French Tech 120/Next 40 : "Les innovations des startups bénéficient à toute la société" (Clara Chappaz)

ENTRETIEN. La directrice de la Mission French Tech revient pour La Tribune sur les enseignements de la troisième promotion du French Tech 120/Next40, dévoilé par Cédric O ce mardi.
Sylvain Rolland
Clara Chappaz, la directrice de la Mission French Tech.
Clara Chappaz, la directrice de la Mission French Tech. (Crédits : Vestiaire Collective)

LA TRIBUNE - Que vous inspire cette troisième promotion du French Tech 120 ?

CLARA CHAPPAZ - La première chose que je constate est que la promotion 2022 reflète très bien l'accélération spectaculaire du développement de la French Tech. Le dynamisme des startups françaises depuis plus d'un an se retrouve dans tous les critères financiers qui nous ont permis d'aboutir à ce classement.

Ainsi, la levée de fonds la plus basse d'une startup de l'indice est de 49,6 millions d'euros, contre 22 millions d'euros l'an dernier. Plus de la moitié du Next40 est composé de licornes. Le chiffre d'affaires des entreprises du French Tech 120 est passé de 14 millions d'euros à 19 millions d'euros en un an. Tout ceci signifie que les startups font leur trou dans le tissu économique français, et que leurs produits et services sont de plus en plus populaires.

C'est le deuxième enseignement que je tire du French Tech 120 : les innovations des startups françaises sont utiles à tout le monde, particuliers comme entreprises. Les secteurs les plus représentés dans la liste sont la santé, la fintech et le retail. Les usages que ces startups contribuent à créer s'implantent durablement dans la société et dans l'économie. Une étude que nous avons commandé à Roland Berger, et que nous présenterons au mois de mars, le confirme : en 2021, plus de 60% des Français ont déclaré utiliser au quotidien un produit ou service d'une startup du Next40. C'est 10 points de plus que l'an dernier.

L'explosion des méga-levées de fonds et des licornes en 2021 bouleverse le Next40, qui se renouvelle quasiment de moitié, mais le French Tech 120 ne change, lui, qu'au tiers. Qu'en déduisez-vous ?

C'est pour moi le signe d'une stabilité : il y a autant de sortants que l'an dernier. Cela bouge davantage au sommet de la pyramide car il y a de plus en plus de startups qui atteignent une taille conséquente, et c'est une raison de se réjouir. Mais globalement, le classement montre que le secteur de la tech est résilient et qu'il a été renforcé par la crise Covid.

L'un des chiffres les plus importants du French Tech 120 est l'impact de ces entreprises sur l'emploi. Ces 120 pépites comptent créer 19.000 emplois en 2022, contre 10.000 l'an dernier, c'est spectaculaire. Et ces emplois vont irriguer l'ensemble des territoires, car de plus en plus de startups ouvrent des bureaux dans plusieurs endroits en France, voire déménagent leur siège social en régions, comme vient de le faire Back Market qui est passé de la région parisienne à Bordeaux en début d'année. Les entreprises du French Tech 120 se développent aussi énormément à l'international, avec une part du chiffre d'affaires à l'étranger proche de 40%.

Pour la première fois, deux anciens Next40, OVHCloud et Believe, sont sortis du classement "par le haut", car ils sont entrés en Bourse. Pourquoi une entreprise tech cotée ne peut-elle pas être membre du Next40 ?

C'est un critère qui a été décidé depuis le début, il y a trois ans. Il ne faut pas oublier qu'avant d'être un classement des 120 startups les plus performantes, le French Tech 120 est avant tout un programme d'accompagnement piloté par la Mission French Tech. Le but est d'aider ces entreprises dans leur hyper-croissance, leur faciliter la tache pour recruter, s'internationaliser, gérer leurs soucis administratifs, de manière à ce qu'elles puissent au maximum se consacrer sur leur business et la création d'emplois.

Or, quand des entreprises entrent en Bourse, on considère qu'elles ont atteint un tel stade de maturité qu'elles ont moins besoin de nous. Mais elles restent très liées à l'écosystème. En décembre dernier, OVHCloud a par exemple réuni des entrepreneurs du Next40 pour partager un retour d'expérience sur son entrée en Bourse. Car le but reste, in fine, de créer des futurs champions de la tech.

Le classement est basé sur des critères purement économiques comme le chiffre d'affaires et les levées de fonds, et c'est pourquoi il n'y a pas encore de critère de mixité ou d'impact sociétal et environnemental. Mais en parallèle il y a aussi des quotas régionaux : pour éviter une domination de Paris et l'Ile-de-France, chaque région métropolitaine doit être représentée par deux startups minimum. N'est-il pas paradoxal de revendiquer l'objectivité de critères économiques tout en faussant le classement avec des quotas régionaux ?

Les critères économiques sont essentiels car l'enjeu du gouvernement et de la Mission French Tech est de transformer nos startups en scale-up et en champions nationaux, européens, voire mondiaux. C'est un enjeu crucial de développement économique et nous sommes encore loin d'être arrivés. La compétition internationale reste féroce. Ceci dit, le deuxième enjeu de la French Tech c'est que la dynamique de l'innovation profite à tous et sur tous les territoires. Ce ne serait pas une réussite si l'écosystème se concentrait uniquement sur Paris.

Or, aujourd'hui, l'Ile-de-France concentre 50% des startups du pays mais 82% des montants levés en 2021. Les autres régions sont loin derrière et ont donc besoin de rattraper le dynamisme parisien. Le French Tech 120 - et d'autres programmes comme Rise - aident les startups partout en France à avoir de la visibilité, à rencontrer des investisseurs, ce qui leur permet d'accélérer leur développement. Il y a toujours des startups hors Ile-de-France qui n'auraient pas été sélectionnées sans les quotas, ce qui a coûté leur place à quelques startups parisiennes, mais il est important de contribuer au dynamisme de la French Tech partout en France.

Reflet et vitrine de l'écosystème, le French Tech 120 manque clairement de mixité et de diversité...

Oui, c'est un fait. Dans le Next40 c'est flagrant, dans les 80 autres qui composent le French Tech 120 c'est un peu mieux car il y a 14 dirigeantes. Cela reste peu, mais l'an dernier il n'y en avait que 7. Il y a donc une vraie évolution, même si elle reste insuffisante. Beaucoup d'entreprises du French Tech 120 ont plus de cinq ou dix ans d'existence. Or, l'écosystème change, de plus en plus de femmes entreprennent. 20% des startups créées en 2020 ont eu au moins une femme dans l'équipe créatrice. Forcément, le French Tech 120 reflètera cette évolution dans les années à venir.

Un autre signal positif est qu'on voit de plus en plus de startups s'engager sur les sujets d'impact, sur la santé ou l'environnement. Il y a 4 entreprises labellisées B-Corp dans le FT120, alors que c'est un label très difficile à obtenir. Notre ambition est de continuer à rassembler la French Tech sur ces thématiques car les entreprises ont une responsabilité sociétale.

Propos recueillis par Sylvain Rolland

Sylvain Rolland

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Commentaires 2
à écrit le 02/02/2022 à 9:48
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Comme quoi, on veut leur donner un rôle social, alors qu'elles n'agissent que comme intermédiaire en prélevant la dîme! C'est du parasitisme!

à écrit le 02/02/2022 à 5:09
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En matière de contrôle et de surveillance des populations, c'est sûr !

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