"La vraie menace pour la French Tech, c'est la crise des talents" (Kat Borlongan)

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Kat Borlongan, la directrice de la Mission French Tech.
Kat Borlongan, la directrice de la Mission French Tech. (Crédits : Michel Briand via Wikipedia (CC BY-SA 2.0))
La directrice de la Mission French Tech revient pour La Tribune sur le manque de mixité et de diversité sociale et culturelle dans la tech, et promet des mesures en 2020 pour répondre à la crise des talents tout en rendant la French Tech plus inclusive.

LA TRIBUNE - Les startups rencontrent de plus en plus de difficultés pour recruter et le nombre de postes non pourvus dans les métiers du numérique explose. Pourtant, le chômage reste un fléau en France, notamment pour les plus défavorisés...

KAT BORLONGAN - Ce n'est pas acceptable. La vraie menace pour la French Tech n'est même plus l'accès au financement mais la capacité à recruter. Le secteur de la tech est confronté à une pénurie de talents au point de devoir faire des pieds et des mains pour attirer des profils à l'international, alors qu'il y a en France des gens touchés par le chômage qui ne trouvent pas assez leur place dans les startups. Tout le monde s'imagine que la pénurie concerne surtout les métiers très techniques comme les ingénieurs et les data scientists. Mais les sales (ventes) sont parmi les compétences les plus recherchées par les startups. Un jeune qui a travaillé chez Decathlon pour vendre des chaussures devrait avoir autant de chances d'être embauché dans une startup qu'un diplômé de Sciences Po. Mais beaucoup estiment que la tech, ce n'est pas pour eux. Beaucoup ne réalisent même pas qu'ils ont les compétences pour travailler dans la tech.

L'effet de réseau joue à plein dans le milieu de la tech. Comment pousser les startuppeurs, essentiellement des hommes blancs favorisés, à s'ouvrir à d'autres profils ? Faut-il imposer des quotas ?

Les quotas peuvent être efficaces si le problème vient du recruteur. Mais c'est un peu plus compliqué que ça. Pour davantage de femmes et de diversité sociale, il faut aussi que davantage de startups soient fondées par ces profils. Donc il y a un enjeu autour de l'éducation et de la formation professionnelle pour attirer davantage ces profils. Un autre levier est d'aider ceux qui n'ont pas les moyens ni le réseau à devenir entrepreneurs, comme le fait le programme French Tech Tremplin. On peut aussi agir lors de la phase de l'hyper-croissance des startups, qui nécessite de recruter rapidement de nombreux collaborateurs, parfois plusieurs par semaine, en sensibilisant les DRH. Beaucoup de startups attendent longtemps avant de professionnaliser leur direction des ressources humaines. Le service RH des startups doit monter en compétence et davantage prendre conscience de ces enjeux.

Comment ?

Il nous faut des données pour analyser la problématique de la diversité à chaque étape de la vie des startups. Il faut comprendre où et pourquoi ça coince, quelles sont les bonnes pratiques, comment prendre en compte à la fois les impératifs des startups et la nécessité de les ouvrir à des profils plus divers qui apportent des compétences et des expériences complémentaires. Le 16 décembre, j'ai réuni les DRH des startups du Next 40, avec l'objectif d'aboutir à un plan en 2020 pour leur permettre de mieux faire face à la crise des talents. Développer la mixité femme/homme et la diversité sociale est évidemment une réponse.

Propos recueillis par Sylvain Rolland

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Commentaires
a écrit le 23/12/2019 à 9:41 :
"Inclusif", "mixité sociale", "quotas", comme si avoir des quotas allait tout arranger !

Quelle bêtise ! Nous sommes en train de devenir les USA et leurs sempiternels détours pour un oui ou un non.... cherchant si on a pas vexer le chat en embauchant un chien ou une tortue... ridicule !

Le talent n'a ni couleur ni statuts social ni genre. Soit la personne répond à la demande, soit elle n'y répond pas. Point.
Et personne ne me fera recruter sur la base d'un prétendu ré-équilibrage social ou de genre.

