Comment le français OpenDataSoft compte devenir un géant de la smart city

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En cinq ans, OpenDataSoft, la startup qui facilite la réutilisation des données publiques, s'est constituée un portefeuille de 80 clients, dont 85% en France.
En cinq ans, OpenDataSoft, la startup qui facilite la réutilisation des données publiques, s'est constituée un portefeuille de 80 clients, dont 85% en France. (Crédits : DR)
La startup parisienne propose un logiciel qui facilite l’exploitation des données publiques par les collectivités et les entreprises pour créer de nouveaux services pour les citoyens. Déjà leader du marché français, OpenDataSoft lève 5 millions d’euros pour s’étendre en Europe et aux Etats-Unis.

Après la France, l'Europe et le monde ? Déjà leader hexagonal de l'exploitation des données publiques ouvertes (open data), la startup parisienne OpenDataSoft relève ses ambitions. Elle annonce ce mardi 25 octobre une nouvelle levée de fonds, sa deuxième, d'un montant de 5 millions d'euros, auprès des fonds Aster Capital, Salesforce Ventures et Aurinvest. L'objectif ? Devenir ni plus ni moins que "la plateforme de référence de la smart city dans le monde", selon son directeur et co-fondateur, Jean-Marc Lazard.

Les trésors cachés des données publiques

Créée en 2011, OpenDataSoft a compris avant les autres le potentiel trésor qui git dans les données publiques, qu'il s'agisse des horaires des transports en commun, du budget, de l'emplacement des poubelles, des menus des cantines scolaires et même de la taille des trottoirs. Des données compilées sous divers formats (les fameux fichiers Excel désordonnés, notamment), souvent peu intelligibles pour le commun des mortels. D'ailleurs, personne ou presque ne savait vraiment comment les exploiter, ni si cela présentait un quelconque intérêt.

Mais le mouvement de l'open data (ouverture des données) a changé la donne. En rendant accessible à tous des jeux de données publiques autrefois réservés à une minorité autorisée qui n'en faisaient pas grand-chose, certaines collectivités pionnières, comme Rennes ou Nantes, ont permis à chacun - des particuliers ou des entreprises - de s'en emparer et de les exploiter pour créer de nouveaux services.

A Rennes par exemple, l'ouverture des données sur les horaires de passage des bus -théoriques et en temps réel - a donné l'idée à une startup de créer le site et l'application Où est mon bus. Ce nouveau service permet au citadin de visualiser en temps réel, sur une carte, où en sont les bus de sa ligne. Simple, pratique, mais personne n'y avait pensé avant... Encore mieux : le Service des Transports en commun de l'agglomération rennaise (STAR) a tellement aimé l'initiative qu'il a décidé de la labelliser. Aujourd'hui, une réflexion est engagée pour améliorer le service et toucher davantage d'utilisateurs, notamment en intégrant ces informations directement sur les arrêts de bus.

Recouper, nettoyer, harmoniser et rendre intelligibles les données

"C'est le cercle vertueux de l'open data, qui rend la ville plus intelligente en faisant travailler ensemble tous les acteurs qui la composent", se réjouit Jean-Marc Lazard. Dans cet écosystème en pleine expansion - depuis la loi Lemaire, les administrations doivent ouvrir par défaut leurs données publiques -, la startup OpenDataSoft compte bien se tailler la part du lion. Sa plateforme en Saas (software as a service) permet aux acteurs de l'open data -collectivités, administrations, entreprises-de faciliter l'ouverture de leurs données, comme l'explique son directeur :

"Le logiciel récupère les données publiques dans tous leurs formats et automatise leur transformation dans des formats homogènes, sous forme d'API. Cela permet à des non-spécialistes de les comprendre, de les croiser, bref de réutiliser les données comme ils le souhaitent, en s'aidant ou pas de nos outils de visualisation comme les graphiques ou les tableaux."

En cinq ans, la startup qui facilite la réutilisation des données publiques s'est constituée un portefeuille de 80 clients, dont 85% en France. Parmi eux, la moitié sont des collectivités locales et des administrations (l'agglomération rennaise, la métropole lilloise, Infogreffe...), 40% des entreprises (Keolis, Total, RATP, EDF...) et le reste des startups. A Bordeaux, la startup Qucit utilise la plateforme pour optimiser le partage des vélos en libre-service grâce à l'analyse prédictive du trafic. A Rennes, l'ouverture des données sur le tracé précis des trottoirs (ainsi que leur hauteur, leur largeur etc) a permis de développer une application de calcul d'itinéraire pour les personnes à mobilité réduite.

A Saint-Malo, le développeur indépendant Sylvain Huot a mis au point trois applications qui ont été ensuite promues par la municipalité. Basée sur le calendrier des marées, Stankell (barrage en breton) indique les heures où les automobilistes peuvent emprunter en toute sécurité le barrage de la Rance. St-Malo Bus calcule les itinéraires dans l'agglomération en fonction des horaires de passage. Enfin, l'appli Y A D Frites donne les menus de la cantine aux parents, ce qui permet à la municipalité de communiquer sur le bien-manger (éviter que l'enfant mange midi et soir la même chose, conseiller les parents sur la a diversité de l'alimentation...). "On se rend compte que l'intelligence collective de l'open data aboutit sur la création de services qui n'existaient pas avant", se félicite Jean-Marc Lazard.

Aller conquérir l'Europe et surtout les Etats-Unis

Si OpenDataSoft dispose d'une solide notoriété en France, la startup aimerait désormais devenir "une référence mondiale dans la smart city". Pour cela, il lui faut aller conquérir l'Europe et les Etats-Unis, où elle vient d'ouvrir des bureaux, à Boston, qui accueille 3 salariés (les 37 autres sont à Paris). Si les collectivités américaines représentent encore une part très marginale du nombre de clients, le chiffre d'affaires dégagé est bien plus important:

"Contrairement à l'Europe, les Etats-Unis ont passé la phase d'évangélisation du marché, ils sont matures car ils ont commencé l'open data au moins deux ans avant nous. De plus, le pays est énorme et ses villes moyennes font tout de même 300.000 ou 400.000 habitants, avec des volumes de données bien plus importants. Le potentiel est énorme", explique l'entrepreneur.

Puisque la startup, déjà rentable, fixe les prix de ses abonnements en fonction du volume des données moulinées sur sa plateforme, l'option américaine semble en effet la plus pertinente pour changer de dimension. L'argent de la levée de fonds servira donc à recruter des commerciaux aux Etats-Unis, mais aussi dans certains marchés européens stratégiques (Allemagne, Royaume-Uni notamment), ainsi que des ingénieurs en France, où restera le siège social et le cœur de la recherche et développement (R&D). Si tout va bien, l'effectif total doublera d'ici à la fin de 2017, de 40 à 80 salariés dans le monde.

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