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Technos & Medias

Après WeWork, la fin des valorisations excessives ?

Sylvain Rolland

Publié le 26 décembre 2019 à 14:30 - Mis à jour le 27 décembre 2019 à 14:05

Masayoshi Son, CEO du groupe japonais SoftBank, a doublé sa mise avec 8 milliards de dollars réinvestis fin octobre pour éviter le crash de WeWork.

Masayoshi Son, CEO du groupe japonais SoftBank, a doublé sa mise avec 8 milliards de dollars réinvestis fin octobre pour éviter le crash de WeWork.

Reuters

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La chute de WeWork reste exceptionnelle, mais la patience des investisseurs envers les pépites qui tardent à remplir leurs promesses est mise à rude épreuve.

De 47 milliards de dollars de valorisation début septembre à 8 milliards fin octobre. En deux petits mois, la licorne WeWork, champion mondial du coworking, a vécu une descente aux enfers spectaculaire. La pépite californienne allait s'introduire en Bourse, mais sa valorisation a fondu comme neige au soleil face à l'œil avisé des investisseurs. Après plusieurs réductions substantielles de son prix d'introduction, la bulle s'est dégonflée. Les failles d'un modèle économique bancal ont été exposées au grand jour, l'IPO est tombée aux oubliettes et l'entreprise s'est retrouvée tout d'un coup sans cash et dans le rouge : - 1,25 milliard de dollars de pertes au seul troisième trimestre.

Sauvé in extremis par son principal investisseur, le japonais SoftBank (qui a doublé sa mise avec 8 milliards de dollars réinvestis fin octobre pour éviter le crash), WeWork restera comme un cas d'école de la survalorisation de certaines pépites de la tech. Un symbole des limites du modèle startup, caractérisé par une course folle à la croissance au mépris de la rentabilité. N'est pas Google, Facebook ou Amazon qui veut !

"Le cas WeWork n'est pas systémique"

Le brutal retour sur terre de WeWork signifie-t-il pour autant que 2020 va voir exploser la fameuse « bulle de la tech » dont on parle depuis des années ? Rien n'est moins sûr. "Le cas WeWork n'est pas systémique. Toutes les licornes ne sont pas survalorisées et il ne faut pas oublier que l'ampleur de la bulle WeWork reste exceptionnelle", nuance Nicolas Celier, investisseur chez Ring Capital. Autrement dit : valoriser énormément des entreprises déficitaires n'est pas forcément un problème si leur capacité à scaler pour devenir un leader mondial est réelle.

C'était le problème de WeWork, qui, derrière ses allures de startup tech, est en fait une simple foncière. Avec trois désavantages : des coûts fixes énormes (des locaux dans plus de 110 villes), pas de barrières technologiques à l'entrée pour la protéger des autres startups, et une concurrence féroce des acteurs traditionnels de l'immobilier partout dans le monde. "Le modèle startup marche très bien pour les entreprises du logiciel, comme Google ou Facebook, car les coûts fixes évoluent peu, donc l'hypercroissance aboutit forcément au bout de quelques années à combler les pertes puis à dégager toujours plus de profits", ajoute l'investisseur.

Les investisseurs ont toujours les poches pleines

La baffe WeWork pourrait donc contribuer à davantage de rationalité, donc dégonfler la bulle autour de pépites qui n'entrent pas dans ce cas de figure, soit parce qu'elles peinent à croître autant qu'il faudrait pour dégager des profits (Uber, Snapchat...), soit parce que leurs coûts fixes sont énormes (Netflix qui doit dépenser toujours plus pour son catalogue...).

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Longtemps placé dans cette liste noire des licornes survalorisées à gros risque de crasher, Airbnb, rentable depuis à peine un an, a fini par donner raison à la patience de ses investisseurs, même si ses positions demeurent fragiles. Plus que jamais, la confiance reste la clé dans l'économie numérique. Grâce aux taux bas et à l'afflux de liquidités pour financer l'innovation, et en attendant une hypothétique crise financière, les investisseurs ont toujours les poches pleines, aux États-Unis comme en France et en Europe, pour prendre des risques.

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WeWork peut remercier les poches profondes de son principal investisseur, le géant japonais des télécoms et des technologies SoftBank. L'entreprise et son "Visionary Fund", le plus important fonds de capital-risque au monde, ont injecté au total 18,6 milliards de dollars dans WeWork depuis 2016 : 10,6 milliards entre 2016 et 2019, auxquels s'ajoutent les 8 milliards de dollars débloqués en urgence fin octobre. Peu auraient pu se permettre pareille générosité. Mais SoftBank ne veut pas perdre la face et son fondateur, Masayoshi Son, croit toujours que "le monde connaît une transformation massive de la manière dont les gens travaillent" et que "WeWork reste au cœur de cette révolution", d'après un communiqué.

Le plan de sauvetage de SoftBank prévoit un prêt de 5 milliards de dollars, ainsi que 3 milliards pour obtenir 60 % des parts de l'entreprise, contre un tiers aujourd'hui, évinçant au passage le controversé CEO et cofondateur, Adam Neumann, qui part avec une fortune de plus de 1 milliard de dollars. Désormais, SoftBank a les coudées franches pour purifier l'entreprise du sol au plafond. Les équipes dirigeantes vont être remaniées dans leur quasi-intégralité, la stratégie va être revue, et 2.400 salariés vont être licenciés, soit 20 % de l'effectif total. S. R.

Sylvain Rolland

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