Asma Mhalla : « De simple consommateur et producteur de données, l'individu devient potentiellement une cible »
Natasha Laporte
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Georges Vignal/La Tribune
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Comment la technologie fait-elle de nous des soldats ? La question, inquiétante, est en sous-titre de « Technopolitique », le dernier ouvrage d'Asma Mhalla, dans lequel cette docteure en études politiques et chercheuse au Laboratoire d'anthropologie politique de l'Ehess analyse le « choc technologique qui vient de percuter nos démocraties ». Car l'intelligence artificielle (IA), le métavers, Neuralink, Starlink ou les réseaux sociaux, entre autres, sont en réalité les pièces d'un même puzzle... « L'erreur collective a été de commenter les innovations au fur et à mesure qu'elles arrivaient, sans les relier entre elles », tranche la politologue. Or lorsqu'on les relie, on constate « un maillage à partir de toutes les données fabriquées et qui viennent alimenter différents projets ». De quoi expliquer, par exemple, le rachat par Elon Musk de Tweeter, rebaptisé X - une mégabase de données...
« Ces technologies quadrillent tous nos usages quotidiens, mais aussi les données militaires et industrielles », analyse Asma Mhalla. Elles « font système et constituent un socle à partir duquel se déploie tout le reste - le fait politique, industriel et militaire ». Outre leur hypervitesse, elles se caractérisent par cette dualité civile et militaire. « C'est ce qui fait que tout d'un coup, de simple utilisateur voire consommateur et producteur de données, l'individu devient potentiellement une cible. De quoi ? De saturation cognitive, de désinformation, d'ingérence », alerte cette spécialiste de la géopolitique du numérique. Ainsi, dans nos poches, les applications sur nos smartphones, certes pratiques et ludiques, « peuvent devenir des armes de guerre », assure-t-elle.
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Une « technologie totale » donc, qui contrôle les individus, se dessine. De quoi faire planer le danger préfiguré par l'affaire Cambridge Analytica, dopé cette fois-ci à l'intelligence artificielle ? « Les IA génératives deviennent un coefficient amplificateur et multiplicateur, industrialisant les capacités de manipulation et de création d'un univers du faux », souligne Asma Mhalla. En effet, en ce XXIe siècle, les lignes claires disparaissent dans une « symbiose » entre le vrai et le faux, le réel et le virtuel, le public et le privé, le civil et le militaire.
Natasha Laporte