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Technos & MediasInformatique

Pourquoi Microsoft mise un milliard de dollars sur la pépite OpenAI

François Manens

Publié le 24 juillet 2019 à 07:15 - Mis à jour le 24 juillet 2019 à 07:42

La startup californienne OpenAI va travailler avec Microsoft Azure pour créer l'intelligence artificielle de demain.

La startup californienne OpenAI va travailler avec Microsoft Azure pour créer l'intelligence artificielle de demain.

OpenAI

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Microsoft va financer une partie des recherches de la startup Open AI, à hauteur d'un milliard de dollars sur plusieurs années.

Pourra-t-on créer des intelligences artificielles autonomes, capables de comprendre et d'apprendre aussi bien, voire mieux qu'un humain ? Beaucoup doutent de la possibilité d'atteindre une telle technologie, même dans le centenaire à venir. Mais la startup OpenAI, lancée en décembre 2015, y croit, et a en même fait son principal objectif. Et elle n'est pas seule.

Parmi ses concurrentes se trouve notamment DeepMind, une startup britannique rachetée pour 500 millions de dollars par Google en 2014. Pour rivaliser, Open AI a gagné le soutien d'un autre géant de la tech, Microsoft, sous la forme d'un investissement d'un milliard de dollars et d'un partenariat de recherche. Il n'est pas question de rachat ou d'entrée au capital ici, mais bien d'un investissement en liquidités.

En échange de son conséquent soutien financier, Microsoft sera un partenaire privilégié quand Open AI commercialisera de nouvelles technologies d'intelligence artificielle. La startup d'une centaine d'employés s'engage également à travailler sur la structure d'Azure, le cloud de Microsoft, et leurs progrès profiteront donc à la firme de Seattle. Pour la pépite de l'IA, ce partenariat marque un changement d'ère vers des applications commerciales, au risque de s'éloigner de ses objectifs et de ses valeurs d'origine.

Une startup dorée avec des valeurs idéalistes

OpenAI n'est pas une startup classique. Ses principaux cofondateurs sont des entrepreneurs de renom : Elon Musk, le milliardaire derrière les voitures électriques de Tesla et les navettes spatiales de SpaceX, et Sam Altman, ancien président du Y Combinator, le plus gros accélérateur de startups de la Silicon Valley, par lequel sont passés Airbnb et Dropbox. Les deux hommes ont réuni autour d'eux la crème des entrepreneurs californiens : Peter Thiel (Paypal, Palantir), Jessica Livingston (Y Combinator), Reid Hoffmann (LinkedIn) ou encore un des pères du l'apprentissage profond, Yoshua Bengio. Avec de tels soutiens, la startup a démarré avec plus d'un milliard de dollars de fonds.

Son objectif : repousser les limites de l'intelligence artificielle, mais de façon responsable et contrôlée. L'Artificial General Intelligence (A.G.I.) qu'elle vise reproduirait toutes les connections neuronales du cerveau humain, et en dépasserait les capacités. Elle pourrait ainsi travailler sur un problème, comme le réchauffement climatique, et trouver des solutions auxquelles les humains n'auraient pas pensé.

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Pour encadrer une telle technologie, la startup s'est doté en 2018 d'une charte, qui contient ses grands principes éthiques. Elle s'engage à s'assurer que ses recherches œuvrent pour le bien commun de l'humanité, à pousser à la coopération avec d'autres acteurs du milieu, et à publier les résultats de ses recherches en open source (accessibles gratuitement pour tous, ndlr). Afin de garantir l'application de ses principes, les fondateurs d'OpenAI avaient opté pour le statut d'organisation à but non lucratif.

"Notre objectif est de faire progresser l'intelligence numérique d'une façon qui devrait bénéficier à l'humanité entière, sans être contrainte par le besoin de générer un retour sur investissement", expliquait le CTO Greg Brockman surun billet sur leur site.

OpenAI débauche dès son lancement plusieurs étoiles montantes de l'intelligence artificielle, en leur offrant de très hauts salaires et des parts de l'entreprise. Greg Brockman, CTO d'une des success story de la Silicon Valley, Stripe (785 millions de dollars levés), prend un poste similaire au sein d'Open AI. Il consulte Yoshua Bengio, qui lui dresse une liste des meilleurs chercheurs en deep learning. C'est ainsi que la startup va chercher son directeur scientifique, Ilya Sustskever, directement chez Google. Ce disciple de Geoff Hinton (pionnier du deep learning aux côté de Yoshua Bengio et Yann Le Cun) rejoint l'entreprise, accompagné par huit autres pointures arrachées aux mains des géants de la tech.

