Facebook, nouveau meilleur ami des opérateurs ?

 |   |  751  mots
Mark Zuckerberg lundi soir au Mobile World Congress.
Mark Zuckerberg lundi soir au Mobile World Congress. (Crédits : Reuters)
Mark Zuckerberg a présenté le réseau social comme un accélérateur de consommation d’Internet mobile dans les pays émergents, lors de son allocution lundi soir au Mobile World Congress. Les opérateurs ne sont pas dupes mais saluent un changement de ton et une approche plus constructive de Facebook dans le cadre de son initiative Internet.org.

Mark Zuckerberg superstar : comme l'an passé, l'intervention du cofondateur et patron de Facebook lundi soir a été l'événement le plus couru du Mobile World Congress (MWC) de Barcelone. Pourtant, le plus grand réseau social mondial est perçu par les opérateurs mobiles comme « la belle et la bête » résume l'un d'eux : une application plébiscitée par les utilisateurs, mais un groupe puissant réclamant un accès illimité gratuit à son service dans certains pays, et venant menacer leur business avec sa messagerie WhatsApp.

Devant un auditorium archi-comble, le jeune dirigeant, venu dans son uniforme habituel, jeans et t-shirt kaki, a tenu un discours nettement plus conciliant : l'an dernier, il avait clairement mis au défi les opérateurs d' « offrir des services de base comme la messagerie, la météo, la recherche et les réseaux sociaux pour donner envie à ces gens d'acheter un abonnement.»

 Interviewé seul puis aux côtés de plusieurs opérateurs présents dans les pays émergents comme l'indien Bharti Airtel, implanté en Afrique, Millicom, en Amérique latine et en Afrique, et Telenor, le patron américain a présenté le réseau social comme le meilleur ami des groupes télécoms, notamment dans la cadre de son initiative Internet.org visant à connecter « l'autre moitié de la population qui n'a pas accès à Internet » et à laquelle il faut « d'abord expliquer l'intérêt d'aller sur Internet. »

« Facebook pousse l'usage de la data, en particulier dans les pays émergents. Les gens veulent d'abord pouvoir appeler, envoyer des messages, rester en contact avec leurs amis, leur famille. C'est ce pourquoi sont faits les réseaux sociaux. Ils veulent utiliser ces services et au bout d'un certain temps ils vont payer pour de la data » a fait valoir Mark Zuckerberg.

Gain de clients ou cannibalisation ?

Ce qu'ont confirmé les opérateurs partenaires d'Internet.org : selon Millicom, le nombre de nouveaux utilisateurs d'Internet mobile aurait augmenté de 50% en Colombie une
hausse de 50% et aurait été multiplié par dix en Tanzanie.

« Facebook est une application très populaire, c'est un point d'entrée dans les pays au taux de pénétration de l'Internet mobile bas. C'est un outil d'acquisition de clients dans ces pays, il n'y a pas de cannibalisation » a abondé Christian de Faria, le directeur général d'Airtel Africa.

Le PDG de Telenor, Jon Fredrik Baksaass, a observé cependant qu'il y avait « un point de friction » avec les opérateurs, qui ne veulent  « pas donner les clés à un concurrent » en laissant basculer trop rapidement les usages vers les messageries par Internet. Zuckerberg a embrayé en soulignant que :

« Les services offerts ont été choisis avec nos partenaires opérateurs. WhatsApp ne fait pas partie d'Internet.org. Nous voulons un modèle rentable » a-t-il plaidé.

« Les opérateurs sont ceux qui connectent les gens »

Zuckerberg a aussi botté en touche sur la menace potentielle des messageries « over-the-top » (par dessus le réseau) pour les opérateurs, affirmant que la régulation leur posait plus de problèmes. D'ailleurs, il n'a cessé de vanter le rôle crucial des opérateurs, en minimisant celui d'initiatives tels que les ballons de Google ou les satellites de Facebook pour accéder à une connexion Internet.

« La presse parle beaucoup des ballons, des satellites, parce que c'est sexy mais en réalité c'est marginal : le vrai travail pour connecter les gens ce sont les opérateurs qui le font, et ils font un super boulot, ils investissent des dizaines de milliards de dollars par an » a-t-il rappelé.

Et le jeune patron de poursuivre cet hommage appuyé :

« Internet.org est trop souvent associé à Facebook : son visage devrait être celui des gens qui posent la fibre et installent des antennes, ceux qui connectent effectivement les gens. »

Le patron d'Airtel Africa se félicite que « le dialogue est nettement plus constructif qu'il y a un an, on s'oriente vers un partenariat plus raisonnable. Facebook fait plus attention à ce que veulent les opérateurs. » En marge de la conférence, le patron d'un grand opérateur reconnaît que le discours de Zuckerberg a changé : « il ne demande plus le tarif zéro pour Facebook. »

« Derrière le discours humanitaire, il n'oublie pas le commerce. Mark Zuckerberg c'est le Jésus Christ de l'Internet ! Il dit aux opérateurs : il faut donner aux pauvres l'accès gratuit à Internet, et après ils vont payer un forfait data et cela va augmenter l'ARPU (revenu moyen par abonné) ! » ironise-t-il.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 05/03/2015 à 1:30 :
ady Fofana
a écrit le 03/03/2015 à 14:09 :
Je cites "le vrai travail pour connecter les gens ce sont les opérateurs qui le font" c'est faux et c'est faux depuis le début d'internet. Les opérateurs ne véhiculent qu'une fraction négligeable du trafic international et certain comme Orange ne véhiculent rien du tout: Ils achêtent du trafic à un opérateur de Level Two comme Cogent. Les opérateurs souvent ne connectent que la dernière centaine de kilomètre car dans les 10 000km précédant, c'est Akamai, Google et autres qui assurent la connection: Google == 1/3 des fibres internationales!
J'ai lû vers 2000 que les opérateurs avaient reçu une balle mortelle dans le corps avec Internet mais qu'ils mettraient des dizaines d'années à s'en aperçevoir. A l'époque Google avait 2 ans et Facebook ou l'iPhone n'existaient pas! Je suis à peu près sûr qu'un opérateur comme Orange ou Deutsche Telekom ne saura pas admettre que ce sont véritablement des opérateurs locaux, et non plus les super puissances des années 90 où l'ISDN était le dernier truc de ouf, et donc que s'ils refusent ce fait ils vont mourir (ou se faire acheter à bon compte).
a écrit le 03/03/2015 à 12:22 :
De plus en plus content de ne pas être sur facebook... Mais, tout comme gogole, le message est clair : le business doit être maximal.
Réponse de le 03/03/2015 à 23:55 :
@Yvan
Itou, pas de Facebook, ni de Tweeter, peu de téléphone, pas de SMS. Mes amis, je leur rend visite , pas très souvent, je leur parle en tête à tête, et quand on se voit, on a beaucoup de choses intéressantes à se raconter. Et surtout je n'engraisse pas ces multinationales américaines qui détruisent l'économie mondiale en vendant du vent.
Réponse de le 03/03/2015 à 23:55 :
@Yvan
Itou, pas de Facebook, ni de Tweeter, peu de téléphone, pas de SMS. Mes amis, je leur rend visite , pas très souvent, je leur parle en tête à tête, et quand on se voit, on a beaucoup de choses intéressantes à se raconter. Et surtout je n'engraisse pas ces multinationales américaines qui détruisent l'économie mondiale en vendant du vent.
Réponse de le 04/03/2015 à 13:45 :
Ni Facebook ni Twitter. Ni Google.
Je ne suis pas idiote au point de renforcer la concurrence.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :