56 fonds d'investissement tech s'engagent à mieux financer les startuppeuses

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Pour aider les femmes startuppeuses à lever des fonds, le collectif Sista et le Conseil national du numérique (CNNum) ont présenté une charte d'engagement pour favoriser la mixité dans le numérique.
Pour aider les femmes startuppeuses à lever des fonds, le collectif Sista et le Conseil national du numérique (CNNum) ont présenté une "charte d'engagement pour favoriser la mixité dans le numérique". (Crédits : iStock)
Face au constat de l'inégalité de l'accès au financement des femmes dans la tech, le collectif Sista et le Conseil national du numérique (CNNum) ont fait signer à 56 fonds d'investissement français une charte les engageant à financer davantage les femmes entrepreneuses et à mettre en place des actions pour lutter contre les biais sexistes.

Quand rien ne change, il faut forcer le changement. Surtout dans la tech, l'un des secteurs les plus inégalitaires de l'économie, où les femmes et les minorités sociales et ethniques peinent à s'insérer. Pour aider les femmes startuppeuses à lever des fonds, le collectif Sista et le Conseil national du numérique (CNNum) ont présenté une "charte d'engagement pour favoriser la mixité dans le numérique". Celle-ci a été signée, à Bercy jeudi 17 octobre, par 56 fonds d'investissements français, dont la plupart des "gros" (Bpifrance, Elaia Partners, Isai, Idinvest, Partech).

À l'assaut des biais inconscients des investisseurs

Même si elle ne comporte aucune obligation -personne n'ira sanctionner les fonds s'ils ne respectent pas leurs promesses-, cette charte est une grande avancée symbolique. Depuis 2008, les startups fondées par des femmes représentent à peine 9% de l'ensemble de startups, et, encore pire, 2% des financements des fonds de capital-risque, d'après le Baromètre 2019 de Sista, publié le mois dernier.

"Les femmes ont 30% de chances en moins de lever des fonds auprès des principaux investisseurs que les hommes. Leur entreprise ne reçoit pas le même accueil", écrit l'association fondée par Céline Lazorthes (Leetchi) dans une note.

De nombreuses études ont documenté les biais, souvent inconscients, des investisseurs à l'égard des femmes entrepreneuses. Ainsi, à projet et pitch égal, les fonds préfèrent les projets portés par les hommes, indique une étude du Massachussets Institute of Technology (MIT) de 2014. Les investisseurs ont également tendance à remettre en cause l'expérience technique des femmes et sont plus sévères avec les femmes sans compétence technique qu'avec les hommes dans la même situation, relève de son côté l'Université Standford dans une étude de 2016.

Par conséquent, lors des pitchs, les questions posées aux femmes et aux hommes diffèrent : une étude menée entre 2010 et 2016 auprès de fonds américains révèle que 66% des questions posées aux femmes relèvent d'une posture dite de "prévention", c'est-à-dire que les questions mettent l'accent sur les risques, les pertes éventuelles, la responsabilité et la vigilance. À l'inverse, 67% des questions posées aux hommes étaient du registre de la "promotion", c'est-à-dire axées sur le potentiel de la startup, les objectifs idéaux, les réussites, les gains ou l'exit potentiel. Logiquement, cette approche radicalement différente de l'innovation selon si elle est portée par un homme ou par une femme, induit une inégalité dans l'accès aux fonds : les femmes lèvent en moyenne 5 fois moins d'argent que les hommes.

Lire aussi : Les startups fondées par des femmes n'ont levé que 2% des investissements depuis 2008

Objectif 30% de femmes partners dans les fonds

Et pourtant, l'institut BCG affirme, dans une étude de 2018 qui vient confirmer de précédents rapports américains, que les startups fondées ou co-fondées par des femmes sont des investissements 2,5 fois plus rentables que les autres : elles rapportent 78 cents pour 1 dollar investi contre 31 cents pour les startups uniquement masculines.

Dans la charte, les investisseurs signataires reconnaissent ainsi d'entrée de jeu que "les chiffres des levées de fonds réalisées par les femmes illustrent des inégalités qui doivent être corrigées" et que "nos biais inconscients peuvent nuire à la rationalité de nos pratiques d'investissement".

Pour les corriger, la charte fait à la fois office de prise de conscience et de guide pour mettre en place des actions concrètes. L'objectif, à terme, est que les fonds financent 25% de startups fondées ou cofondées par des femmes en 2025, 30% en 2030 et 50% en 2050.

Pour y arriver, les VC s'engagent à changer leurs pratiques d'investissement. La première série d'actions vise à mesurer la place du genre dans leur portefeuille : mesurer et suivre le nombre de dossiers de startups dirigées ou co-dirigées par des femmes, comparer le nombre de premiers rendez-vous, suivre le nombre de startups financées et les montants investis, et communiquer publiquement et annuellement les données anonymisées. Pour financer plus de femmes, il faut aussi davantage d'investisseuses. Actuellement, près de la moitié des fonds français n'ont aucune femme partner. La charte fixe ainsi un objectif minimum de 30% de partners femmes et 50% dans les équipes d'investissement.

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Commentaires
a écrit le 19/10/2019 à 9:13 :
La tribune s'y met aussi. Un petit article du politiquement correct relégué. Mme Schiappa va distribuer un bon point.
a écrit le 18/10/2019 à 21:52 :
Certain qu'avec 2% des levés de fonds, disons qu'il était temps. Nous constaterons dans le temps !!!

Et après vous passez aux gars de quartiers? ah ah ah ah
a écrit le 18/10/2019 à 18:26 :
les femmes representent 50% de la societe!
pourquoi elles investissent dans des fonds qui financent les hommes, hein?
elles sont racistes ou quoi?
les femmes financent les projets des hommes, vu les chiffres! et personne ne leur envoie greta expliquer comment sauvegarder les femmes! c'est terrible
sinon, faudra un jour arreter avec cet egalitarisme a la con, dont meme les femmes ne veulent pas ( enfin ' celles qui ont les pieds sur terre')
les femmes veulent du respect, de la prise en compte objective de leur projet(s), et du soutien.........pas du miserabilisme et de la compassion
y en a des tres competentes ( j'en connais) et elles n'ont pas besoin d'une campgane de larmes et de pleurnicheries de gauche pour avancer

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