Alors que les Jeux Olympiques d'hiver de Pékin vont débuter ce 4 février, une application imposée par le comité olympique, My 2022, fait beaucoup parler d'elle. Entre fantasmes d'espionnage des athlètes et inquiétudes légitimes sur sa sécurité, elle reflète les inquiétudes des pays occidentaux sur la cybersécurité de l'événement organisé en Chine.L'application "My 2022", obligatoire pour participer aux Jeux Olympiques d'hiver de Pékin, espionnerait-elle ses utilisateurs ? Cette accusation grave, relayée par plusieurs médias américains et français, se base sur de longs messages publiés sur Twitter par Jonathan Scott. Depuis le 26 janvier, cet étudiant-chercheur américain, autoproclamé meilleur hacker au monde et suivi par plus de 20.000 personnes, matraque ses conclusions :
"Je peux définitivement dire que tout l'audio des athlètes olympiques est collecté, analysé et sauvegardé sur des serveurs chinois à l'aide d'une technologie utilisée par une entreprise d'intelligence artificielle placée sur liste noire par les Etats-Unis."
Jonathan Scott n'hésite pas à qualifier l'application de "spyware" (logiciel espion), à dénoncer une "violation des droits de l'Homme" et il demande que l'app soit retirée du Google Play Store et de l'App Store. Bien que les fondements de son analyse soient balayés par de grands noms de la cybersécurité, Scott est parvenu à trouver un écho jusqu'au sénat américain. Il a profité du climat d'inquiétude généralisé sur la cybersécurité de l'événement, et d'une autre étude, bien plus sérieuse, qui pointe les défauts de l'app.
Des accusations d'espionnage sans fondement
La publication de Jonathan Scott a créé une petite tempête dans le monde de la cybersécurité. Les experts de tous bords s'accordent pour dire que l'analyse -trop pauvre techniquement au-delà des apparences- ne suffit absolument pas à prouver ses accusations. Face à cette pluie de critiques, Jonathan Scott persiste et signe, arguant que chacun de ses opposants n'est pas un "véritable spécialiste" du sujet.
"Il a opté pour une approche très basique de la recherche de vulnérabilité, et il n'utilise pas les outils de référence, ce qui retirait d'emblée du crédit à sa recherche", explique à La Tribune le hacker éthique français Adrien Jeanneau. "Ensuite quand on regarde de plus près, il fait référence à des fonctions qui sont présentes dans le SDK (le fichier de configuration de l'app, ndlr), mais il ne donne aucune preuve qu'elles sont utilisés à des fins d'espionnage", poursuit-t-il. Par exemple, s'il est prévu que l'application puisse enregistrer la voix des utilisateurs, rien n'indique que ce soit pour autre chose que de la traduction instantanée.