Cryptomonnaies : la « Fusion » d'Ethereum, une révolution qui veut rendre la blockchain moins énergivore

De quoi révolutionner le monde des cryptomonnaies. Ce jeudi, une fusion avec de nouveaux algorithmes régissant la blockchain Ethereum, la mieux valorisée après celle du Bitcoin, doit s'opérer afin de permettre à ce protocole informatique de conquérir davantage d'utilisateurs. Très attendue, elle promet de rendre cette blockchain moins énergivore et plus sécurisée. Elle pourrait également, à terme, permettre d'abaisser les frais de transaction. Explications.
Vitalik Buterin, créateur de la blockchain Ethereum.
Vitalik Buterin, créateur de la blockchain Ethereum. (Crédits : CC Romanpoet)

Longtemps annoncé, maintes fois repoussé, il devrait finalement se produire ce jeudi. Le passage de la blockchain Ethereum à la preuve d'enjeu, surnommé « La Fusion » (ou « The Merge » en anglais) est un véritable séisme dans l'univers des amateurs de cryptomonnaies. Il pourrait révolutionner durablement le secteur en réduisant notamment son empreinte énergétique considérable, une critique très souvent émise à l'encontre des cryptomonnaies, au premier rang desquelles le Bitcoin, de plus en plus challengé en terme de valorisation par l'Ethereum.

Preuve de travail ou preuve d'enjeu ?

Cette petite révolution concerne la façon dont les transactions sont vérifiées sur la blockchain Ethereum. La technologie de la blockchain permet en effet d'envoyer de l'argent sans passer par un tiers de confiance. Lorsqu'on effectue un virement bancaire classique, c'est la banque qui assure ce rôle d'intermédiaire, en vérifiant par exemple que la personne qui fait le virement dispose des fonds suffisants pour payer le destinataire, et que la somme prélevée atterrit bien dans le compte bancaire de celui-ci.

Avec la blockchain, la sécurité de la transaction est assurée par les utilisateurs organisés en réseau. Traditionnellement, cela passe par le mécanisme de la preuve de travail (Proof of Work). Les ordinateurs qui assurent la mise à jour de la blockchain, surnommés « mineurs », sont en permanence en compétition les uns avec les autres pour valider le bloc de transactions en cours, dans ce qui ressemble à un concours de calcul géant. Pour l'emporter, il faut être le premier à résoudre un problème mathématique complexe (baptisé « fonction de hachage »). Le mineur qui y parvient avant les autres remporte le droit de valider le nouveau bloc de transactions, qui est alors ajouté de manière immuable à la chaîne de blocs précédents (d'où le terme « blockchain »), tandis que le mineur reçoit un paiement en monnaie numérique pour sa participation.

Utilisé par la blockchain Bitcoin, mais aussi par Ethereum, ce dispositif demande une puissance de calcul importante, et les mineurs sont donc de véritables fermes numériques dotées de nombreux serveurs informatiques, rarement des personnes travaillant seules chez elles derrière leur ordinateur. Bien que fiable, il a ainsi pour défaut d'être très énergivore : selon certaines estimations, l'énergie consommée chaque année par la blockchain Bitcoin équivaut à celle d'un pays comme la Belgique.

Le mécanisme de la preuve d'enjeu (Proof of Stake) est complètement différent : les ordinateurs ne brûlent pas de l'énergie pour essayer de résoudre un problème avant les autres. À la place, les participants de la blockchain sont invités à mettre sous séquestre leurs jetons numériques (en l'occurrence, l'éther). Ils gagnent ainsi le droit de participer à une loterie : chaque fois qu'une transaction doit être validée, l'un des participants est sélectionné pour valider la transaction. Plus le nombre de jetons qu'il a placés sous séquestre est grand, plus ses chances d'être sélectionné sont grandes. Dans le cas d'Ethereum, les validateurs doivent miser au moins 32 éthers pour contribuer à la validation des blocs. Une fois la transaction validée, il reçoit davantage de jetons numériques en contrepartie. À l'inverse, si le participant se comporte mal, par exemple en validant une transaction frauduleuse, il perd les éthers qu'il a mis sous séquestre.

