Confinement et suivi de la contagion : faut-il craindre la surveillance des smartphones ?

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Depuis le début de la pandémie du Covid-19, plusieurs Etats ont déployé à grande échelle des technologies de surveillance pour tenter de limiter les déplacements des personnes.
Depuis le début de la pandémie du Covid-19, plusieurs Etats ont déployé à grande échelle des technologies de surveillance pour tenter de limiter les déplacements des personnes. (Crédits : iStock)
Géolocalisation des smartphones, dispositifs de reconnaissance faciale... Pour limiter les déplacements et tenter d'endiguer la propagation du coronavirus, des Etats ont déployé à grande échelle des technologies de surveillance : la Chine, la Corée du Sud, Israël ou encore l'Italie. Les Etats-Unis étudieraient actuellement des solutions similaires.

Alors que de nombreux Etats ferment leurs frontières et appellent au confinement pour limiter la propagation du coronavirus, certains d'entre eux ont déployé des technologies de surveillance des personnes. Le dispositif le plus répandu pour le moment est la géolocalisation des smartphones. L'objectif : détecter et reconstituer les déplacements des personnes potentiellement contaminées pour avertir les populations susceptibles d'avoir été exposées au virus.

La Chine, dont la province d'Hubei a été l'épicentre de la pandémie du Covid-19, a naturellement été précurseur. Les opérateurs China Mobile, China Telecom et China Unicom ont ainsi fourni au ministère de l'Industrie et des Technologies et aux autorités de santé les données de localisation de leurs utilisateurs ayant transité par la province d'Hubei au début de la crise, rapporte le Wall Street Journal. Certaines villes chinoises ont ensuite utilisé ces informations pour publier des messages d'alerte sur les réseaux sociaux.

Depuis, la deuxième économie mondiale a été imitée par Israël où gouvernement a adopté, à l'unanimité ce mardi, un programme similaire de surveillance de masse. Concrètement, il autorise le Shin Bet (service de sécurité intérieure) à collecter les données mobiles des Israéliens déjà contaminés par le coronavirus pour analyser leurs déplacements, avant une mise en quarantaine ou une hospitalisation.

En Italie, seulement 60% de la population lombarde reste confinée

La pratique a même été suivie dans l'Union européenne par la Lombardie, région la plus touchée d'Italie par l'épidémie de Covid-19 avec plus de 16.000 cas dont 1.640 morts. Pays européen le plus touché, l'Italie a interdit tous les déplacements non essentiels pour raisons de travail ou de santé. Selon le quotidien Il Corriere della Serales opérateurs téléphoniques ont mis à disposition de la Lombardie les données mobiles depuis le 20 février, jour où le premier mort de Covid-19 a été annoncé dans une ville non loin de Milan, rapporte l'AFP.

Bilan : seulement 60% de la population lombarde resterait à la maison. Les baisses de déplacements vont, en fonction des périodes depuis cette date, de 20% à 50%, se situant actuellement aux environs de 40%. "Trop peu" pour le président de la région Attilio Fontana.

Selon la presse américaine, la Maison Blanche réfléchirait également à déployer un dispositif similaire. Une équipe dédiée aurait été constituée ce week-end pour travailler avec des startups américaines, mais aussi les géants d'Internet, comme Facebook, Alphabet (maison-mère de Google) ou encore Amazon.

Des pratiques habituellement utilisées pour la lutte anti-terroriste

Dans les pays concernés, ces pratiques ont d'ores et déjà soulevé des inquiétudes quant au respect de la vie privée et de la protection des données personnelles. "Que ce soit en Chine, en Europe et peut-être bientôt aux Etats-Unis, les Etats utilisent les moyens juridiques et techniques dont ils disposent pour légitimer ces dispositifs", explique Romain Perray, avocat associé du cabinet McDermott Will & Emery, spécialiste de la protection des données & de la cybersécurité. Et de poursuivre :

"Les Etats se tournent vers des pratiques habituellement réservées pour la lutte anti-terroriste et donc, justifiées par la protection de la sécurité nationale. C'est là où il y a débat : en principe, la sécurité nationale n'intègre pas les questions d'ordre sanitaire", détaille l'avocat. "Mais la situation actuelle - fermeture des lieux publics et des lieux d'enseignement, interdiction des allers et venues... - est inédite."

Pour justifier ces mesures exceptionnelles de surveillance, se posent les questions de légitimité et de proportionnalité des dispositifs.

"En dépit du caractère très intrusif des dispositifs de surveillance, il est difficile de ne pas admettre leur utilité au regard de l'urgence sanitaire", estime Romain Perray. "En revanche, la proportionnalité des mesures peut être plus compliquée à prouver lorsqu'il y a une combinaison de plusieurs technologies de surveillance."

Cela a notamment été le cas en Chine. Dans les transports en commun, dans les entreprises ou encore dans la rue, le pays a, entre autres, déployé des dispositifs de reconnaissance faciale couplés à de l'imagerie thermique pour détecter les personnes malades.

