Avec son data center, la Ville de Paris fait des économies et garantit la maîtrise de ses données

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La Ville de Paris a inauguré son centre de donnée le 28 mai. Une première pour une commune française.
La Ville de Paris a inauguré son centre de donnée le 28 mai. Une première pour une commune française. (Crédits : Ville de Paris)
La Ville de Paris a inauguré mardi 28 mai son centre de données. Un investissement de 16 millions d'euros destiné à réduire ses coûts et à garantir la maîtrise des données de la municipalité.

Le centre de données de la Ville de Paris, inauguré le 28 mai dans le XVIIIe arrondissement, va permettre à la municipalité de faire d'une pierre, deux coup. D'abord, elle prend la main sur le contrôle physique de ses données, en gérant elle-même ses serveurs. Mais surtout, elle va économiser plusieurs millions d'euros : plus de service extérieur à payer, plus d'hébergement à payer, et la possibilité de louer ses infrastructures à d'autres. C'est une première pour une commune française. « La Ville de Paris dispose de compétences que ne peuvent pas avoir les petites communes, notamment en infrastructures réseau », expliquait Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la mairie de Paris. En charge du budget, il espère rentabiliser cet investissement en huit ans.

En finir avec les déménagements

La mairie de Paris en avait assez des déménagements. Ses serveurs, qui contiennent notamment des données personnelles liées aux nombreux services numériques de la municipalité, étaient déplacés d'un data center à un autre tous les quatre ans, au gré des résultats d'appels d'offre publics. À chaque fois, la Ville dépensait près d'un million d'euros, notamment en transport sécurisé ou en matériel de remplacement. Elle s'exposait également à une inflation du prix de l'hébergement.

En plus, une partie de son personnel spécialisé, essentiel au développement de l'offre numérique de la municipalité, devait se consacrer à ces transferts étalés sur plusieurs mois. Dernièrement, les serveurs de la municipalité étaient hébergés chez IBM à Noisy-le-Grand.

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Vide data center Paris

[La salle informatique est encore bien vide. Pour y remédier, la Ville loue l'espace à d'autres acteurs publics]

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En emménageant ses serveurs dans le XVIIIe arrondissement de la capitale, la mairie espère ne plus avoir à emballer des cartons pour - a minima - les quinze prochaines années. De plus, en ayant son propre centre de données, la Ville s'offre une nouvelle souveraineté numérique. « La maîtrise physique du stockage des données nous parait essentielle. Nous avons besoin de garantir la fiabilité des services numériques que nous mettons en oeuvre », avance Emmanuel Grégoire.

Data center cherche locataires

Le centre de données, enterré en sous-sol, s'avère relativement petit. Sa surface utile ne s'étend que sur 760 mètres carrés. La salle des serveurs, divisée en deux par un long mur, contient environ 300 serveurs physiques. Une taille risible comparée aux plus grands centres d'Amazon ou Google qui mesurent aux alentours de 50.000 mètres carrés. Pourtant, le data center parisien n'est aujourd'hui rempli qu'à 15%. Et pour cause, quatre allées suffisent à la mairie de Paris pour stocker ses 2,5 pétaoctets de données.

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Serveurs data center Paris

[L'ensemble des données de la Ville tient dans ces quatre allées de serveurs.]
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La Ville propose donc la location de l'espace à d'autres acteurs publics, comme l'AP-HP ou Paris Habitat. Puisqu'elle ne peut pas légalement concurrencer les acteurs privés comme OVH ou IBM, elle se contente de louer des "salles blanches".

« On loue avec un simple objectif de retour sur investissement. On fait payer au prix coûtant l'électricité et le mètre carré. Forcément, on ne peut pas travailler avec n'importe qui », développe Philippe Chuet, responsable technique du site.

Les partenaires, tous issus du secteur public, remplissent les baies de leur propre matériel, et se chargent de leur maintenance. « Notre champ d'intervention s'arrête au disjoncteur électrique de la baie », précise Philippe Chuet. Pour les locataires, c'est la garantie d'un contrat longue durée, à prix minimum, mais qui nécessite d'avoir les compétences informatiques nécessaires pour se passer des services des groupes privés. Ils arrivent ainsi au compte-goutte, mais la mairie entend remplir son espace à plus de la moitié.

Grâce à toutes ces économies, Emmanuel Grégoire prévoit de rentabiliser l'investissement de 16 millions d'euros (pour moitié dans l'infrastructure, pour moitié dans les équipements) en seulement huit ans.

Tous risques pris en compte

Dans ce sous-sol austère, fait de câbles et de tuyaux, nos guides insistent sur la modernité des lieux. Le système de refroidissement des serveurs, alimenté en eau froide à 14 degrés, souffle à 21 degrés, et l'air chaud ressort à une température entre 29 et 33 degrés. « Dans un climat tempéré, nous n'avons pas besoin de faire fonctionner la climatisation », s'avance Joachim Labrunie, chef du service infrastructure de la Ville. Un échangeur permet d'utiliser une partie de la chaleur émise par les serveurs pour chauffer l'eau du circuit public. Le data center pourrait alimenter en chauffage certains bâtiments adjacents, pour l'instant inexistants, ainsi qu'une serre urbaine, située sur le toit.