Quant au terme « Fusion », il vient du fait que la blockchain Ethereum teste déjà le mécanisme de la preuve d'enjeu à petite échelle depuis quelques années. « On parle ici de fusion, car un réseau Ethereum parallèle tourne déjà en preuve d'enjeu depuis décembre 2020 afin d'éprouver la fiabilité du dispositif, il s'agit donc aujourd'hui de fusionner les deux réseaux », explique Émilien Bernard-Alzias, avocat associé au cabinet Simmons & Simmons, spécialiste en réglementation des services financiers.

Les bénéfices attendus de la Fusion

Si la Fusion est tant attendue, c'est donc parce qu'elle promet de rendre la blockchain Ethereum moins énergivore, ce qui constitue aujourd'hui l'un des principaux obstacles à son déploiement à plus grande échelle. « Les impacts sont tout d'abord environnementaux, puisque la validation d'une transaction ne se fera plus en fonction de l'énergie consommée pour résoudre un problème mathématique complexe (le « minage ») mais en fonction du nombre d'éthers possédés par le ou les validateurs (le « staking ») », développe l'avocat. La preuve d'enjeu requiert en effet 99,9% moins d'énergie que la preuve de travail. Des organisations engagées dans la protection de l'environnement, comme Greenpeace, ont pour cette raison fustigé la preuve de travail et promu la preuve d'enjeu à la place.

Mais les bénéfices ne s'arrêtent pas là. L'abandon de la preuve de travail réduirait également les besoins en semi-conducteurs de pointe, utilisés par les mineurs, et donc le prix de ces puces. Une bonne nouvelle alors que l'économie mondiale connaît une pénurie en la matière depuis le Covid.

La Fusion pourrait également, à terme, permettre d'abaisser les frais de transaction qui ont cours sur la blockchain Ethereum : celle-ci ne pouvant certifier qu'un nombre limité d'opérations à la fois, lorsqu'un grand nombre de personnes tentent de l'utiliser, les frais de transaction peuvent exploser, frôlant parfois les 200 dollars pour une seule transaction. Si la Fusion ne va pas résoudre instantanément ce problème, la communauté des développeurs y voit une première étape vers de futures mises à jour visant à réduire les frais.

Enfin, la preuve d'enjeu permettrait aussi d'améliorer la sécurité de la blockchain : « si certains estiment la méthode de la preuve de travail plus sûre (puisqu'elle est très énergivore et qu'il faudrait contrôler plus de 50% de la puissance de calcul pour mener une attaque, dite « des 51% »), avec la preuve d'enjeu, il faut contrôler 66% des éthers immobilisés en protocole et ça se voit », note Émilien Bernard-Alzias.

Ethereum ou la promesse de tout décentraliser

La blockchain Ethereum a été créée par Vitalik Buterin, un programmeur qui a commencé à travailler sur le concept en 2013 avant de lancer officiellement la plateforme en 2015. L'objectif de Buterin était de créer un dispositif qui soit plus ouvert que Bitcoin, et ne permette plus seulement d'échanger des jetons numériques, mais aussi d'effectuer d'autres types de transactions.

Ethereum permet notamment de créer des contrats intelligents (« smart contracts »), des programmes informatiques insérés dans la blockchain, qui s'exécutent une fois que des conditions bien précises et définies au préalable ont été remplies. Une fois que les parties impliquées dans la création du contrat se sont mises d'accord sur ces conditions, aucune d'entre elles n'a la possibilité de stopper son exécution. Une innovation qui ouvre des perspectives vertigineuses, puisqu'elle permet de mettre en place des transactions virtuelles complexes et sécurisées sans intervention d'un tiers de confiance, au service d'applications décentralisées (ou Dapps). Avec des conséquences majeures dans les assurances, les contrats immobiliers, la propriété artistique, ou encore la transparence des chaînes de valeur et la traçabilité des produits.

