Comment Vestiaire Collective est devenue la 11e licorne de la French Tech

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Kering a pris une participation d'environ 5% dans Vestiaire Collective, qui devient officiellement la 11è licorne française, c'est-à-dire une startup valorisée au moins un milliard d'euros.
Kering a pris une participation d'environ 5% dans Vestiaire Collective, qui devient officiellement la 11è licorne française, c'est-à-dire une startup valorisée au moins un milliard d'euros. (Crédits : DR)
Le spécialiste de la vente de vêtements et d'accessoires de luxe d'occasion est un modèle d'hyper-croissance maîtrisée. Grâce à une vision stratégique claire et à des partenariats pertinents avec tous les acteurs de son secteur -fonds d'investissements, enseignes de mode- Vestiaire Collective s'est positionné en amont sur le marché de la seconde main et a fait sauter un à un tous les verrous. La startup récolte aujourd'hui les fruits de l'évolution des usages en devenant la 11e licorne française, à la faveur d'une méga-levée de fonds de 178 millions d'euros réalisée auprès du groupe Kering.

Acheter du seconde main, c'est-à-dire des vêtements ayant déjà été portés, a été longtemps perçu comme dévalorisant. Mais l'explosion du commerce en ligne depuis la crise du coronavirus et l'essor de la conscience environnementale font sauter les verrous. Positionné sur le créneau de la seconde main de vêtements et d'accessoires de luxe, la startup française Vestiaire Collective est aux premières loges pour en récolter les fruits. Mardi 2 mars, la pépite parisienne a annoncé le succès d'une levée de fonds massive de 178 millions d'euros, record de 2021 pour l'instant.

Consécration : l'opération est menée par le géant du luxe Kering, qui souhaite mieux se positionner sur ce marché en plein essor, ainsi qu'un fonds d'investissement américain, Tiger Global Management, qui va accompagner la croissance à l'international de la startup. D'après le communiqué de presse, Kering a pris une participation d'environ 5% dans Vestiaire Collective, qui devient officiellement la 11e licorne française, c'est-à-dire une startup valorisée au moins un milliard de dollars. Les actionnaires historiques Bpifrance et Condé Nast ont également remis au pot pour soutenir l'expansion de la pépite en hyper-croissance.

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Le luxe de seconde main, un marché naissant et déjà féroce

"Le luxe de seconde main est désormais une tendance réelle et profonde, en particulier parmi les jeunes consommateurs", a déclaré François-Henri Pinault, président-directeur général de Kering, dont le groupe sera désormais représenté au conseil d'administration. "Plutôt que de l'ignorer, nous voulons au contraire saisir cette opportunité pour continuer à améliorer les services proposés à nos clients et orienter l'avenir de notre secteur vers des pratiques plus innovantes et plus durables".

Si le champion du luxe s'allie avec un acteur qui revend ses propres produits, c'est parce que l'évolution des usages des consommateurs a propulsé Vestiaire Collective dans la cour des grands ces derniers mois. En 2019, un Français sur trois avait acheté un produit d'occasion, et la tendance s'est accentuée en 2020, avec un Français sur deux déclarant avoir recours à la seconde main lors des fêtes de fin d'année.

Sans communiquer son chiffre d'affaires, Vestiaire Collective revendique 11 millions de membres sur sa plateforme et 3 millions d'articles disponibles (vêtements, sacs à main, chaussures et autres accessoires). Ses revenus auraient doublé en 2020, à la faveur de la crise du Covid et de l'essor de la mode durable. Une tendance observée également par ses concurrents, à commencer par le lithuanien Vinted, particulièrement bien implanté en France, mais aussi le néerlandais United Wardrobe, le français Videdressing.com ou encore les américains Tradesy et The RealReal.

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D'après le cabinet de conseil BGC, le marché mondial du luxe d'occasion devrait générer un chiffre d'affaires de 36 milliards de dollars en 2021, et devrait doubler d'ici à cinq ans. Il reste toutefois une goutte d'eau, puisque l'occasion ne pèse que 7% à 9% du marché global du luxe, toujours d'après cette étude publiée en 2020. Cela n'empêche pas tous les acteurs du secteur de vouloir s'y positionner. En plus des startups comme Vinted, Tradesy ou encore Vestiaire Collective, ce segment en forte croissance intéresse les enseignes traditionnelles.