Des pratiques encadrées a priori par le RGPD

Au sein de l'Union européenne, le déploiement de tels dispositifs est encadré par le fameux RGPD (règlement sur la protection des données), entré en vigueur en mai 2018, et la directive e-privacy. Ils autorisent notamment le traitement de données de géolocalisation via les moyens de communications électroniques, à condition d'avoir obtenu au préalable soit le consentement explicite des personnes, soit l'anonymisation des données collectées. Au cas par cas, les Etats membres peuvent également adopter des législations nationales pour préciser la vocation temporaire de tels dispositifs technologiques, et permettre aux citoyens de faire valoir leur opposition dans le cadre de procédure de recours.

Le Comité européen de la protection des données a légitimé le recours à des dispositifs exceptionnels de traitement de données, en enjoignant les Etats membres à "assurer la protection des données personnelles des utilisateurs concernés", dans une déclaration du 16 mars.

Pour l'instant, le gouvernement français n'a fait aucune annonce sur le sujet. Contacté, le cabinet de Cédric O, secrétaire d'Etat en charge du numérique, n'a pas donné suite à nos sollicitations.

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Commentaires
a écrit le 26/03/2020 à 12:10 :
on dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions .
la dictature avance" masquée" ....
a écrit le 25/03/2020 à 13:39 :
La statistique montre que covid19 ne touche pas les jeunes (1 cas dans le monde de 10 ans ) . Les décès entre 15 et 60 ans sont comparables à ceux de la grippe traditionnelle. Le gros problème ce sont les retraites . L'encombrement des hopitaux résulte d'une mauvaise prise de conscience de la menace bien localisee. Le confinement généralise est très pénalisant pour l'économie . Une meilleure gestion de l'épidémie est sans doute possible.
a écrit le 19/03/2020 à 16:03 :
"a été imitée par Israël où gouvernement a adopté"
où le gouvernement
Si on a pas de smartphone ni de téléphone, du moins pas allumé c'est grave, louche ? Un être humain moderne a son smartphone allumé 24h/24 sinon est has been.
a écrit le 19/03/2020 à 12:46 :
Facebook le fait déjà sans notre consentement au mépris de toutes les lois (même l'État a des comptes Facebook et nous incite à y aller ce qui devrait être pénalement répréhensible puisque l'on sait que le simple fait de lire un post sur le compte Facebook d'un tiers a pour conséquence le pillage de toutes les données de l'ordinateur ou du smartphone du visiteur) donc pourquoi s'offusquer quand c'est l'État pour notre sécurité.
a écrit le 19/03/2020 à 11:57 :
La question ne se poserait pas si tout le monde appliquait les consignes avec un peu plus de sérieux. Malheureusement ce n'est pas le cas. Lorsqu'on entend dire que beaucoup de parisiens ont quitté la capitale, non pas pour changer de lieu de confinement, mais, pour prendre des vacances avec beaucoup d'insouciance et de légèreté on croit rêver.
a écrit le 18/03/2020 à 19:51 :
Les États prennent de mauvaises habitudes pour de bonnes raisons qui deviendront vite de mauvaises raisons. 1984...La vie privée, c'est terminé, la démocratie aussi. A moins que le coronavirus ne vienne aider à tout remettre à zéro.
Réponse de le 18/03/2020 à 20:04 :
Ce n’est pas à leur avantage s’ils veulent pas des émeutes mondiaux même avec le virus ... ou une guerre planétaire et ce n’est ni le cosmos et ni les trillions qui vont les sauver. A bon entendeur !
a écrit le 18/03/2020 à 19:09 :
ben le pb il est la
vous dites aux italiens de rester chez eux, et ils font comme les francais, ils vont voir les potes, se reunissent, etc
evidemment ils ne sont pas tres contents quand c'est leurs parents qui vont a l'hopital!
triste a dire, mais avec des imbeciles, faut parfois savoir etre un peu ferme
Réponse de le 18/03/2020 à 19:18 :
L’Italie est le pays le plus impacté de l’Europe ; ils ont compris les Italiens le confinement ,
Cette situation c’était au début , ce n’est plus le cas .
Restez chez vous , le danger est réel .
a écrit le 18/03/2020 à 18:54 :
Sans consentement et à l’insu ça reste un délit pénale et civil,surveillance numérique ... abus de pouvoir et compagnie ...

Question pratique : si le bouton est déconnecté du 4 G + dans confidentialité, décocher la localisation + Se déconnecter du ICloud et de Apple identité ?
peuvent ils surveiller à l’insu des populations quand même ?
Un minimum c’est «  un consentement et un motif légitime «  sinon c’est de l’abus envers les libertés fondamentaux des humains.
Réponse de le 19/03/2020 à 12:24 :
a partir du moment ou votre telephone portable est connecte au reseau, on peut vous localiser (on peut tres bien localiser un tel portable normal, meme si c est pas un smartphone).
La seule facon d etre sur de ne pas etre localise c est d enlever la batterie ou de laisser le telephone a la maison :-)

Mais quand on transporte un mouchard sur soi, il faut pas s etonner qu il serve pour vous surveiller. Que ca soit via facebook, google ou l etat !

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