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Vélo, nouveau moteur éco (4/4): électrique et connecté, oui, mais pour quoi faire?

Photo de Les correspondants de La Tribune

Frédéric Thual, à Nantes

Publié le 06 août 2016 à 06:00 - Mis à jour le 21 septembre 2016 à 16:32

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18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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[ Série d'été ] Sur les chemins ou dans les villes, pour le loisir ou le travail, la pratique du vélo n'a jamais connu un tel engouement. Encouragés par le développement de l'assistance électrique, fabricants et exploitants lui cherchent de nouveaux usages pour optimiser cet investissement.

Le marché du cycle ne s'est jamais aussi bien porté. Il est entré dans la dernière ligne droite pour franchir la barre psychologique des 3 millions d'unités. En 2015, 2.996.000 vélos (+0,5%) ont été vendus, et cela, après déjà une année 2014 record où les compteurs de la croissance affichaient une progression de +7,5%. L'Union nationale de l'industrie du vélo ne manquait de souligner la performance:

"En atteignant 961,6 millions d'euros en 2015, l'industrie du cycle a réalisé son plus important chiffre d'affaires depuis l'établissement de l'Observatoire du Cycle en 1999."

Dans la même veine, les ventes d'équipements et d'accessoires ont dépassé le précédent record de 2014 avec 728,9 millions d'euros (+4,5%).

"Tout n'est, cependant, pas si rose", tempère François Lucas, repreneur d'Arcades Cycles en 2010, et dont le chiffre d'affaires est tiré par le vélo à assistance électrique (VAE), souvent considéré comme un Eldorado professionnel:

"Au cours des trois dernières années, le secteur a vu disparaître trois fabricants, qui employaient chacun une centaine de salariés..."

Deux défis : fabriquer en France et recoller au peloton européen

Si bien que, aujourd'hui, à l'exception des artisans qui produisent de belles choses en petites unités, les industriels du vélo ne sont plus qu'une poignée (MFC, Cycleurope, Arcade Cycle, Easybike, Lapierre et Mercier...) à se partager un marché français fortement concurrencé par les importations de Chine (+69%), mais aussi des Pays-bas (+12%). Plus globalement, les importations ont grimpé de +81% alors que les exportations ont progressé de +41%.

"Avec 100.000 vélos à assistance électrique vendus dans l'Hexagone l'an dernier, la France [env. 66 millions d'habitants, Ndlr] est encore très en retard par rapport aux Pays-Bas qui, avec 15 millions d'habitants, en ont vendu 240.000 ou à l'Allemagne [env. 82 millions d'habitants, Ndlr] avec 500.000 unités commercialisées. Cela dit, le marché français a progressé de 30% au cours des cinq à six dernières années et devrait connaître le même rythme aussi longtemps", analyse François Lucas.

Des vélos intelligents bardés de capteurs

En dépit de ce marché en croissance, où les particuliers comptent pour près de 95% des ventes, Arcade Cycles a choisi de se positionner sur la vente de flottes de vélos à assistance électrique destinés à une utilisation intensive, personnalisée sur cahier des charges, pour une clientèle de collectivités, d'opérateurs en libre-service, et de grandes entreprises confrontées aux enjeux de l'éco-mobilité.

"Les VAE, c'est aujourd'hui 30% de notre activité. Nous sommes concepteurs-assembleurs, nous contrôlons la fabrication, et notre bureau d'études travaille notamment sur l'allongement de la durée de vie de matériels malmenés, qui passent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 dehors, soumis au vol et au vandalisme et qui effectuent 5 à 10 sorties quotidiennes en moyenne", indique François Lucas, dont les vélos sont déployés dans une centaine de villes en France et dans de grands groupes comme La Poste.

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Électrique et connecté, oui, mais pour quoi faire ?

"La question qui se pose est plutôt celle des usages", dit-il, alors qu'il présentait son premier vélo électrique connecté lors du premier salon dédié aux vélos connectés organisé début juillet lors du passage du Tour de France à Angers, où une vingtaine de fabricants et startups présentaient leurs innovations (voir encadré).