Pour se distinguer sur ce marché concurrentiel, Vestiaire Collective se conçoit avant tout comme une plateforme et cultive son identité. Son credo : reproduire les codes du secteur très élitiste du luxe au marché de la seconde main. Les acheteurs/vendeurs ne sont pas des clients mais des "membres" qui forment une "communauté", comme un cercle d'initiés, qui achètent et revendent entre eux et peuvent interagir grâce à des fonctionnalités sociales. Grâce au soin apporté à la vérification de l'authenticité des produits -qui transitent tous par les entrepôts de l'entreprise pour le contrôle qualité- Vestiaire Collective se positionne comme un tiers de confiance, qui permet aux acheteurs de réaliser des économies parfois énormes sur des produits comme neufs ou en très bon état. On peut trouver ainsi sur le site des sacs à main Chanel à 2000 euros à la place de 3500 euros, des chaussures Dolce & Gabbana à 150 euros à la place de 500 euros...

La levée de fonds vise à permettre à Vestiaire Collective "d'accélérer sa feuille de route en matière d'innovation technologique et de science des données", pour résister à l'agressivité de la concurrence et s'approprier une partie de la forte croissance du secteur.

"La part des pièces de seconde main dans la garde-robe des particuliers devrait passer de 21% en 2021 à 27% en 2023, et le marché de la seconde main devrait atteindre plus de 60 milliards de dollars d'ici 2025", estime Vestiaire Collective.

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Une hyper-croissance très bien maîtrisée

Le fait qu'un géant du secteur, Kering (Gucci, Yves Saint Laurent, Bottega Veneta, Balenciaga, Boucheron ou encore Alexander McQueen...) s'allie avec Vestiaire Collective, révèle la nouvelle maturité du marché de la seconde main, de moins en moins perçu comme une menace pour les acteurs du luxe, mais comme un marché complémentaire. "Plus il y a de produits qui se vendent dans les magasins plus il y a de produits qui arrivent sur le marché d'occasion. Et plus vous vendez sur le marché de l'occasion, plus vous avez d'argent pour acheter du neuf", résumait en 2017 Sébastien Fabre, l'un des six cofondateurs du site, dans une interview à Forbes.

Cet accomplissement est le fruit d'une stratégie de croissance maîtrisée de main de maître. Depuis 2009, Vestiaire Collective a levé 392,4 millions d'euros, en 9 opérations. La première, 400.000 d'euros d'amorçage pour lancer l'aventure, a permis aux six cofondateurs de bénéficier des conseils et de l'expérience du business angel Thierry Gillier, patron de Zadig et Voltaire. En 2010 et 2011, la startup a fait entrer ses premiers fonds tech (le français Ventech pour 1,5 millions d'euros, le britannique Balderton Capital pour 7,5 millions d'euros), ce qui lui a permis de se développer rapidement en Europe pour combler l'étroitesse du marché français sur le luxe d'occasion, et développer sa communauté. La traction obtenue a permis à la startup de lever 15 millions d'euros en 2015 auprès de Condé Nast, qui représentait alors une caution nécessaire dans le milieu de la mode, et qui a notamment aidé l'entreprise à améliorer son expérience client.

L'entrée au capital d'un des plus grand fonds de capital-risque européen, Eurazeo (33 millions d'euros en septembre 2015) a propulsé la startup dans une nouvelle dimension et a marqué le début de son accélération à l'international, pilier du succès actuel puisque la plupart des transactions sur le site se font de manière transfrontalière. Les levées suivantes obéiront toutes à la même logique : renforcer l'emprise de la startup en Asie et aux Etats-Unis, et solidifier sa crédibilité parmi les acteurs de la mode. Le spécialiste du luxe Vitruvian Partners (investisseur dans le succès britannique Farftech) a ainsi pris des parts dans l'entreprise en janvier 2017, pour contribuer au développement international, notamment aux Etats-Unis. En 2019 et en 2020, c'était au tour de Bpifrance (levée de 40 millions d'euros) et surtout d'acteurs du luxe et spécialistes de l'Asie (les fonds Korelya Capital, Vaultier7 et Cuir Invest lors d'un tour de table de 59 millions d'euros) d'entrer eux aussi dans la danse.

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Commentaires
a écrit le 03/03/2021 à 17:50 :
le luxe collectiviste a la francaise
lenine et melenchon doivent avoir des ulceres

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