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Groupe électrogène data center Paris

[Un groupe électrogène au fioul peut prendre le relais en cas de panne d'électricité. Au prix d'une consommation de 100 litres par heure]

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Côté sécurité, le centre respecte les exigences nécessaires pour être certifié "tiers 3" par la profession. Autrement dit, tout est doublé, notamment les arrivées d'électricité, pour pallier à une quelconque panne. En dernier ressort, un gigantesque groupe électrogène à fioul peut alimenter la structure pendant presque deux semaines. Étant donné la sensibilité des données, toutes les éventuelles catastrophes ont leur parade. « La salle informatique est une enclave à part, aux normes antisismiques », précise Joachim Labrunie.

Dans une salle parallèle, une rangée de bonbonnes de gaz saturera la pièce des serveurs en cas d'incendie, pour l'arrêter sans endommager les données. Pour pallier au risque humain, la Ville envisage de mettre en place un système d'identification biométriques pour les différents accès, qui se font aujourd'hui avec des badges. Seuls une poignée d'employés qualifiés sont autorisés. Le fonctionnement du centre de données mobilise dix personnes.

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Commentaires
a écrit le 20/06/2019 à 20:12 :
Il y a dans Paris un certain nombre d'abris construit au moment de la guerre froide et j'en connais particulièrement un qui s'étale sur 6 étage avec des hauteurs de plafond qui vous laissent rêveur.
Initialement, il était prévu d'y installer des centraux téléphoniques (encore électro mécaniques.
Le condition de sécurité avec identification biométriques me laissent perplexe. Il y a plus de 40 ans qu'existent des procédures nettement moins incontournables et qui ont fait leurs preuves au niveau mondial
a écrit le 31/05/2019 à 9:36 :
Merci pour cet article qui expose que la stupidité néolibérale de tout privatiser est grotesque seulement motivée par la cupidité de ces gens là puisque parfois il est bon de privatiser parfois non.
a écrit le 31/05/2019 à 8:46 :
La Commune de Paris ouvre un data center en plein Paris avec l'intention de louer ses infrastructures. Financée par l'impôt, elle devient concurrente déloyale dans l'économie de marché. A quel prix des sociétés de service amies vont-elle prendre les installations à bail pour en tirer profit? La tendance politique actuelle est de faire payer la nue propriété d'un investissement par le contribuable et d'en concéder l'usufruit. Pour le plus grand bien des usufruitiers ainsi substitués.
a écrit le 30/05/2019 à 17:12 :
un constat persistant : dans la vraie vie, les entreprises externalisent ce qui n'est pas leur coeur de métier, ce qui permet de payer moins cher car l'activité est mutualisée dans une entreprise qui traite pour tous ses clients, dans le secteur public et collectivités, on internalise....
qui a comparé les coûts totaux y compris en intégrant les coûts d'exploitation (ils travaillent à 32h avec la semaine de neige et le jour du maire ?) mais surtout les coûts d'évolution, fait des scénarios alternatifs ?...

rien..dépense obligatoire et incompressible nous dira t on...et comme dans la fonction publique, l'avancement de grade dépend du budget et du nombre de personnes (et non de la performance et des économies comme dans la vraie vie), ça a surement permis à un responsable de passer ingénieur en chef....et sans doute celui qui a instruit "l'utilité" du dossier..

pas étonnant que les déficits et dette soit croissants, mais ce n'est pas un problème, c'est le citoyen qui paye et personne ne lui explique comment il pourrait payer moins...
a écrit le 30/05/2019 à 14:33 :
un constat persistant : dans la vraie vie, les entreprises externalisent ce qui n'est pas leur coeur de métier, ce qui permet de payer moins cher car l'activité est mutualisée dans une entreprise qui traite pour tous ses clients, dans le secteur public et collectivités, on internalise....
qui a comparé les coûts totaux y compris en intégrant les coûts d'exploitation (ils travaillent à 32h avec la semaine de neige et le jour du maire ?) mais surtout les coûts d'évolution, fait des scnénarios alternatifs ?...

rien..dépense obligatoire et incompressible nous dira t on...et comme dans la fonction publique, l'avancement de grade déoend du budget et du nombre de personnes (et non de la performance et des éocnomies comme dans la vraie vie), ça a surement permis à un responsable de passer ingénieur en chef....et sans doute celui qui a instruit "l'utilité" du dossier..

pas étonnant que les déficits et dette soit croissants, mais ce n'est pas un problème, c'est le citoyen qui paye et personne ne lui explique comment il pourrait payer moins...
a écrit le 29/05/2019 à 18:04 :
Très bon projet.

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