Ce vélo à assistance électrique connecté est pensé pour une utilisation en libre-service. L'utilisateur le déverrouille via son smartphone, sa carte bancaire ou un pass mobilité. En cas d'accident, les secours sont immédiatement prévenus. Un gestionnaire de flotte peut ainsi optimiser la répartition des vélos entre les stations, lutter contre le vol ou les dégradations grâce à la présence de capteurs et d'un GPS. Chaque vélo peut communiquer en temps réel son état, la qualité de l'air et la pollution sonore et en informe les agents de maintenance.

La technologie est prête, aux développeurs de jouer

"Techniquement, nous sommes prêts. Les technologies existaient déjà sur les camions. Elles pesaient trois kilos, avaient la taille d'une boîte à chaussures et coûtaient 2.000 euros. Nous avons miniaturisé la mécatronique pour la rendre légère, de la dimension d'une boîte d'allumettes, et à un coût compatible avec le prix d'un vélo. Celui-ci peut être géolocalisé. Il communique par GSM ou tout autre système. Tout est au point. Il ne reste plus qu'à savoir quoi communiquer pour permettre aux collectivités de rentabiliser leur investissement", explique le patron d'Arcade Cycles.

Bref, la balle est dans le camp des développeurs.

Quelles données pour rentabiliser l'investissement ?

"L'acquisition de données tels que la qualité de l'air, le niveau sonore d'une ville... peuvent permettre d'atténuer le coût d'exploitation des vélos qui seront utilisés comme traceur. C'est l'un des enjeux pour le développement des flottes de vélos dans les collectivités et chez les opérateurs de libre service."

Car les professionnels raisonnent en coût de possession. Les pièces détachées représentent 10% à 20% de l'investissement, l'entretien et la maintenance autant. Sur un an et demi, le coût d'entretien est équivalent au prix du vélo. Sur cinq ans, le coût d'utilisation est estimé à 25% pour l'achat du vélo et 75% pour l'entretien. Avec des variations selon les usages.

Les triporteurs investissent les villes

La question des usages s'avère aussi au coeur du développement du fabricant de triporteurs Nihola. Venu à Nantes il y a sept ans, avec en poche une licence du fabricant danois, Aymeric Dargniès a lui fait entrer le triporteur dans les usages hexagonaux en surfant sur les mobilités douces. Si la production n'a rien à voir avec les 2.000 unités vendues chaque année par la maison mère, Nihola se développe indépendamment avec deux lignes: l'une dédiée aux particuliers, directement inspirée du catalogue danois; l'autre, pour les professionnels, conçue à partir des cadres nordiques, habillés à la mode nantaise pour, au choix, les coursiers, la vente ambulante, les services de propreté, etc.

"Lorsqu'on a démarré en 2009, pour de nombreuses personnes, il était impensable de mettre entre 2.000 et 5000 euros dans un triporteur utilitaire familial. Aujourd'hui, avec l'évolution de la société vers le respect de l'environnement et les mobilités douces, le phénomène prend de l'ampleur", raconte Aymeric Dargnies. Si bien que le jeune chef d'entreprise entend proposer dès 2017 un système de location longue durée à l'image de ce qui se pratique pour les scooters. Un contrat tripartite qui associera un organisme financier pour démocratiser un mode de déplacement dont le coût d'achat atteint près de 5.000 euros.

"Quelque chose de très simple pour les familles. Avec un loyer modéré et un engagement de 24 mois. La location permettra de l'utiliser quand on en a vraiment besoin. Ce qui nous permettrait aussi de créer un marché de l'occasion", dit-il au regard du millier d'unités vendues depuis 2009.

Mais c'est sur le marché des professionnels que l'entreprise, qui vient de se faire construire un atelier de 600 m² à Couëron (44) et d'embaucher un ingénieur pour peaufiner le design de ses machines, que Nihola Nantes veut miser.