Vouloir imposer ce genre de chose est toxique.
Réponse de le 24/12/2019 à 14:39 :
"Nous sommes en train de devenir les USA"

ET donc c'est quoi qui t'embêtes dans le fait de vouloir devenir premier dans tous les domaines ?

Ben oui tu c'est tu n'y es pas habitué et ça ça te fait peur...
a écrit le 20/12/2019 à 20:53 :
Cela reste toujours du financement ou indirectement des problèmes d’accès aux clients pas assez bienveillants, ouverts à des nouvelles solutions
S’il faut ensuite trouver les talents on peut toujours à condition d’avoir les moyens financiers pour former, recruter au delà du vivier classique, pouvoir donner des salaires attractifs pas des baby-foots etc ..
Le nerf de la guerre est toujours quelque soit l’origine financement, contrats client ..,
Si on n’est plus qu’au problème de trouver de talents ce n’est pas vraiment le vrai problème
Je connais trop de Startups qui n’arrivent pas à décoller par manque de contrats plutôt donc ensuite pas de financement
a écrit le 19/12/2019 à 17:20 :
Pour en remettre une couche, un article sur developpez compare les rémunérations US vs France des développeurs.... ce n'est pas beau à voir : oui en France les salaires sont trop bas : aux US salaire débutant bas de l'échelle 175 000 dollars et jusqu'à 950 000 pour les plus expérimentés. EN France c'est 70K euros, donc la "French Tech" (les entreprises qui battent pavillon) devraient revoir les causes du "manque" de talent. Bah oui, nous ne sommes pas des pigeons. Fin du débat.
a écrit le 19/12/2019 à 14:40 :
""La vraie menace pour la French Tech, c'est la crise des talents""

Au sein d'une nation qui pour de seules raisons électoralistes (du moins espérons le que ce ne soit que pour ça, parce que vu notre héritage, vu les déclarations de haine de nos politiciens européens envers les peuples du sud de l'europe, rien que ça, j'ai quand même comme un mauvais pressentiment... ) se replie sur ses vieux démons européens, parce que n'ayant pas été chassés après guerre, aberration oligarchique que nous payons tous les jours un peu plus cher, la preuve, on peut affirmer avec peu de chances de se tromper, que "La vraie menace pour la France c'est la crise des talents" puisque c'est la richesse de la diversité culturelle et sociale qui est menacée, et même carrément en voie de démantèlement, et donc le dynamisme, la créativité, le travail, le courage et la volonté.

Les états unis sont la première puissance mondiale, et quelle magnifique puissance, et de très loin avec essentiellement une population d'immigrés ! Le déclin c'est encore plus long vers la fin.

"Tout est bruit pour celui qui a peur" Sophocle
a écrit le 19/12/2019 à 14:29 :
Le fait de faire des levées de fonds ou 98% sont des hommes, cela veut aussi dire qu'a partir du principe ou les capitaux ne sont pas en corrélations avec les idées, oui pas de doute ....

J'ai été dans un start up ou j'ai fais licorne, et il est évident que le monoculturalisme rend aveugle. car la technologie n'est rien sans le développement. Et le niveau d'endogamie permet de croire qu'effectivement les certitudes de l'outil ne sont pas les résultats économiques.

Le talent en France est le nom de l'école par laquelle on passe. Donc des talents, comme youtube, mozart serait la aujourd'hui, personne ne pourrait le voir.

Et comme la logique des start ups sont une question de statut, disons que moins de trente ans ne recrute pas les plus de trente.

J'ai pu me le voir signifier dans le salon du numérique.

Du coup, la notion du talent par du principe de ce que l'on va chercher et non ce que l'on vous donne.

