Doctolib lève 500 millions d'euros pour recruter 3.500 personnes en cinq ans

Le leader européen de la prise de rendez-vous médicaux se valorise 5,8 milliards d'euros grâce à cette nouvelle méga-levée de fonds. Doctolib devient ainsi la startup la mieux valorisée de la French Tech. Elle n'est toujours pas rentable, mais elle compte créer 3.500 emplois supplémentaires en France et en Europe dans les cinq prochaines années.
Sylvain Rolland
(Crédits : Reuters)

Grand gagnant du coronavirus, qui a démocratisé les usages numériques et notamment dans la e-santé avec la prise de rendez-vous à distance et la téléconsultation, Doctolib lève ce mardi 15 mars 500 millions d'euros supplémentaires auprès des fonds français Eurazeo et Bpifrance.

Trois ans après sa précédente méga-levée - alors de 150 millions d'euros -, Doctolib devient la startup la mieux valorisée de la French Tech, à 5,8 milliards d'euros. La pépite parisienne bat ainsi le record de Back Market (5,1 milliards d'euros), qui avait lui-même en janvier battu le record de Qonto (4,4 milliards d'euros), qui avait lui-même dépassé pour à peine un jour celui de Sorare (3,7 milliards d'euros).

Bref, Doctolib devient le nouveau champion - probablement de courte durée - de la French Tech, et pèse désormais davantage que des champions cotés en Bourse comme OVHCloud (4,4 milliards d'euros), et aussi des grands groupes historiques comme Air-France-KLM (2,42 milliards d'euros), Casino (1,71 milliard d'euros), Atos (2,87 milliards d'euros) ou encore Faurecia (3,7 milliards d'euros).

Lire aussi 3 mnDoctolib attaque le marché italien, la conquête européenne prend forme

"Winner takes it all" : quand l'argent permet de rafler le marché

Cet argent frais permettra à la startup de recruter massivement, en France et en Europe, pour poursuivre son extraordinaire hypercroissance. Stanislas Niox-Chateau, le PDG et fondateur de la licorne française, annonce ainsi 3.500 nouvelles créations d'emplois dans les cinq années à venir, réparties dans 30 villes en France, mais aussi en Allemagne et en Italie, où il a racheté à l'automne dernier le challenger local Dottori. Dans le détail, Doctolib compte s'étendre dans 30 villes en France : à Paris bien sûr, où se situe le siège social de l'entreprise, mais aussi à Nantes - où travaillent déjà 750 personnes - et dans toutes les zones urbaines moyennes du territoire.

La startup reprend ainsi une stratégie très efficace dans le monde de la tech : "winner takes it all". Pour cela, il faut lever massivement de l'argent et l'utiliser pour conquérir rapidement le marché, en devenir le leader, puis étouffer la concurrence. La recette a fonctionné en France, où Doctolib domine le marché à tel point que le gouvernement s'est appuyé sur lui pour organiser la stratégie vaccinale contre le Covid-19. Ainsi, l'essentiel de ses 60 millions d'utilisateurs, répartis entre la France, l'Allemagne et l'Italie, se situent dans l'Hexagone.

La pépite espère désormais démultiplier ses efforts commerciaux outre-Rhin et dans la botte italienne pour devenir là-bas aussi la référence des praticiens et des patients. Quitte à rester un peu plus dans le rouge : Doctolib n'est toujours pas rentable, mais son PDG espère le devenir pour "2024 ou 2025". Ce qui ne sera pas chose aisée car "chaque euro qu'on a, on le réinvestit", assure-t-il, énumérant les développements en cours de logiciels pour les médecins, infirmiers et kinés libéraux, mais aussi pour les hôpitaux, qui doivent tous aboutir cette année. Sans oublier d'autres projets de "messagerie instantanée sécurisée", d'échange de documents médicaux et de prescription électronique, mais a priori pas de nouvelle acquisition prévue sur ou en dehors de ses trois marché actuels.

Des investisseurs (enfin) français

Dans son communiqué, la licorne met l'accent sur la nationalité française de ses investisseurs : Eurazeo et Bpifrance, déjà présents au capital depuis 2017, et qui demeurent, d'après Stanislas Niox-Chateau, "les principaux actionnaires de Doctolib derrière ses dirigeants et ses salariés".

De quoi faire oublier la mésaventure de sa précédente levée de fonds ? En mars 2019, Doctolib avait fait appel à un fonds américain, General Atlantic, connu pour avoir accompagné Alibaba ou encore Airbnb, pour financer son expansion.

Depuis, la startup de la e-santé, domaine où les données personnelles sont particulièrement sensibles, est régulièrement sous le feu des critiques pour sa dépendance envers Amazon Web Services (AWS), qui héberge son infrastructure cloud. Un choix que la startup , également empêtrée dans un scandale sur la gestion de ses données en Allemagne, justifie pour des raisons pratiques : aucun hébergeur français ne pouvait répondre à ses besoins à l'époque, dit-elle.

Sylvain Rolland
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Commentaires 6
à écrit le 16/03/2022 à 10:20
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La principale cible de la société sont les professionnels libéraux qui s’abonnent pour 129 € par mois. Si les médecins sont majoritaires, on y trouve aussi des dentistes, des kinés, des psychologues, des ostéopathes… « C’est un premier problème. Sur ...

à écrit le 15/03/2022 à 18:35
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C'est incroyable que la France c'est passée de ce service génial, comment ont-ils faits auparavant.. Pour prendre rendez-vous je contacte la secrétaire du groupe médical et miracle, doctolib me parle.. Assez de ces systèmes numériques...

le 15/03/2022 à 20:03
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@ Albert: moi aussi j'en ai plus qu'assez de tous ces répondeurs numériques ou déshumanisés (doctolib, banques, télecoms, ...). Je veux pouvoir contacter mon cabinet habituel ou mon conseiller. Ce nouveau mode "virtuel" est insupportable

à écrit le 15/03/2022 à 18:34
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Franchement vu la chute du pouvoir d'(achat des français, ils s'en tapent.

à écrit le 15/03/2022 à 18:33
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Pourquoi est-ce qu'ils embauchent, s'ils ne sont pas rentables ? Ca n'a pas de sens

à écrit le 15/03/2022 à 18:18
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Les dix familles les plus riches de France (Arnault, Hermès, Bettencourt, Wertheimer, Pinault, Dassault, Mulliez, Omidyar, Castel, Drahi, ont accru leur fortune de 20% pendant le covid ! Pourquoi ne prouvent-elles pas leur patriotisme et leur empathi...

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