) » décrypte un analyste. « S'il y a un peu moins d'abonnés que prévu, cela ne va pas affoler les investisseurs » observe un autre spécialiste des valeurs télécoms. D'autant qu'Orange étudie des solutions alternatives pour conquérir des clients et générer du chiffre d'affaires dans des pays où il n'est pas opérateur, via sa filiale Orange Horizons, en s'appuyant sur le rayonnement de sa marque : il pourrait ainsi se lancer comme MVNO, opérateur virtuel, au Canada, minimisant les investissements et la prise de risque, comme l'a révélé le Globe and Mail. De quoi faire de la croissance autrement et s'approcher plus facilement de l'objectif des 300 millions. Pour autant, le temps de la politique du chiffre semble révolu : « il vaut mieux ne pas se disperser, se concentrer sur les marchés importants et ne pas s'entêter si ça ne marche pas dans un pays trop difficile, cela fait partie de la revue en cours du portefeuille d'actifs » confie un des dirigeants de l'opérateur, qui est présent dans 19 pays africains : le groupe ne détaille d'ailleurs pas l'activité ni la rentabilité de toutes ses implantations (voir la carte). Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'Orange ne croit plus à l'Afrique. Parmi ces marchés « compliqués », généralement dominés par les cartes prépayées, et où il a moins d'un million d'abonnés, « l'Ouganda, la Centrafrique, le Botswana, ou même le Kenya », où Orange n'a réalisé qu'un chiffre d'affaires de 90 millions d'euros en 2012 et peine à trouver une rentabilité satisfaisante. En Ouganda, Orange est 4e dans un marché à cinq opérateurs mobiles, avec 582.000 clients à fin septembre. En Centrafrique, c'est le chaos. « Je ne parierais pas sur l'engagement à long terme d'Orange au Botswana, au Niger, en Guinée-Bissau ou même l'Ile-Maurice » commente un analyste londonien. Au Niger, pour lutter contre le terrorisme et la criminalité, l'Etat vient d'annuler et résilier un tiers des lignes (plus de 1,7 million) faute d'en avoir identifié les détenteurs, ce qui va obliger les quatre opérateurs à revoir à la baisse leurs bases.

 

Participer à la consolidation en Europe, avec Deutsche Telekom ?

Aux yeux de Vincent Maulay, d'Oddo, « on peut être sûr qu'Orange ne sortira pas d'Egypte, du Sénégal, de Côte d'Ivoire ni du Mali. En revanche, le groupe a un problème de taille critique dans certains pays, comme l'Ouganda et le Kenya. Il peut y avoir des acheteurs comme l'indien Bharti, le sud-africain MTN ou Vodafone. » Mais quid des ambitions dans le paiement sur mobile, avec sa solution Orange Money, qui est utilisée par 8 millions de personnes dans 14 pays d'Afrique ? Là aussi, l'objectif de 30 millions en 2015 risque d'être hors de portée. « Le jour où Orange vend une filiale en Afrique et se retire, c'est un signal très fort, qu'il n'y a plus de projet industriel au sein de ce groupe » s'alarme un cadre. L'analyste d'Oddo précise que « s'il y a des cessions, ce sera des montants bien plus modestes que la République dominicaine, dans une optique de réduction de foyers de pertes, pas de rentrée de cash » précise-t-il. Il n'y aurait d'ailleurs rien d'imminent, selon le groupe. Dans un contexte où les investisseurs ne parlent que de concentration à venir dans les télécoms sur le Vieux continent et où le sujet d'une fusion Deutsche Telekom-Orange réapparaît régulièrement, y compris dans la bouche du PDG de l'opérateur français, « ces éventuelles petites cessions peuvent aussi faire partie du storytelling vis-à-vis des agences de notation, pour montrer que l'opérateur est un bon gestionnaire d'actifs, surtout si Orange a des velléités de participer à cette consolidation en Europe » analyse un bon connaisseur du secteur.

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Commentaires
a écrit le 28/11/2013 à 14:44 :
La véritable raison de cette cession ne serait pas plutôt que l'Etat a cruellement besoin d'argent?
a écrit le 28/11/2013 à 14:15 :
Ah enfin !!! Quand nous allons appeler pour des renseignements chez Orange, nous allons enfin comprendrent les interlocuteurs qui sont au bout du fil Car actuellement les réponses viennent d' Afrique, et les conseillés ont beaucoup de mal à parler Français , d' ou de gros problèmes pour résoudre des litiges , ou des opération de maintenance informatique avec eux !!!! Ah oui j' oubliais......et la facture téléphonique sera moins onéreuse !!!
Réponse de le 29/11/2013 à 7:15 :
Momo. D'une part, le café du commerce n'es pas encore ouvert. A 14h15 vous êtes supposé être encore sobre car normalement, une après-midi de travail vous attend. D'autre part, vous avez manifestement, quant à vous, beaucoup de mal à écrire la langue que vous prétendez ne pas comprendre quand d'autres la parlent. Vos cinq minutes de xénophobie stupide, on s'en dispense.
a écrit le 28/11/2013 à 13:20 :
C'est quand même étrange cette habitude de se fixer des objectifs que l'on ne peut pas tenir ...
J'imagine qu'en interne Orange, un cadre qui ne tient pas ses objectifs prend le chemin de la sortie .... (?)
Orange fonctionne encore comme France Telecom et toute filiale qui ne fonctionne pas comme le marché français est considérée comme mauvaise .
Ainsi la Rép Dominicaine dont on se débarrasse. Pourtant, sur la même ile à Haïti et dans d'autres iles des caraïbes, il y a une compagnie anglo-saxonne Digicel qui réussit, se développe et gagne de l'argent avec des revenus par abonné très faible....
Mais surement que le management d'Orange n'a jamais entendu parler de cette compagnie ?

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