"On a réussi à développer tout un réseau de sous-traitants dans un rayon de 50 km. Malgré cela, avec cinq salariés, nous n'avons pas la capacité d'évangéliser. Mais nos triporteurs sont nos meilleurs ambassadeurs", affirme-t-il.

S'il faut compter environ 2.250 euros pour un modèle d'entrée de gamme de 30 à 35 kilos sans assistance électrique, certains modèles, équipés d'équipements frigorifiques spécifiques, peuvent peser quelque 400 kg et coûter jusqu'à 30.000 euros. En moyenne, il faut plutôt compter 15.000 euros pour un véhicule professionnel.

Frileuses dans un premier temps, les communes et collectivités, engagées dans des politiques en faveur de l'éco-mobilité et qui ont réussi à atténuer les réticences sociales, y viennent. Et arrivé à ce point-là, le rythme a toutes les chances de s'accélérer sensiblement si l'on en croit l'expérience d'Aymeric Darnies, dont les flottes sont déployées dans un trentaine de villes et communes:

"Il y a une vraie demande pour les services de propreté, les parcs et jardins, la vente ambulante, les concept-stores, les coursiers ...",se rejouit-il.

De fait, Toulouse est passée de 3 à... 36 triporteurs, Paris en a déjà 20, et Lille, 15. Après avoir dû lutter contre des représentations négatives (l'effort physique demandé et l'aspect régression sociale d'un véhicule ultra faible statutairement parlant) lié à la pratique du vélo, les services de Nantes Métropole vont s'y mettre. C'est vrai qu'à Nantes, il pleut souvent... "Mais comme disent les danois, il n'y a pas de mauvais temps, il n'y a que de mauvais équipements!", rappelle Aymeric Dargnies. Parole de pro.

Par Frédéric Thual, à Nantes

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ENCADRÉ

Wink: la tête est dans le guidon

C'est un guidon connecté et intelligent, capable d'éclairer la route, certes, mais aussi de donner un itinéraire et, fait non négligeable dans un pays où 400.000 vélos sont volés chaque année, d'être géolocalisé en temps réel en cas de vol. Avec sa solution Wink, la startup angevine Velco part à la conquête des loueurs privés de vélos et des exploitants de bicyclettes à la demande. Velco, jeune pousse lauréate du Web2day, est soutenue par la technopole nantaise Atlanpole, par la Cité de l'objet connecté d'Angers, par BPIfrance (Cap'tronic) et par la Banque Populaire Atlantique, partenaire du projet. Pierre Regnier, l'un des trois associés de la startup, explique comment ils ont procédé:

"Nous avons réuni autour de la table les fabricants, les assureurs, des associations cyclistes, les villes, et la police avec la brigade de deux-roues d'Angers... pour définir les spécificités techniques requises et résoudre les trois problèmes majeurs du cycliste: être vu, sécuriser son vélo, et trouver son chemin."

Après avoir finalisé la solution technique, la jeune pousse s'apprête à engager une campagne de crowdfunding, qui sera suivie d'une levée de fonds de 1 million d'euros pour accompagner le développement industriel de ce guidon connecté Wink et s'engager à l'export dès 2017-2018, en priorité vers l'Allemagne et les Pays-Bas (cf., plus haut dans l'article, les chiffres de ces deux marchés). La startup développe des services intégrés grâce à des capteurs et à un algorithme qui, en cas de chute ou d'accident permettront de déclencher l'envoi de SMS aux services de secours. "C'est fiable", assure l'entrepreneur, qui aurait déjà reçu 300 réservations pour son guidon intelligent (149 euros), qu'il veut à l'avenir connecter à la maison, à la voiture et autres périphériques. F.T.

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  • Rool’in, une roue électrique pour énergiser nos vélos

> Retrouvez ici les autres épisodes de "Vélo, moteur éco" 
et toutes nos autres séries d'été >>

Serie ETE2
Serie ETE2 (Crédits : Photo DR)

Frédéric Thual, à Nantes

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