Ce qui n'existe pas en France, sans un réseau familiale ou scolastique, donc pour moi la bataille est perdue, sauf si comme le reste des technos développée ici, soit les américains soit les chinois devrons prendre la main, car l'un et l'autre a dépassé le stade de se rassurer par le titre scolaire ou la similarité de caste....
a écrit le 19/12/2019 à 14:18 :
Les arguments développés sont fallacieux. Les 2 vrais problèmes sont la formation et le niveau des salaires.
Les formations sont inadaptées à la demande : manque de réactivité des écoles et universités qui pour les secondes ne sont absolument pas à l'écoute du marché.
Les salaires : il sont trop bas en net, compte tenu des cotisations sociales en France. Le modèle social français, qui a ses qualités, a aussi un coût et il faut l'assumer en terme de compétitivité.
De surcroît, la croissance est atone, autour de 1%, et le marché français pas particulièrement porteur, donc il faut se tourner vers l'export avec les risques et les autres contraintes que ça implique.
Réciter des lieux communs sur la diversité, les femmes, les jeunes, les vieux, la vitesse du vent et l'âge du capitaine, n'aide pas à résoudre les vrais problèmes.
a écrit le 19/12/2019 à 12:57 :
Quand on mesure la précarité et le coté tres éphémère des start-ups qui veulent développer et vendre de nouvelles applications numériques, pas étonnant si on ne trouve pas assez de monde à recruter. Au fait combien d'applications numériques un individu normal peut il gérer au quotidien ?

Mais il ne faudrait pas oublier qu'il y a d'autres "deep techs" que le numérique qui économiquement sont au moins aussi importantes, dans le domaine des applications des materiaux plus avancés, auxquels on a pas l'air de beaucoup s'y intéresser en France et qui concernent la totalité des domaines industriels de pointe, les énergies renouvelables, l'énergie nucléaire, la totalité des moyens de transport, le spatial, le medical etc. etc.

Alors que pour ne prendre qu'un seul exemple le chiffre d'affaire mondial réalisé en 2018 pour les nanotechnologies avait déjà dépassé les cent milliards €. Peut être que la grande raison pour le désintérêt manifesté par les milieux financiers et industriels plus classiques ce serait le trop grand cloisonnement entre disciplines à associer plus étroitement. Mais de bien voir aussi qu'on ne peut pas gérer ce genre d'activité sur la base de rumeur infondée et de statistiques de résultats déjà dépassés, quand l'évolution des technologies, de l'offre et de la demande va déjà trois fois plus vite que le temps nécessaire à la mise en place des nouveaux programmes et à réaliser ces statistiques. On en conclue qu'il y aurait parmi les décideurs trop peu de savoir et trop peu de compétences techniques et financières et marketing/commercial mixtes.
a écrit le 19/12/2019 à 10:21 :
le vendeur chez decathlon va rester chez decathlon, vu qu'il ne va pas gagner moins, qu'il a des participations a gogo sur les resultats du magasin, du groupe, etc, qu'il va travailler 35 heures au lieu d'avoir des horaires pleines d'heures de benevolat, et qu'il va vendre des chaussures sympas au lieu de vendre des concepts fumeux a des gens qui n'en veulent pas
vendre une godasse, c'est presque a la portee de tout le monde, vendre un reseau convolutif, c'est autre chose
apres, faire de longues etudes en maths pour devenir datascientist ( ce qui est un peu plus complique que d'etre ingenieur et de taper du code) et gagner 30.000 euros bruts a paris, ca n'interesse personne, vaut mieux etre vendeur au decathlon de saint etienne a 25.000 + primes
Réponse de le 19/12/2019 à 14:34 :
vous avez bien compris de quoi il s'agit ! en sachant pour moi que la reproduction sociale ,fait que se sont les mêmes qui sont servit !

Tu te fais prendre une fois, mais cela ne marche plus a présent.
Il vaut mieux le faire a partir de la logique américaine, car les disruptions ils connaissent et savent reconnaitre la qualité des personnes agissantes !

Actuellement, c'est comme la mafia, il faut le comprendre pour savoir qu'il est plus intéressant de se tenir a côté avec un job lambda, que de croire que le retour existerait, sachant qu'il existe, mais pour peu et généralement pas ceux qui font le job.

Du coup votre analyse est a mon avis ce qui permet de comprendre ce qui se passe !
a écrit le 19/12/2019 à 9:48 :
Et quels sont les efforts fait par ces entreprises pour recruter ? A quoi ressemblent leurs annonces ? Est ce qu'elles prennent la peine et le temps de les former "les vendeurs Decathlon" qui voudraient tenter l'aventure?

