Cinq décacornes en 2025 : le nouvel objectif du gouvernement pour la French Tech est-il tenable ?

Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a fixé un objectif pour la French Tech de faire éclore cinq startups valorisées au moins 10 milliards d'euros d'ici à 2025, et dix d'ici à 2030. Une ambition qui paraît plus raisonnable que les "10 super géants européens valorisés 100 milliards d'euros d'ici à 2030" d'Emmanuel Macron à l'automne dernier.
Sylvain Rolland

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(Crédits : iStock)

"Nous voulons 10 décacornes en 2030, dont 5 en 2025". De passage au salon Viva Technology, le ministre de l'Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, Bruno Le Maire, a fixé un nouveau cap à la French Tech en 2025, après avoir atteint dès 2022 celui des 25 licornes, ces startups valorisées au moins 1 milliard de dollars.  Face à l'explosion mondiale du nombre de licornes -il y en aurait 1.068 d'après CB Insight-, l'enjeu est désormais de faire émerger de véritables géants mondiaux de la tech. L'inflation des licornes a relevé la nécessité de relever ce seuil, si bien que désormais, c'est le nombre de décacornes, autrement dit des startups valorisées au moins 10 milliards de dollars, qui est scruté à la loupe. Sur les plus de 1.000 licornes en activité dans le monde, seules 51 d'entre elles, d'après CB Insight, ont atteint ce stade. Et 17 d'entre elles sont situées en Europe, d'après la dernière étude "Titans of Tech" de GP Bullhound.

Une ambition revue à la baisse

En septembre 2021, Emmanuel Macron avait fixé un autre cap : 10 super géants de la tech en Europe en 2030, c'est-à-dire des entreprises tech valorisées à au moins 100 milliards de dollars, dont "quelques Français". Aujourd'hui, seules deux startups non cotées dans le monde, le chinois Bytedance et l'américain SpaceX d'Elon Musk, ont atteint ce niveau.

"C'était peut-être un peu trop ambitieux, sourit un investisseur contacté par La Tribune. Mais on ne sait pas de quoi demain sera fait et on peut tout à fait retrouver des conditions macroéconomiques favorables qui iraient dans ce sens. Ceci dit, la douche froide de ces derniers mois a quand même montré que les valorisations de la tech explosent dans un environnement de taux bas, ce qui ne vas plus être le cas pour les prochains mois et années", ajoute-t-il.

Contrairement à d'autres pays européens comme les Pays-Bas et la Suède, la France ne compte actuellement aucune décacorne. Alors, Bruno Le Maire se montre plus raisonnable : au rythme de la transformation numérique de l'économie et de la société, il ne paraît pas inconcevable d'imaginer 10 startups françaises obtenir ce statut d'ici à 2030. D'autant plus que 24 d'entre elles sont déjà des licornes actives. Certaines ont indéniablement le potentiel pour viser plus haut, à commencer par Doctolib. Depuis mars, la pépite de la e-santé est même devenue la startup la mieux valorisée de la French Tech, à 5,8 milliards d'euros, soit davantage que des grands groupes comme Air-France-KLM, Casino, Atos ou encore Faurecia.

L'entreprise avait alors battu le record précédemment détenu par Back Market (5,1 milliards d'euros), suivi par Qonto (4,4 milliards d'euros) et Sorare (3,7 milliards d'euros). Leur point commun : toutes sont déjà des leaders nationaux de leur secteur - la e-santé pour Doctolib, l'électronique reconditionnée pour Back Market, les NFT dans le gaming pour Sorare, les néobanques pour TPE/PME pour Qonto, et toutes se focalisent sur la conquête de l'immense marché européen.

Parmi les autres licornes de la French Tech, les spécialistes contactés par La Tribune estiment que Voodoo (l'éditeur de jeux vidéo mobiles le plus téléchargé au monde), ContentSquare (logiciel d'analyse du comportement client), Mirakl (édition de marketplaces), Alan (néo-assurance santé), Ledger (leader mondial de la sécurisation des crypto-actifs), ou encore EcoVadis (plateforme collaborative de gestion de la RSE des entreprises), ont le potentiel pour devenir des décacornes.

Soutien du gouvernement

Reste désormais à savoir si cinq de ces pépites à très haut potentiel atteindront le palier symbolique d'ici à 2025, comme l'affiche Bruno Le Maire. Pour les y aider, le ministre de l'Economie a notamment mis l'accent sur la nécessité pour la France de continuer à développer la French Tech, notamment en lien avec l'industrie et la transition écologique et énergétique, afin de créer en France des champions mondiaux capables de répondre aux défis du XXIè siècle.

"Chacun a bien vu que les conditions de financement sont en train de changer radicalement. L'argent facile, c'est fini !  Et chacun doit en avoir conscience. Mais notre responsabilité est de continuer à vous garantir un financement solide par d'autres moyens", a-t-il promis, citant l'initiative européenne "Scale-up Europe" qui prévoit de débloquer 3,5 milliards d'euros, ou encore le plan d'investissement France 2030 lancé l'an dernier par Emmanuel Macron.

Sylvain Rolland

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Commentaire 1
à écrit le 17/06/2022 à 18:38
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Mon Nono, ne crois tu pas qu'il serait plus judicieux de lâcher la grappe à des milliers et des milliers de porcs-épics?

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