Des concessions sur les valeurs pour accélérer le développement

Mettre l'intelligence artificielle ultime à disposition de tous, et gratuitement. Tel était l'idéal défendu par OpenAI à son lancement. Mais en mars, la startup a revu sa copie, peu après que Elon Musk a quitté son conseil d'administration. Trop limité par les statuts de l'entreprise dans sa capacité a levé des fonds, le CEO Sam Altman a créé une nouvelle société, "OpenAI LP", cette fois à but lucratif. Certes, cette nouvelle entité reste sous la coupe de la précédente organisation. Cependant elle expose la startup à des raisonnements plus capitalistes. OpenAI s'est défendu d'opérer un virage à 180 degrés : la société serait selon ses termes à "bénéfice plafonné", une notion inventée pour trouver un entre-deux.

"Les investisseurs et les employés obtiennent un retour sur investissement plafonné si nous parvenons à accomplir notre mission. Cela nous permet de lever des fonds et d'attirer les employés avec un système de partages de parts de l'entreprise", s'est justifié OpenAI.

De l'argent, la jeune pousse californienne en a grand besoin. Elle développe des algorithmes d'apprentissage profond, très gourmands en données et en ressources informatiques. Brockman juge que la startup est à "cinq ordres de grandeur" de pouvoir créer un réseau neuronal aussi grand que le cerveau humain. Il lui faudrait donc créer un superordinateur avec 100.000 fois plus de puissance de calcul qu'aujourd'hui. Cet objectif seul parait difficile à atteindre, alors que le rythme d'augmentation de la puissance des ordinateurs a ralenti ces dernières années. En outre, OpenAI a besoin d'attirer les meilleurs chercheurs pour parvenir à ses fins, mais les géants de la tech se les disputent avec des salaires mirobolants.

L'entrée de Microsoft, un premier pas vers la commercialisation

OpenAI avait donc besoin d'un soutien de poids, et Microsoft remplit de nombreuses cases. D'abord, la firme de Seattle est la seconde plus grande entreprise de cloud derrière Amazon. Elle dispose d'un gigantesque parc de centres de données (et donc de puissance informatique) en plus d'une architecture logicielle dédiée à l'IA. La startup va s'appuyer sur cette infrastructure et sur l'expertise des employés d'Azure pour créer son nouveau système informatique dédié à l'IA.

"Les deux entreprises vont se concentrer sur la construction d'une plateforme informatique sur Azure à une échelle jamais vue auparavant. Elle va entrainer et faire tourner des modèles d'intelligence artificielle de plus en plus avancés, permettre d'utiliser des nouvelles technologies hardware qui vont se greffer aux superordinateurs de Microsoft, tout en respectant les principes partagés par les deux entreprises sur l'éthique e et la confiance", promet Brockman dans son communiqué.

Problème : pour l'instant, les découvertes de la startup n'ont pour l'instant pas fait l'objet de commercialisation. Les chercheurs ont fait parler d'eux en créant une intelligence artificielle capable de battre les meilleurs joueurs sur le jeu vidéo Dota II, d'abord en un contre un (en 2017), puis en équipe de cinq (en 2018). C'est une prouesse au vu du nombre conséquent de paramètres à optimiser, comme la synergie entre les mouvements et les actions des cinq personnages. De plus, il faut que les personnages réagissent très rapidement, et donc que l'ordinateur réalise un calcul très complexe pour choisir la meilleure option dans un temps extrêmement court. Plus récemment, en février 2019, OpenAI a publié GPT-2, un modèle de générations de texte. Un humain tape un paragraphe, puis le système termine la page avec des phrases cohérentes dans la continuité du paragraphe et dans un style similaire. Pour éviter des utilisations criminelles de sa technologie, par exemple pour des fins de propagande, la startup n'a pas publié le jeu de données sur lequel s'appuie son modèle. En revanche elle a mis des échantillons à disposition des chercheurs extérieurs pour qu'il puisse travailler avec.

Si OpenAI fait avancer l'état de l'art de la recherche, elle ne fait pas encore d'entrée  d'argent, alors qu'elle en dépense beaucoup. Altman a déjà annoncé que l'investissement de un milliard par Microsoft sera dépensé au maximum en cinq ans. Cependant, nul doute que le géant de l'informatique espère créer des produits ou des services à partir du travail de OpenAI, et profiter de sa priorité sur leur commercialisation.

"La façon la plus évidente de couvrir nos coûts serait de développer un produire, mais ça voudrait dire que nous changerions nos objectifs. A la place, nous allons poser des licences sur nos technologies pré-A.G.I., et nous privilégierons Microsoft pour les commercialiser", a précisé Greg Brockman dans le communiqué.

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Seul un membre du conseil d'administration de la startup, sur neuf, sera désigné par Microsoft. La pépite de l'IA affirme donc qu'elle continuera a décider par elle-même ses directions de recherche et comment son travail pourra être utilisé. A elle de prouver que ses évolutions récentes ne la détourneront pas de ses idéaux initiaux.

François Manens

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