Mon expérience en tant que chercheur d'emploi me dit que non. Les entreprises veulent des personnes tout de suite opérationnelles, jeunes, payés au rabais.
Réponse de le 19/12/2019 à 10:23 :
Les indépendants, artisans et PME doivent compenser le dumping fiscal et social des mégas riches, on ne peut pas tout leur demander.
Réponse de le 19/12/2019 à 14:36 :
oui c'est cela, mais ils peuvent pas le dire ! les donneurs d'ordres cannibalisent les capitaux sachant qu'ils ne servent que ceux avec un diplôme de grande école.
a écrit le 19/12/2019 à 9:11 :
Toujours ce discours éculé sur les difficultés à recruter. Mais je le dis encore une fois, il doit être aussi dur pour une entreprise de trouver un employé, que pour une personne en recherche d'emploi de trouver un employeur. Il n'y a aucune raison qu'il y ait une dissymétrie.
a écrit le 19/12/2019 à 8:35 :
"sur le manque de mixité et de diversité social et culturelle dans la tech"

LE problème majeur c'est que notre président à besoin du front national pour se faire élire et donc que celui-ci soit à tout prix au second tour contre lui. Comme il n'est que le commanditaire de l''oligarchie financière celle-ci nous impose en permanence dans les médias cette "présence" aussi improbable qu'obsolète mais électoralement nécessaire.

Ainsi nous pouvons voir et lire un peu partout des idées d'une autre époque, avec fiente de souche en tête sur internet envahissant les forums avec des idées qui, à part un besoin oligarchique, sont inexplicablement omniprésents.

DE ce fait demander en plein retour en arrière une mixité quelconque, ces gens ne voyant que par le mâle blanc financièrement à l'aise, devient une mission quasiment insurmontable, si les propriétaires de capitaux et d'outils de production ne misent pas sur cette mixité dans domaine rien ne sera fait, ou bien trop peu.

ET merci de diffuser ce commentaire, je trouve qu'ici aussi on laisse un peu trop diffusées des idées au goût de sang qui sentent la naphtaline et le souffre. Oui on sait très bien que c'est le seul moyen pour que notre président repasse en 2022 mais on peut aussi prioriser la pensée sur le dogme, merci.
a écrit le 19/12/2019 à 8:20 :
Non, la vraie menace pour la French Tech (quel nom pompeux) est que les talents ne sont pas assez bien rémunérés. Pourquoi rester en France alors que d'autres pays européens offrent des rémunérations bien plus attractives. Et pour les plus aventureux, le pays de l'oncle Sam vous ouvre grand ses portes... La France "produit" des ingénieurs dont les compétences sont reconnues à l'international, donc aux entreprises d'être attractives. C'est fini l'immobilisme, les jeunes sont très mobiles.
Réponse de le 20/12/2019 à 8:20 :
Le mythe usa qui continue à faire rêver ? Vas y et tu déchanteras vite. Tes revenus calculent les en pouvoir d'achat réel et non en dollars bidons, quant à l'accueil, ils n'attendent que toi, les ricains, gros bêta
a écrit le 19/12/2019 à 7:58 :
Bonjour,
N'importe quoi.
Any way, aucun algorithme ne permet de prendre en compte l'expérience de la vie, qui permet de choisir les bonnes personnes. En effet, avoir l'expérience de Décathlon n'empèche pas d'etre un bon commercial dans la tech. Mais arrétez avec ce type d'approche data, analyste, algorithmes and co.
Prenez des gens d'expérience, qui savent de quoi ils parlent et qui travaillent.
Tout ce qui ce passe depuis 20 ans est la même approche que les officiers d'Etats majors qui réinventaient la roue depuis leurs bureaux en 14-18. Et une fois sur le terrain s'exclamaient (les anglais l'ont reconnus, pas les français): mais qu'avons nous fait, qu' avons demandé d'aussi horribles à autant d'hommes?
Cdt

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