Programmée de longue date, la conversion d'Ethereum à la preuve d'enjeu a été maintes fois repoussée, au point de devenir la source de nombreuses plaisanteries chez les amateurs de cryptomonnaies. Mais le jeu en valait la chandelle, selon Émilien Bernard-Alzias.

« La blockchain Ethereum, créée en 2015, a été imaginée en preuve de travail, mais le passage en preuve d'enjeu était dans les tuyaux depuis très longtemps, dès 2017. Or, compte tenu de la très vaste étendue de l'écosystème qui s'appuie sur la blockchain Ethereum (des tokens variés aux applications décentralisées, en passant par la finance décentralisée, ou DeFi), l'impact de cette migration sera sans précédent pour l'industrie de la blockchain. Il était donc normal que les parties prenantes prennent le temps de travailler ce processus pour atteindre, on l'espère, une technologie de preuve d'enjeu efficace et réaliser une migration sans heurt. »

Un nouvel espoir

Si elle réussit, la Fusion prouverait enfin qu'Ethereum peut s'améliorer pour concrétiser toutes les promesses de la blockchain. Une lueur d'espoir sur un marché qui a connu des temps difficiles depuis le début de l'année, avec des faillites en cascade et des monnaies numériques qui ont vu leur cours plonger les unes après les autres.

La capitalisation totale du marché des cryptomonnaies se situe actuellement autour de 1.000 milliards de dollars, soit 2.000 milliards de moins qu'à la même période l'an dernier. Signe de l'enthousiasme suscité par l'annonce, l'éther s'est fortement apprécié au cours des dernières semaines pour atteindre une valorisation globale aux alentours des 200 milliards de dollars.

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Commentaires 8
à écrit le 15/09/2022 à 9:14
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Si, pour éviter de gaspiller trop d’électricité (carbonée, en plus), on crée une nouvelle sorte de notaires, aussi numériques soient-ils, alors il n’y a plus qu’une seule chose à faire : se marrer.

le 15/09/2022 à 12:06
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Passer des mineurs aux stakers ne change rien de ce point de vue. Dans les deux cas ils ne sont pas comparables à des notaires puisque le consensus sur une transaction s'obtien collectivement et tout le monde peut faire du staking alors que devenir n...

à écrit le 14/09/2022 à 23:01
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C'est un domaine futuriste qui est déjà entrain de prendre du territoire . On a vu la vie de certaines personnes changer grâce à ceci

à écrit le 14/09/2022 à 15:33
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La techn0logie blockchain impose d'être én6rgivore et surtout impose une augmentation des calculs avec le t6mps. Dans le cas c0ntraire la solution serait m0ins sécurisée.

le 15/09/2022 à 9:20
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La consommation d'énergie n'a aucun rapport avec la sécurisation. Une blockchain en Proof of Work, comme le Bitcoin ou l'ETH jusqu'alors, demande à chaque "noeud" la résolution d'un problème mathématique pour se voir attribuer un jeton et enregistre...

le 15/09/2022 à 17:40
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Le 28 juin 2022, sur LaTribune, y a eu un article ""Blockchain" ne rime pas toujours avec "désastre écologique"" qui peut vous aider à comparer les deux méthodes, très énergivore (Bitcoin) et économe.

à écrit le 14/09/2022 à 11:40
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Avec la PoW Ethereum consommait comme les Pays Bas. C'est donc une consommarion d'électricité équivalente de celle des Pays qui va disparaître. Seulement une petite partie (je crois environ 20%) du mining d'ETH était fait en UE donc on devrait éc...

à écrit le 14/09/2022 à 8:24
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Vous confondez toujours monnaie et "pompe à fric" sachant que ce système n'est ni sobre ni résilient

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